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La meilleure performance à la Rocky Balboa et autres prix atypiques de fin d’année

Par Martin Achard

12rounds.ca se prêtera bientôt, comme d’autres médias, à la remise des prix habituels (boxeur de l’année, combat de l’année, etc.) pour souligner les moments forts des 12 derniers mois en boxe au Québec. En attendant, nous vous proposons comme en 2013 nos prix «atypiques», qui mettent l’accent sur d’autres faits ayant contribué à définir, pour le meilleur ou pour le pire, l’année 2014.

Stevenson au plancherMeilleure performance à la Rocky Balboa: Andrzej Fonfara contre Adonis Stevenson. Un choix qui ne devrait pas causer de controverses! Après être allé au tapis au 1er round, et s’être fait sonner à nouveau quelques secondes plus tard, Fonfara s’est relevé avec détermination de son tabouret avant le début du 2e, et tous les spectateurs ont pu voir, de par son langage corporel, qu’il n’était nullement «dégonflé». Ses yeux entre autres laissaient transparaître qu’il n’avait rien perdu de son désir de se battre au maximum de ses capacités. Comme on sait, au 5e et au 6e, la volonté du Polonais fut derechef sérieusement éprouvée lorsque plusieurs frappes au corps le firent grimacer de douleur et revisiter le plancher, mais il refusa encore une fois d’abdiquer. Bien plutôt, en bon Rocky, il reprit du poil de la bête dans les rounds suivants pour envoyer Stevenson au tapis au 9e et le faire saigner du nez. Au final, toujours comme le personnage incarné par Sylvester Stallone dans Rocky 1 ou Rocky Balboa, il s’est incliné par décision, mais non pas sans être sorti extrêmement grandi du combat et avoir gagné le respect de plusieurs amateurs grâce à sa performance courageuse et inspirée. Mes hommages, M. Fonfara, pour avoir compris qu’une chance pour le titre linéaire d’une division est précieuse, et qu’elle mérite qu’on se donne corps et âme comme vous l’avez fait.

safe_imagePire «mismatch» sur le plan stylistique, doublé d’une catastrophe sur le plan stratégique: Dmitry Sukhotsky contre Adonis Stevenson. Même s’il ne possède aucune habileté de boxe sortant vraiment de l’ordinaire, je persiste à dire que Dmitry Sukhotsky n’est probablement pas aussi mauvais que pourrait le donner à penser sa piètre performance contre Adonis Stevenson. Mais il existe un principe classique en boxe, que connaît évidemment à la perfection le clan Stevenson, selon lequel «styles make fights». Or, sur la base de critères stylistiques, le Russe avait été savamment choisi comme l’adversaire idéal pour bien faire paraître «Superman». En effet, il est dans son style et sa nature d’avancer constamment à vitesse à peu près constante, ce qui est la pire chose à faire contre un cogneur, qui a alors beau jeu de se planter solidement les pieds au sol et de simplement attendre le bon moment pour délivrer ses coups d’assommoir. Et comme si ce n’était pas assez, Sukhotsky a commis l’erreur, sur le plan stratégique, de ne pratiquement jamais utiliser sa main arrière, ce qui a grandement limité sa capacité à intimer le respect au Québécois grâce à des frappes plus puissantes. Dans de telles conditions, comment imaginer un adversaire qui aurait été plus facile à battre que lui?

1012928_597724833630269_1334047627_nPerformance la plus mal appréciée: Jean Pascal contre Lucian Bute. S’il y a bien une chose que j’ai comprise depuis que j’ai commencé à écrire sur la boxe, c’est que la façon la plus rapide et efficace de soulever les passions et de recueillir des insultes est de formuler une opinion (favorable ou non) concernant Lucian Bute. Mais je préfère parler et essuyer d’autres injures pour dire ceci: non, Lucian Bute n’a pas perdu contre Jean Pascal à cause d’un «blocage psychologique» (une excuse acceptée comme parole d’évangile par certains journalistes des «grands médias»), ou parce qu’il n’a pas su boxer, pour toute autre raison, «à la hauteur de son talent». Il a encaissé sa seconde défaite en carrière parce que Jean Pascal s’est avéré meilleur que lui, point à la ligne. Le natif de Port-au-Prince possède en effet des attributs physiques supérieurs au Roumain, notamment une plus grande explosivité, et ses habiletés défensives sont indéniablement plus variées et solides. Qui plus est, Pascal a mis en œuvre une stratégie plus astucieuse que celle de Bute le soir du combat. Cette stratégie, fondée sur des attaques occasionnelles mais violentes et intenses, était conçue pour lui permettre de bien économiser son énergie, et pour causer les hésitations qu’on a pu constater chez son adversaire. Pascal mérite donc pleinement qu’on reconnaisse la grande qualité de sa performance, ce que beaucoup, malheureusement, se sont refusés à faire au lendemain de sa victoire.

10846507_604607162978278_6232374422859171571_nMeilleur numéro d’acteur: Roberto Bolonti AVANT son combat contre Jean Pascal. Lisez bien l’intitulé du «prix» avant de sursauter! Je ne suis bien entendu pas en train de prétendre que Bolonti s’est fait convaincant lorsqu’il s’est jeté au sol et y est demeuré pendant de longues minutes suite à un coup donné par Jean Pascal lors d’un bris, de façon à tenter d’entraîner la disqualification de ce dernier. Mais AVANT le combat? L’Argentin semblait déborder de détermination, autant dans ce qu’il dégageait corporellement que dans ses propos, tous très censés et crédibles, devant les médias. Il a ainsi réussi à faire croire à beaucoup d’observateurs, moi y compris, qu’il était résolu à se donner à fond et à aller à la guerre contre Pascal. Il s’est avéré qu’il nous bernait. C’est sans scrupule aucun qu’il a choisi d’infliger un autre œil noir à la boxe, ce qui était bien la dernière chose dont avaient besoin les amateurs qui choisissent de consacrer une partie de leur argent de loisir durement gagné au noble art, particulièrement lors d’une année généralement aussi décevante que 2014.

CONTRONI VS REITIEK.-O. de l’année lors d’un petit gala: Frank Cotroni contre Richard Reittie. Pour des raisons faciles à comprendre, les K.-O. de l’année vont toujours, dans les listes de prix compilées dans les médias, à des combats d’une certaine importance, impliquant par exemple un titre ou ayant une incidence sur les classements mondiaux. La conséquence en est que les K.-O. primés ont presque toujours lieu lors de grands ou de moyens galas. Pourtant, des K.-O. ou T.K.-O. tout à fait mémorables se produisent également lors de plus petits évènements. Et, dans cette catégorie, comment pourrait-on passer sous silence la magnifique mise hors de combat réalisée par Frank Cotroni aux dépens de Richard Reittie dans la finale d’un pro-am tenu en octobre au Casino du Lac-Leamy à Gatineau? Dès les premiers instants du duel, Cotroni a atteint son adversaire d’une puissante droite, puis, voyant que Reittie était ébranlé, il s’est rué sur lui pour lui asséner une autre droite qui l’a fait lourdement chuter au tapis. Le résident de l’Ontario s’est relevé, mais il s’est tout de suite retrouvé acculé dans un coin et bombardé de coups, ce qui a forcé l’arbitre à mettre un terme au massacre, après seulement 45 secondes au tout premier round! Le genre de performance qui démontre que Cotroni n’a pas usurpé son surnom de «Hitman».

Mitchell -MadumaDéfaite la plus crève-cœur: Ghislain Maduma contre Kevin Mitchell. Au stade Wembley de Londres, devant une foule hostile, Maduma semblait avoir établi sa supériorité contre son adversaire anglais et voguer vers la victoire, mais plusieurs crochets de la gauche de Mitchell ont tout fait basculer au 11e round. J’avoue avoir laissé échapper quelques jurons devant mon écran lorsque l’arbitre a préféré s’interposer pour protéger le Québécois, le privant ainsi d’une victoire qu’il aurait dû obtenir. Il suffit souvent de quelques moments-clés pour faire ou défaire une carrière en boxe. Espérons que «Mani», un homme extrêmement distingué et charmant à qui on ne peut souhaiter que du succès, saura saisir les occasions de rebondir qui s’offriront à lui.

 

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