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Kevin Bizier nous fait revivre sa carrière en accéléré

Kevin-Bizier-et-Rémy-Bizier

Par Jimmy Gagnon Vézina

En juillet 2016, Kevin Bizier annonçait qu’il accrochait ses gants, quelques mois après avoir vécu une pénible expérience en championnat du monde face à Kell Brook. Seize mois plus tard, j’ai eu le plaisir d’aller discuter avec lui pour savoir comment il vit son statut de retraité. L’athlète de 33 ans en a profité pour nous commenter sa carrière professionnelle en accéléré.

Un gros parcours amateur

Kevin Bizier au Commonwealth 2006Natif de St-Émile à Québec, Kevin Bizier commence à boxer avec ses frères et sa sœur, à l’âge 12 ans, sous la férule de son père, l’entraîneur Rémy Bizier. Son parcours amateur est particulièrement impressionnant: 98 victoires, sept championnats canadiens, une participation aux jeux du Commonwealth en Australie en 2006, en plus d’une victoire contre le médaillé Olympiques Felix Diaz et d’une guerre mémorable contre le futur champion du monde Marcos Maidana. C’est fort de l’expérience acquise au cours de ses années de compétitions qu’il passe pro en octobre 2008, prenant soin d’apporter quelque correctif au passage.

« Vu que je suis un bagarreur, j’avais surtout un manque au niveau physique. J’avais déjà un bon cardio donc, avec Marc, on a surtout eu à travailler sur mon endurance et ma force physique », affirme Kevin Bizier.

Champion Nord-Américain après seulement trois ans

Ses débuts professionnels se font plutôt sans embûche. Il enchaîne les victoires au Casino de Montréal, puis ensuite au Centre Bell et au stade Uniprix, mais c’est chez lui, au vieux Colisée Pepsi de Québec, en décembre 2011, qu’il remporte, par décision unanime, le titre NABF face au coriace Lanardo Tyner.

« C’était un combat mémorable, avec tout le monde qui était là pour m’encourager et tout. C’était toute une guerre mais je m’étais préparé comme un malade. J’avais fait le camp d’entraînement avec Miguel Cotto et c’est sur que lorsque tu mets les gants avec un gars comme ça tu es moins stressé d’affronter Tyner par la suite. Par contre avec le titre NABF je croyais que tout débloquerait côté boxe, que les portes s’ouvriraient mais finalement c’est tout le contraire j’ai été pratiquement un an sans rien faire après ça », souligne amèrement le père de famille.

Ce combat est fort significatif pour Bizier parce qu’il s’agit de la seule fois de sa carrière qu’il est la vedette principale d’un gala à Québec. L’année suivante, GYM promet que son boxeur de Québec sera impliqué dans de grands galas, mais des blessures à Jean Pascal, la tête d’affiche à l’époque, les force à annuler deux galas dont Pascal-Cloud.

Enfin, un défi !!!

C’est finalement en février 2013 en tête d’affiche d’un gala présenté au Centre Bell et sur ESPN 2 qu’il combat à nouveau dans un combat important. Il y défend alors son titre NABF contre l’ex triple champion du monde des poids légers Nate Campbell. Peu impressionné par le statut de favori de ce dernier, Bizier se montre dominant et le force à l’abandon au huitième round.

« On s’entraînait pour un grand gaucher très talentueux et finalement on a changé à 1 mois d’avis. Je crois que c’est l’expérience et le fait que j’étais plus gros que lui qui a fait une bonne différence. Il essayait d’accrocher mais on avait prévu ça, je le repoussais et lui rentrais dedans, je l’ai pas laissé boxer de loin », nous raconte celui qui ajoutait à son palmarès le titre Inter-Continental de l’IBF ce soir-là.

Les guerres avec Jo Jo Dan

En 2013 et 2014, il perd des décisions partagées face à Jo Jo Dan dans des guerres désormais historiques sur la scène locale. Plusieurs y voient des résultats controversés et les gens de Québec éclatent de colère devant chacune de ces décisions partagées.

Demandez lui ce qu’il changerait si c’était à refaire et sa réponse sera très spontanée! « Changer l’arbitre! Surtout le premier combat, je le matraquais et il ne trouvait rien d’autre à faire qu’accrocher. Le deuxième c’était moins pire pour les accrochages mais j’ai reçu des coups de tête flagrants dont celui au huitième round, tout le monde l’a vue! Je crois que le résultat aurait pu être différent si le combat avait eu lieu en terrain neutre comme aux États-Unis, il n’y aurait pas eu de favoritisme », affirme-t-il.

Une seconde chance comme aspirant obligatoire

En novembre 2015, Bizier obtient une seconde chance en combat éliminatoire et il fait, une fois de plus, office de négligé. Il affronte le jeune cogneur invaincu Fredrick Lawson et, même s’il a fait le tour du monde chez les amateurs, c’est le premier combat hors Canada de sa carrière en tant que pro. Ce jours-là, sur les ondes de NBC Sports mais non présenté au Québec, il choque le monde de la boxe pulvérisant la mâchoire de son adversaire le forçant ainsi à l’abandon.

Bizier VS Lawson

« Quand tu arrives avec une stratégie parfaite et que tu as eu un bon camp d’entraînement, que tu ne subis pas de blessure, que tu fait des bons sparrings ça met en confiance. Pour ce combat la préparation avait été parfaite. Et son style de boxe était fait pour moi, Lawson aime imposer son jab mais je lui ai tout de suite rentré dedans pour couper la distance et il ne s’attendait pas à se faire bousculer comme ça », déclare avec fierté l’ancien protégé de Marc Ramsay.

Direction Sheffield en Angleterre

Lors de sa préparation pour son championnat du monde face à Kell Brook, il subit une importante blessure à un œil. Il décide alors de cacher cette blessure à plusieurs membres de son équipe, dont son promoteur Yvon Michel, de peur qu’il annule le combat. À l’instar de son modèle Arturo Gatti, il tient à faire ce combat malgré une vision gravement handicapée et les risques de perdre un œil pour toujours. Il est finalement défait par KO au second round, une première dans sa carrière.

« Des regrets? Pas pantoute! C’est un combat de championnat du monde, et de l’argent aussi! On fait des longues carrières pour quasiment rien, on gagne notre place, j’étais obligé de le faire! Et si c’était à refaire je referais exactement la même chose et je ne le dirais à personne. C’est juste dommage d’avoir dû arrêter à cause de ça si mon œil était correct je boxerais encore! », reconnaît celui qui a obtenu une bourse de quelques centaines de milliers de dollars en Angleterre.

Brook- Bizier face a face

De boxeur à entraîneur

Les blessures l’ayant rattrapés mais fiers d’une très belle carrière (il est entre autre le premier boxeur originaire de Québec à disputer un combat de championnat du monde), il annonce sa retraite le 25 juillet 2015. Il déclare alors vouloir passer du bon temps avec sa famille, devenir entraîneur et guérir de ses blessures, ce qu’il fera progressivement.

Kevin Bizier l'entraineur« Maintenant ça va bien. J’ai récemment eu une opération pour les cataractes. Mon œil gauche fonctionne maintenant à quasiment 80% et il me reste une chirurgie pour retrouver la vue à 100%. C’est sûr que la boxe me manque mais je suis devenu entraîneur pour ça. Travailler dans une shop ça me fesait capoter. Je boxe depuis que j’ai 12 ans, j’ai mon expertise et je compte bien faire ça jusqu’à la fin! »

Aujourd’hui, Kevin Bizier, 33 ans, est maintenant entraîneur au club de boxe de la Capitale et il semble bien apprécier l’expérience. Il compte se servir de sa propre expérience et de celle acquise auprès de divers entraîneurs pour pousser dans cette nouvelle carrière. si on se fie au guerrier qu’il a été dans le ring, il ne faudrait pas se surprendre s’il parvient à persévérer jusqu’à de haut niveau.

« J’aimerais beaucoup entraîner les sports études, des jeunes prospects qui veulent pousser. On le voit tout de suite ceux qui veulent vraiment. Ceux qui veulent s’entraîner et qui ont la bonne attitude pour aller loin. C’est beau l’entraîneur mais il faut savoir se pousser soi-même et être aussi capable de s’entraîner seul pour devenir bon. Quand j’ai commencé je regardais Arturo Gatti et je l’imitais , sûrement que Lomachenko regardait des gars comme Roy Jones et faisait pareille, il faut vraiment avoir la passion pour réussir! », a-t-il conclu.

Club la capitale

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