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Le retour de Stéphane Ouellet: une bonne idée?

Par Martin Achard

Crédits photos: Linda Boucher, André Forget, Robert Lévesque et Pascal Ratthé

10606353_708088399260578_7684572663973574453_nLes rumeurs des derniers mois se sont concrétisées. L’un des boxeurs les plus charismatiques et populaires de l’histoire de la boxe québécoise, le «Poète» Stéphane Ouellet (29-5-0, 18 K.-O.), effectuera un retour dans le ring le 27 septembre. À l’âge de 43 ans, et après une dizaine d’années passées à la retraite, il affrontera au Centre Bell le boxeur de la Saskatchewan Gary Kopas (4-9-2, 1 K.-O.), de presque neuf ans son cadet.

Que faut-il penser de la décision de Ouellet de renouer avec la compétition? La question sera, il va sans dire, amplement débattue au cours des deux prochaines semaines. Pour ma part, je pense que, dès lors que les autorités compétentes déclarent qu’il est physiquement apte à se battre et que la Régie des alcools, des courses et des jeux lui décerne à nouveau son permis de boxeur, Ouellet est libre, comme tout adulte, de faire ce qu’il juge bon pour lui. J’estime donc que son choix doit être respecté.

283152_1881759329884_2208978_nMais est-ce à dire que sa décision est sage et avisée? J’ai demandé à quatre anciens boxeurs leur opinion sur ce point, et deux d’entre eux penchaient à des degrés divers vers la négative. «Mon cœur est pour ce que tente Stéphane», m’a confié son ancien adversaire, le toujours courtois et posé Alain Bonnamie. «Il faut continuer de rêver et d’avoir des buts dans la vie. Si j’écoutais mon cœur, je te jure que je ferais la même chose que lui! Mais j’écoute ma tête, et à ce stade de ma vie, elle me dit: “occupe-toi des tiens et de tes priorités”. Il faut être conscient de son âge et des capacités qui nous restent. Je mets donc de côté mes “fantasmes” et mes rêves personnels, afin de prioriser ma famille et mes enfants. Mais personnellement, je lui souhaite la meilleure des chances».

10294295_10203011316778264_9094997294622780003_nL’ancien champion IBF des super mi-moyens, Matthew Hilton, a été quant à lui plus direct et tranché dans son jugement: «Je pense que Stéphane a accompli tout ce qu’il avait à accomplir dans le monde de la boxe», m’a affirmé l’ancien jeune prodige, dont la force de frappe, dans les années 1980, terrorisait autant ses adversaires que celle d’Adonis Stevenson aujourd’hui. «Inutile de tenter d’ajouter un autre chapitre à sa carrière. Il devrait demeurer à la retraite. J’aime Stéphane, mais selon moi, il ne devrait pas perdre son temps avec la boxe à 43 ans».

10307432_561665020618058_5029050067133340112_nDe façon intéressante, l’un des boxeurs qui pensent que le Saguenéen pourrait avoir pris la bonne décision est l’ancien champion canadien des poids légers, Gaétan Hart, dont la propre tentative de retour dans la quarantaine, en 2000, s’était soldée par une défaite par K.-O technique. «En un sens, il n’est jamais une sage idée de faire un retour à un âge comme 43 ans», m’a expliqué le sympathique «King de Buckingham». «Mais tu sais, les boxeurs qui ont mal fini leur carrière doivent vivre avec ça toute leur vie, et c’est très difficile. Dans mon cas, je ne pouvais pas vivre avec le sentiment d’être un “looser”. Si l’adversaire de Stéphane n’est pas trop dangereux, alors pourquoi pas? Mais après ce combat, qu’il arrête et se contente d’être heureux».

Les remarques de Hart paraissent tout à fait à propos, car elles font directement écho à ce que Ouellet a expliqué au cours des derniers jours, à savoir qu’il n’avait jamais pu digérer le K.-O. subi au premier round contre Joachim Alcine à sa dernière sortie, en décembre 2004. C’est ce goût amer qu’il visera à effacer le 27 contre Kopas. Et s’il réussissait à décrocher une dernière victoire, pour ensuite retourner immédiatement à la retraite, en paix avec lui-même, qui pourrait alors remettre en doute la justesse de sa décision?

Il demeure cependant que la partie ne sera pas facile contre le résident de Saskatoon, qui en dépit de ce qu’ont affirmé certains, n’est ni un «jambon» ni un simple «taupin». Bien que ses habiletés de boxe soient limitées, Kopas est un dur qui, au cours des neuf derniers mois, a su se rendre à la limite contre des combattants aussi doués qu’Erik Bazinyan et Steve Franjic. Et je rappelle que, en mai de cette année, il s’est incliné par décision en quatre rounds à Pointe-Claire contre Mitch Louis-Charles, dans un combat qui (de l’avis de certains, y compris moi) aurait facilement pu être déclaré nul.

sans-titre (3)Le 27 au soir, restera-t-il suffisamment, en Stéphane Ouellet, du boxeur surdoué qui, plus jeune, n’aurait fait qu’une bouchée de Kopas? Pour mieux faire comprendre les composantes à cette question, je laisse la parole à l’ancien champion canadien des poids moyens et ancien adversaire de Sugar Ray Leonard, Fernand Marcotte: «La performance de Stéphane dépendra du rythme de vie qu’il a eu depuis qu’il a arrêté de boxer. Depuis son dernier combat, s’est-il maintenu dans une bonne condition physique? Bien des facteurs peuvent peser dans la balance. En outre, à 43 ans, il devra être dans une forme physique inégalée. Il faut que son entraînement ait été rigoureux, intense et constant dès le moment où il a pris la décision de revenir. Et dans le ring, il lui faudra conserver une confiance, une volonté et une persévérance inébranlables jusqu’à la fin du combat».

Comment mieux faire comprendre qu’il s’agira d’un grand, mais aussi d’un très beau défi, pour Stéphane Ouellet?

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