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Après la prise de décision, l’entraînement efficace

Vincent Auclair fait des pads

Par Vincent Auclair

Dans un article précédent intitulé «Prise de décision, nouvel aspect de l’entraînement», j’ai résumé ce qui se produisait dans la tête du boxeur lorsqu’il voulait effectuer une action. C’est ce qui est appelé : «la chaîne des événements». Ainsi, je suis arrivé à la conclusion que l’athlète ayant développé son aptitude à la prise de décision possédait un avantage déterminant sur ses adversaires. Des boxeurs tels que Vasyl Lomachenko et Terrance Crawford sont spectaculaires notamment parce qu’ils reconnaissent instantanément les situations qui se présentent à eux et peuvent alors s’y s’adapter plus rapidement.

Mais comment ces pugilistes ont-ils atteint cette capacité? Est-ce seulement une question d’expérience ? Ou plutôt, est-ce l’environnement et l’encadrement qui ont un rôle à jouer dans cette prise de décision ? Déjà, nous avons évoqué le fait que pour atteindre un niveau expert dans n’importe quel domaine, nous avions besoin de 10 ans / 10 000 heures. C’est d’ailleurs ce que mentionnent plusieurs livres sur l’expertise. Par contre, cette expertise dans le sport ne pourrait-elle pas être atteinte plus rapidement ? Mon objectif est justement de référer à des méthodes dites efficaces qui permettent à l’athlète de progresser plus rapidement, d’appliquer de nouvelles techniques avec plus d’aisance et ce, de façon AUTOMATIQUE. Dans cet article, je tenterai donc de proposer des moyens innovateurs d’entraînements qui favorisent la prise de décision et l’automatisation de geste.

Entraînement linéaire

En tant qu’entraîneur, nous voulons décomposer les divers mouvements de boxe en plusieurs parties. En segmentant de la sorte les entraînements, l’objectif est d’obtenir une certaine progression. Nous allons alors demander au boxeur de répéter des gestes à l’aide d’éducatifs (exercices ciblés) en ayant pour but qu’il exécute «parfaitement» la technique requise et ce, dans un environnement très contrôlé. Ensuite, nous allons le mettre dans un environnement semi-contrôlé où il y aura quelques variations pour enfin le placer en situations plus réelles. Pour traverser chaque étape le boxeur devra adopter un patron moteur qui recherche la perfection. De plus, lors de chacune de ces étapes, l’entraîneur donnera un grand nombre de rétroactions (feedback) sur la technique de l’athlète. C’est ce que nous appelons dans la littérature sportive un entraînement linéaire.

Entraînement non-linéaire

À l’opposé, l’entraînement non-linéaire ne croit pas en la technique «parfaite». Puisque chacun des boxeurs est différent et que les situations de combat sont tellement changeantes, il s’avère pour ces raisons impossible de trouver une technique dite parfaite et que nous pourrions reproduire en tout temps. C’est pourquoi l’entraînement non-linéaire visera plutôt la variation adaptative des mouvements.

C’est ce type d’entraînement qui a contribué à améliorer la capacité d’adaptation de boxeurs aussi spectaculaires que Lomachenko et Terrance Crawford. Tout en reconnaissant qu’il existe des règles biomécaniques de base, par exemple pour lancer un direct, est-il vraiment nécessaire d’en faire répéter la mécanique dans un environnement toujours contrôlé et ce, jusqu’à ce que le boxeur parvienne à la technique parfaite avant de passer à l’étape suivante ? Par exemple, dans un combat, le direct est-il toujours lancé en complète extension ? Est-il toujours appliqué alors que le boxeur est en équilibre ? Dans l’application de ce coup de poing, est-ce que les hanches sont toujours impliquées avec la pleine amplitude et le même engagement ? Je ne crois pas qu’il y ait une réponse unique et préconçue pour chacune de ces questions. La réponse dépend plutôt du contexte et de la situation dans laquelle le boxeur se trouve.

De plus, attendre la perfection avant de passer à une autre étape ou à un technique plus avancée ralentit la progression du boxeur. C’est pourquoi, l’entraînement non-linéaire choisira plutôt de placer directement l’athlète dans des situations ALÉATOIRES (imprévisibles) dans le but que ce dernier mette l’emphase sur la recherche de solutions et la découverte de mouvements qu’il aura adaptés aux diverses situations. Dans cette optique, le contexte d’entraînement a un effet beaucoup plus marquant pour le boxeur que les instructions de l’entraîneur. Bien sûr, soyez sans crainte, l’entraînement non-linéaire tient compte de la sécurité et des règles biomécaniques afin d’éviter toutes blessures.

En ce moment, j’anticipe les questions qui pourraient m’être posées : par exemple, si l’entraîneur crée moins d’éducatifs, donne moins de feedback précis sur la technique et n’exige pas une technique parfaite, alors quelle serait l’utilité de l’entraîneur? Aurions-nous alors des boxeurs «croches» ? Les différentes méthodes qui sont proposées ci-après permettent de voir de quelle façon l’entraîneur peut avoir un impact sur la progression du boxeur afin qu’il atteigne éventuellement des niveaux supérieurs.

Entrainement Aléatoire

Le mot ALÉATOIRE désigne bien le type d’entraînement dont il s’agit. De façon plus détaillé, il a pour but de faire vivre à l’athlète une expérience qui se rapproche de la réalité d’un combat. Comme je l’ai mentionné ci-haut, le boxeur doit effectuer lors d’un combat plusieurs manœuvres différentes et souvent imprévisibles. Cette méthode se voudra donc réaliste. L’entraîneur demandera alors aux boxeurs de ne pas s’en tenir à une seule façon de réagir, mais plutôt de varier constamment le type de réponse face à une situation donnée. Par exemple, aux «pads» nous pourrions exiger des athlètes des réactions diverses sans qu’ils ne sachent à quoi s’attendre. Ce qui ressemble drôlement à ce qu’ils doivent faire en combat : réagir aux différents stimuli qui se présenteront à eux. Les athlètes disposeront alors d’une certaine liberté et devront apprendre à varier déplacement, mouvement offensif et défensif. De plus, les différents patrons moteurs ne seront pas toujours effectués dans le même environnement, ce qui provoquera chez eux de nouvelles adaptations pour répondre à de multiples situations.

Ce type d’entraînement permettra aussi aux athlètes de reconnaître et réagir aux situations plus rapidement, ce qui a un effet direct sur le processus de prise de décision. Le boxeur doit SÉLÉCTIONNER L’INFORMATION rapidement, CHOSIR LA RÉPONSE approprié, et L’ÉXÉCUTER. L’avantage de ce type de PADS est premièrement qu’il peut se substituer au sparring lorsqu’on veut éliminer tout risque de blessure. Un deuxième avantage est le contrôle dont disposera l’entraîneur en vue de déterminer les aspects à travailler avec l’athlète. En tant qu’entraîneur, en utilisant les mitaines d’entraînement, nous exerçons plus directement un contrôle sur l’athlète. Par exemple, si nous voulons travailler sur le jab de notre athlète, il est possible de lui demander plus souvent ce type de coup et ce dans différents angles et à différentes distances; en plus, nous pouvons ajouter autant de variables que nous le voulons. Vous pouvez voir ci-dessous l’entraineur d’ERROL SPENCE JR utiliser une méthode aléatoire pour faire des mitaines.

D’ailleurs, il existe aussi d’autres types d’entraînements aléatoires, tels qu’imposer au boxeur certaines contraintes : par exemple, en vue de travailler la défensive, nous pourrions lui demander aux pads de ne jamais faire deux fois le même mouvement défensif de suite. Plus l’athlète effectuera ses tâches dans un environnement imprévisible et non isolé, plus ses automatismes seront ancrés. Il s’agit d’utiliser imagination et innovation en respectant le principe.

Entraînement Contrainte

Imaginez un employeur qui vous dirait continuellement quoi faire! Et qu’à chacun de vos mouvements il vous corrigerait sans arrêt. Vous seriez alors sûrement tanné de l’avoir constamment près de vous et avec raison, vous souhaiteriez plus de liberté. Comme entraîneur nous devons faire attention de ne pas agir de la même façon que cet employeur. L’objectif d’un entraîneur est de trouver les manières les plus efficaces aux fins de corriger un geste technique ou d’en faire apprendre un nouveau. Il n’est pas toujours facile d’amener l’athlète à exécuter le geste voulu. Comme nous sommes d’abord des enseignants, nous avons tendance à répéter et répéter. Nous dépensons alors beaucoup de temps et d’énergie pour que l’athlète effectue les gestes souhaités, trop souvent avec peu de résultat. Il n’est pas rare de voir un entraîneur répéter les mêmes choses à un athlète pendant plusieurs mois, sans obtenir les résultats souhaités.

Avec l’entraînement aléatoire, nous avons démontré qu’il ne fallait pas rechercher la perfection du geste, mais bien de le voir dans sa globalité et dans son contexte réel. Ce type d’entraînement permet de passer plus rapidement à d’autres techniques et par conséquent, de mélanger les différentes composantes de l’entraînement. Pour sa part, l’entraînement par la contrainte favorise une progression rapide de l’athlète. Grossièrement, l’idée derrière ce type d’entraînement est de trouver une façon d’obliger l’athlète à faire le geste plutôt que de lui répéter constamment comment le faire.

Donc, comment appliquer cette méthode en gymnase ? Vous devez premièrement identifier ce que vous voulez faire exécuter par votre boxeur, ensuite créer l’environnement qui l’obligera à l’effectuer. Plusieurs connaissent la méthode du sparring technique, qui impose des règles ou des contraintes obligeant les boxeurs à effectuer certains gestes. Par exemple, si je veux travailler la capacité de mon athlète à se déplacer et utiliser sa défensive pour mieux contre-attaquer, je pourrais lui demander de seulement utiliser le Jab et de n’exécuter aucun autre coup sauf en contre-attaque. Ce type de contraintes obligera le boxeur à se déplacer en se concentrant sur sa défensive, sans même que l’entraîneur ait à lui demander. L’entraînement par la contrainte peut être utilisé d’autres façons que par le sparring technique. Par exemple, si nous voulons que l’athlète fléchissent plus les genoux lorsqu’il est à courte portée, nous pouvons aux PADS s’approcher très près de celui-ci et positionner les mitaines un peu plus basses qu’à l’habitude.

Comme vous pouvez le constater, ce type d’entraînement appelle à la créativité de l’entraîneur; il doit être en mesure d’identifier ce qu’il veut travailler et changer certains aspects dans l’environnement habituel du boxeur, que ce soit en imposant des règles supplémentaires ou en modifiant l’espace et le type d’opposition. Cet apprentissage sera beaucoup plus fort puisque le boxeur effectuera le geste sans réfléchir et, à force de répétition du geste, il sera imprégné de ces automatismes. En n’ayant pas à réfléchir à la technique du geste, le boxeur laisse plus d’espace à sa capacité attentionnelle de repérer ce qui se passe autour de lui et de prendre de bonnes décisions!

Feedback de l’entraineur

En appliquant les principes directeurs de l’entraînement non-linéaire, on se demandera certainement ce que sera le rôle du feedback de l’entraîneur afin de faire progresser plus efficacement le boxeur dans son atteinte du niveau expert. Ainsi, nous devrons planifier adéquatement les rétroactions que nous donnerons à nos boxeurs pour que celles-ci aient un réel impact. Ont-elles besoin d’être extrêmement précises ? Avons-nous besoin d’en décortiquer les gestes ? Si nous abordons ces questions de la même façon que nous l’avons faits concernant les autres aspects de l’entraînement efficace, vous comprendrez facilement que la réponse à ces questions est négative.

Le but d’une rétroaction plus générale est de prendre moins d’espace dans la tête du boxeur. Moins le boxeur a besoin de penser à sa technique, plus il sera en mesure de mettre son attention sur ce qui se passe dans le ring et prendre les décisions adéquates. Lorsque nous expliquons un mouvement dans sa globalité, le boxeur aura beaucoup moins à réfléchir pendant qu’il effectue le mouvement que s’il l’apprend en plusieurs étapes. De plus, en utilisant des explications sous forme de métaphore, celles-ci marqueront davantage le pugiliste, ce qui lui permettra de se rappeler plus facilement comment bien l’effectuer en situation de pression. On dira alors que nous utilisons des repères externes au lieu de repères internes. Par exemple, lorsque nous voulons corriger un coup de poing, plutôt que de décrire la fonction précise du coude et la façon exacte de tourner le poing, nous allons alors recourir à une métaphore telle que « Comme si ton bras passait dans un tuyau » ou tel que « le poing doit arriver au milieu de la mitaine ». Ces types de rétroactions semblent moins précis et contraires à ce que nous avons pu apprendre dans le passé; par contre, ces rétroactions ont prouvé améliorer les performances devant les spectateurs alors que le boxeur est sous la pression. En plus, elles ont certainement pour effet de créer moins d’interférence avec la prise de décision

Conclusion

Ces méthodes peuvent paraître choquantes ou même simplistes à première vue. Par contre, une fois que nous appliquons celles-ci et nous savons pourquoi nous le faisons, c’est à ce moment qu’elles prennent toute leur force. L’entraîneur connaît très bien chacun des aspects techniques. Il sait les décortiquer et les détailler. Par contre, doit-il les transmettre à l’athlète de cette façon ? Je crois plutôt que le rôle de l’enseignant est d’amener l’athlète à exécuter les mouvements requis sans avoir besoin de les lui expliquer en détail.

Ceci amènera alors le boxeur à acquérir des automatismes de prise de décision qui se développeront plus rapidement et qui le prépareront davantage à performer sous la pression et en état de fatigue. L’entraînement n’est pas très différent de votre vie quotidienne; vous n’aimeriez pas être suivi pas à pas pour chacun des mouvements que vous faites; vous ne voudriez pas être corrigé constamment. Bien au contraire, vous apprenez beaucoup mieux lorsque vous faites l’action désirée plutôt que lorsqu’on vous l’explique en détail. En résumé, l’apprentissage est plus efficace lorsque qu’il se fait dans des situations les plus réalistes possible. Alors, pourquoi ne pas faire la même chose dans les gymnases ?

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