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Gaétan Hart contre Deano Clavet: retour sur le combat le plus inattendu de l’année!

Par Martin Achard

Qui aurait cru que nous verrions, un jour, Gaétan Hart et Deano Clavet échanger des coups dans un ring? C’est pourtant ce qui s’est passé le 6 avril à Gatineau, en finale d’un gala de boxe amateur organisé par le club Les Gants dorés et la compagnie de vêtements Hard Lock, au Centre Communautaire Père-Arthur-Guertin. Les deux anciens boxeurs professionnels, âgés respectivement de 59 et de 52 ans, y ont disputé, devant environ 800 spectateurs, un combat d’exhibition de six rounds de deux minutes.

Il peut être intéressant, en cette fin d’année, de revenir sur ce combat inattendu, afin entre autres de familiariser les plus jeunes amateurs avec deux noms qui ont grandement contribué à animer la scène de la boxe au Québec dans les années 1970 et 1980. À cette époque, très peu de boxeurs de chez nous faisaient carrière au niveau international, mais le noble art n’en était pas moins en excellente santé dans la province, à cause notamment de la qualité des prestations offertes par des combattants attachants et courageux comme Hart et Clavet.

Hart (58-31-4, 25 K.O.) est, on le sait, un triple champion canadien des poids légers, ayant eu le privilège de disputer un combat de championnat du monde en 1980 contre le légendaire Aaron Pryor. Quant à Deano Clavet, il est surtout connu du grand public pour ses rôles au cinéma et à la télévision, notamment dans les séries à succès Scoop et Omerta. Mais, avant de devenir acteur, il avait compilé un dossier de 15-5-0 (7 K.O.) en boxe professionnelle, et avait pris part à l’un des duels les plus dramatiques de l’histoire de la boxe québécoise, disputé contre Alex Hilton en octobre 1984 au Forum de Montréal.

Lors de cet affrontement pour les titres canadien et WBC Continental Americas des poids moyens détenus par Hilton, Clavet avait boxé brillamment pendant onze rounds et paraissait en voie de venger sa défaite subie sept mois plus tôt par K.O. contre le jeune champion. La défaite imminente de son fils avait déclenché, entre la 11e et la 12e reprise, la colère de Dave Hilton Sr., qui avait vertement enguirlandé Alex pour le motiver. Avec vingt secondes à faire dans le combat, Hilton avait laissé tomber son protecteur buccal, sur lequel Clavet avait malencontreusement glissé. Le représentant des «Fighting Hilton» avait immédiatement profité de l’ouverture créée par la perte d’équilibre de son adversaire pour l’ébranler avec un coup en puissance, avant de l’achever à 2 minutes et 56 secondes. Clavet s’était ainsi vu priver d’une belle victoire à quatre petites secondes de la fin prévue des hostilités.

On doit au dynamique propriétaire du club Les Gants dorés, Éric Thibeault, d’avoir fait remonter Hart dans le ring une dernière fois. Ce dernier avait fait un autre combat d’exhibition en 2012 au Club 35 de Repentigny, contre le boxeur amateur et auteur Jacques Pothier. Tout le monde, y compris Hart lui-même, croyait alors qu’il s’agissait d’un ultime tour de piste pour l’ancien champion. Mais, lorsque Thibeault lui a proposé de tenir la vedette du gala qu’il organisait, le résident de Buckingham n’a pu résister à la tentation de saluer une dernière fois son public de l’Outaouais, qui l’a toujours inconditionnellement supporté, surtout qu’il pouvait bénéficier pour l’occasion de la complicité de Clavet, son ami de longue date.

Munis de gants de 16 onces et de casques protecteurs, Hart et Clavet ont donc offert au public présent, le 6 avril, un excellent spectacle, malgré leur différence de poids et leur souci – parfaitement compréhensible – d’éviter les blessures graves. Au premier et au deuxième round, Hart s’est montré plus agressif, alors que Clavet s’est appliqué à exécuter des techniques défensives. Les talents d’acteur de ce dernier sont ressortis à la deuxième reprise, lorsqu’il a fait semblant (de façon assez convaincante!) d’être ébranlé par une droite de Hart. À partir du troisième, Clavet a commencé à lancer davantage de coups, notamment des uppercuts, ce qui a donné lieu à beaucoup d’échanges de qualité dans la seconde partie de l’affrontement. On avait presque l’impression, çà et là, d’assister à un combat à part entière, livré sans retenu.

De façon générale, Hart a boxé au cours de l’affrontement dans le style qu’on lui connaissait au cours de ses belles années, appliquant une pression subtile mais constante, donnant souvent des coups en rafale au corps à courte distance, et cherchant à placer les dernières frappes lors des échanges (une stratégie que le grand entraîneur et analyste Gil Glancy avait décrite de façon imagée, lors de son combat contre Aaron Pryor, par l’expression «playing last tag»). Hart a paru fatigué dans son coin avant le dernier round, mais les deux hommes ont démontré leur professionnalisme en puisant dans leurs ultimes réserves d’énergie pour offrir un sixième round endiablé, au grand plaisir de la foule. Même s’il s’agissait officiellement d’une exhibition, le combat fut déclaré nul par l’annonceur maison.

Après l’affrontement, le «King de Buckingham» a fait savoir qu’il s’agissait de sa dernière sortie, en dépit de son intense passion de toujours pour le noble art, qui est l’une des causes de l’attachement particulier du public québécois à son endroit. Plus tôt dans la journée, il avait reçu une surprise inattendue: un message vidéo de la part de Jean Pascal et de Roy Jones Jr., contenant les éloges de Pascal, qui a parlé de Hart comme une «source d’inspiration», et les salutations de Jones. On applaudira ce très beau geste posé par les deux anciens champions du monde, qui ont ainsi rendu un hommage pleinement mérité à l’une des figures les plus marquantes de la boxe au Québec.

2 Comments

  1. staysy@videotron.ca'

    staysy

    30 décembre 2013 at 18 h 10 min

    Est-ce que le combat a été filmé?

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