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Bernard Hopkins, est-ce vraiment la fin?

Bernard Hopkins

Par Carl Savard

L’enfance de Bernard Hopkins dans les rues de Philadelphie semble tout droit sortie d’un film américain classique. Deuxième enfant d’une famille de huit, élevé par un père ayant des problèmes d’alcool et de drogue et une mère alcoolique, le jeune Bernard a rapidement l’impression que la jungle de la rue ne lui offre que deux choix : être une proie ou être un chasseur. Il choisira la deuxième option. Il est arrêté une trentaine de fois pour des vols et des voies de fait avant d’écoper d’une peine de prison pour vol à main armée.

bernard-hopkinsBien qu’il ait commencé à pratiquer la boxe amateur à un jeune âge, c’est en prison que ce sport vient remplacer le crime dans sa vie et c’est ce talent qui lui permet de croire qu’il peut être autre chose qu’un criminel. Il fait le choix en sortant de prison de bien choisir ses fréquentations pour ne pas retomber dans la vie qu’il menait avant d’être incarcéré et focalise rapidement sur l’importance d’utiliser son talent pour mener une bonne vie. Le film hollywoodien semble débuter. Et pourtant…

Des débuts difficiles

Le 11 octobre 1988, Bernard Hopkins monte dans le ring pour son premier combat professionnel contre Clinton Mitchell, un boxeur évoluant chez les 175 livres. Hopkins, un 160 livres naturel, ressort du ring avec une défaite. C’est à la suite de ce combat qu’il commence à travailler avec Bouie Fisher et que ce dernier lui apprendra à devenir un champion. Et pourtant…

20 défenses en 10 ans

Après avoir accumulé une série de victoires sans équivoque, Hopkins obtient son premier combat de championnat majeur en 1993 alors qu’il affronte Roy Jones Jr. Malgré une bonne prestation dans un combat où les deux boxeurs semblent se chercher, Hopkins ressort du ring avec une défaite. Il obtient une seconde chance de mettre la main sur cette ceinture moins de deux ans plus tard alors qu’elle est vacante. Un combat de championnat s’organise entre Hopkins et Segundo Mercado et se termine par un combat nul.

bernard-hopkins oscar de la HoyaSix mois plus tard, Hopkins et Mercado remontent dans le ring pour enfin déterminer qui sera le champion IBF des poids moyens et c’est Hopkins qui l’emporte par arrêt de l’arbitre au septième round. C’est donc le 29 avril 1995 que le règne de dix ans de Bernard Hopkins en tant que champion des poids moyens débute. Durant ces dix années, il inflige des défaites, entre autres, à John David Jackson, Glen Johnson, Félix Trinidad ainsi qu’à Oscar De La Hoya et il défend son titre à vingt reprises.

Bien que ces dix ans et vingt défenses de titres soient à eux seuls assez pour compter Bernard Hopkins parmi les grands, c’est pour moi en 2001 que sa légende prend vraiment forme. C’est à partir de ce moment que l’histoire digne du cinéma se met en branle en s’éloignant du cliché.

Hopkins VS Trinidad

hopkins_trinidadLe 29 septembre 2001, Bernard « The Executioner » Hopkins affronte l’enfant chéri de la boxe du moment, Félix « Tito » Trinidad. Pour certains, Hopkins est déjà trop vieux pour ce genre de combat. Trinidad est trop rapide et trop puissant. Il est, comme l’était également à l’époque Oscar De La Hoya, une figure positive du milieu de la boxe alors que Hopkins est vu comme le dur, la grande gueule, celui qui connaît tous les trucs techniques et sournois pour avoir l’avantage sur son adversaire dans un ring.

Le combat a lieu au Madison Square Garden un peu plus de deux semaines après les attentats du 11 septembre. Malgré tout le sentiment de fierté dont les Américains savent faire preuve, en ce soir de combat, une majorité de spectateurs présents se rangent dans le coin du boxeur portoricain. Les preneurs aux livres et les experts favorisent Trinidad. Hopkins est seul au monde. Le casino en ligne Golden Palace offre 100 000$ à Bernard Hopkins pour qu’il porte un tatouage temporaire publicitaire dans son dos durant le combat. Il prend cet argent et mise sur sa victoire.

Il monte dans le ring, offre une performance sans faille, mystifie totalement Trinidad et remporte ce combat historique. Malgré tout, Hopkins n’arrive toujours pas à séduire le public par la suite et à recevoir le genre de bourses qu’un boxeur avec une telle feuille de route devrait recevoir.

Hopkins entend dès lors être payé à sa juste valeur, mais sa personnalité abrasive et son style défensif irritent autant les magnats de la boxe que les fans. Il maintient cependant le cap et finit par avoir ce qu’il désire lors de son combat contre Oscar De La Hoya en 2004, une victoire par K.O. à la suite d’un crochet au foie dévastateur et une bourse de plusieurs millions de dollars. Un an plus tard, après deux défaites consécutives contre Jermain Taylor, la planète boxe est convaincue que c’est la fin pour Bernard Hopkins, qui a maintenant quarante ans. Et pourtant…

Aussi dominant à 175 livres

Pavlik HopkinsHopkins passe chez les mi-lourds, signe pour un combat contre Antonio Tarver et domine ce dernier. Deux combats plus tard, il affronte Joe Calzaghe, envoie ce dernier au tapis dès la première minute. On dit souvent en boxe que les styles font les combats; dans ce cas-ci, les styles des deux boxeurs donnent un combat plus ou moins intéressant et Calzaghe remporte ce combat serré par décision partagée. Hopkins affronte par la suite Kelly Pavlik et donne une leçon de boxe à celui-ci, invaincu à l’époque. Cette défaite de Pavlik face à Hopkins sème le doute : la carrière de Kelly Pavlik ne sera plus la même par la suite.

hopkins_vs Roy JonesDans les années suivantes, Hopkins venge sa défaite subie aux mains de Roy Jones Jr. dix-sept ans plus tôt, gagne la majorité des vingt-quatre rounds de boxe de ses deux combats contre Jean Pascal pour devenir à quarante-six ans le plus vieux champion de l’histoire d’une association majeure de boxe. Bien qu’il perde sa ceinture WBC aux mains de Chad Dawson, il met la main sur le titre IBF à son combat suivant en défaisant Tavoris Cloud, défend son titre avec brio contre Karo Murat et devient le plus vieux boxeur à unifier des titres majeurs en donnant une leçon de boxe au champion WBA Beibut Shumenov. Ne vous fiez pas au pointage de la carte du juge Gustavo Padilla, qui donne la victoire à Shumenov : il est la seule personne présente ce soir-là au DC Armory de Washington à ne pas voir Hopkins dominer 49% contre 20% au niveau de la précision des coups.

Une décision d’affaires combinée à un désir de passer le message que les meilleurs boxeurs doivent s’affronter pousse Hopkins à affronter Sergey Kovalev en 2014. Durant le combat, Hopkins semble n’avoir qu’un plan A : essouffler le grand Russe et attaquer en deuxième portion de combat. Kovalev démontre à tous que même s’il a tendance à boxer peu de rondes en raison de sa grande puissance, il a ce qu’il faut pour combattre douze rounds et l’emporte par décision unanime. Malgré la défaite, Bernard Hopkins, à l’aube de ses cinquante ans, accomplit ce que peu de jeunes boxeurs avaient fait en montant dans le ring contre Kovalev : passer douze rounds avec le « Krusher » dans une arène de vingt pieds sur vingt pieds et en ressortir debout.

Est-ce vraiment la fin?

hopkins Joe smithNous voici donc, deux ans après cette défaite aux mains de Sergey Kovalev, face à l’inévitable. Celui que nous avons connu pendant une grande partie de sa carrière sous le pseudonyme de « The Executioner » pour par la suite devenir « The Alien » annonce que c’est la fin. Cette incompréhensible force de la nature âgée de cinquante et un ans menant un mode de vie sain, continuant d’aller au gym tous les jours, même les lundi matin suivant un combat. Cet adepte de saine alimentation, dont les parents sont décédés dans la cinquantaine à cause de problèmes de consommation, montera dans le ring en décembre pour affronter Joe Smith Jr. Alors que Floyd « Money » Mayweather avait choisi en Andre Berto un adversaire ayant un nom, mais peu de chances de l’ébranler comme dernier adversaire, Bernard Hopkins choisit un jeune boxeur de vingt-sept ans qui a, plus tôt cette année, battu par K.O. un des mi-lourds les plus respectés des dernières années, Andrzej Fonfara. Comme tout au long de sa carrière, Hopkins a décidé de faire les choses à sa façon et, quand on regarde l’ensemble de l’œuvre, force est d’admettre que ça l’a bien servi.

À l’écoute de la première conférence de presse de ce combat, un doute s’est installé dans mon esprit. Le titre en soi, « The Final 1 », avec le « 1 » écrit en chiffre, plutôt que « The Final One », évoque plus le premier acte de quelque chose que « le dernier ». Même le ton de Bernard Hopkins lorsqu’il dit « Win, lose or draw, there is no excuse. Final 1 » en faisant le chiffre 1 avec son doigt, me paraissait louche. Le fan que je suis, du boxeur et de l’homme, veut probablement croire que ce n’est pas le dernier, mais je dois me rendre à l’évidence que c’est la fin. Et pourtant…

Hopkins a décidé d’être entraîné par John David Jackson pour sa dernière danse plutôt que par Naazim Richardson.  Ce dernier ne semblait pas surpris outre mesure et appui celui avec qui il a travaillé pendant une décennie.  Est-ce que ce nouvel allié combiné à une victoire face à Joe Smith Jr pourrait pousser B-Hop à revoir sa décision?  Il ne serait pas le premier boxeur à rêver d’un combat de plus ni la première légende à faire plus d’une tournée d’adieu.  Si, comme le pensent Bernard Barré et Marc Ramsay, Hopkins devait l’emporter sur Smith, est-ce que la suite pourrait s’appeler Adonis Stevenson?  On peut se le demander, considérant que Al Haymon et Yvon Michel auraient déjà discuté d’un affrontement entre Stevenson et Joe Smith Jr dans l’éventualité où ce dernier vaincrait Hopkins.  Je vous entends déjà dire que Superman est trop fort pour The Executioner.  Et pourtant…  

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