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Marie-Eve Dicaire, en route vers les plus hauts sommets

Marie-Eve Dicaire

Par Jean-Luc Autret

Le monde de la boxe est souvent bien cruel, même pour des athlètes aguerris. Il y a beaucoup de marches à gravrir avant de pouvoir lever au ciel une ceinture de champion du monde. Bien que ce soit encore plus complexe dans la boxe féminine, c’est pourtant l’objectif que s’est fixé Marie-Eve Dicaire. Mais avant d’arriver là, elle débute ce soir un nouveau chapitre dans son parcours déjà bien rempli dans les sports de combats.

Cinq fois championne du monde de karaté

À l’âge de 6 ans, Marie-Eve découvre le karaté à cause de son amour pour les tortues ninjas. Passionnée de nature, elle obtient sa ceinture noire à l’âge de 10 ans et demi et devient championne canadienne la même année. Compétitrice très active, elle participe à de nombreuses compétitions nationales, internationales et mondiales. À 18 ans, elle remporte les championnats mondiaux de karaté sénior, un exploit qu’elle va répéter les quatre années suivantes. Après 22 ans de karaté, elle détient aujourd’hui une ceinture noire 5e dan et dirige sa propre école de karaté à Laval depuis neuf ans.

Marie-Eve Dicaire professeur de Karaté« Le karaté est bien différent de la boxe. D’abord, le karaté n’est pas un sport mais un art; ça forge la personnalité, mais on ne donne pas de coups de puissance contre un adversaire. De plus, on doit avoir un centre de gravité plus élevé parce qu’on lance aussi des coups de pieds. Il s’agit de l’élément qui me fait le plus travailler au gymnase », nous explique Marie-Eve Dicaire.

Le kickboxing avant la boxe

Ses succès dans le monde du karaté l’amènent à être remarquée par une organisation professionnelle américaine qui lui permet de compétitionner un peu partout chez l’Oncle Sam.

Marie-Eve Dicaire Kick boxingÀ la recherche d’un nouveau défi, Marie-Eve tente sa chance en kickboxing. Son premier combat se déroule à Ottawa face à une protégée de Jean-Yves Thériault; elle remporte la victoire et peu de temps après elle récidive lors d’un gala à Montréal. Mais le kickboxing n’étant vraiment plus la saveur du mois, Marie-Eve est incapable de se trouver de nouvelles adversaires.

C’est à la même époque qu’elle regarde les jeux olympiques de 2012. Déçue que le karaté ne soit pas une discipline olympique, elle constate que ses choix se limitent à la boxe ou au taekwondo. « Parce que je punch mieux que je kick, j’ai choisi la boxe. Trois semaines et demie plus tard, je faisais mon premier combat amateur », résume-t-elle.

Un départ un peu trop canon

Marie-Eve Dicaire ne fait jamais rien à moitié. Alors que la majorité des boxeurs amateurs ont beaucoup de difficulté à monter sur le ring régulièrement, elle a trouvé le moyen de se battre à 50 reprises en seulement trois ans et demi. Mais alors que son histoire de vie n’est presque faite que de succès, Marie-Eve se frotte à plus fort qu’elle dès ses premiers combats.

« À mon premier combat de boxe, j’ai affronté une fille ayant déjà fait 17 combats, mon second duel fut contre Myriam Dasylva, championne canadienne depuis de nombreuses années, lors des gants dorés. À mon quatrième affrontement, j’affrontais Caroline Veyre aussi championne canadienne chez les 132 livres. À mes septième et huitième combats, j’étais à Halifax aux championnats canadiens, puis j’ai ensuite perdu lors des boxe off. Après neuf combats, j’avais une fiche de 5-4. Habituée à gagner toutes mes compétitions en karaté, ce fut vraiment difficile pour moi d’accepter d’avoir une fiche frôlant le 500. Ma confiance en moi était solidement atteinte », nous raconte celle qui a su surmonter bien de l’adversité à l’intérieur comme à l’extérieur du ring.

Marie-Eve Dicaire en camp d'entrainement au ColoradoPas complètement détruite mais presque, elle se rend à reculons à Sherbrooke pour remporter une décision et elle enchaîne avec 18 victoires consécutives. Elle va notamment décrocher les gants dorés, battre une fille ayant 80 combats derrière la cravate, venger sa défaite aux championnats canadiens, remporter aux États-Unis les Ringside de 2012 et de 2013, être nommée athlète par excellence par la FQBO en 2013 et devenir championne canadienne des 64 kilos. Puis au printemps 2014, en camp d’entraînement au Colorado avec l’équipe canadienne, elle défait la championne américaine.

Une commotion cérébrale plus tard

Quelques jours avant les championnats canadiens de 2014, Marie-Eve participe à une séance d’entraînement particulièrement rude avec différents boxeurs. « Au lieu de dire « ok, on slaque un peu », j’ai mordu dans mon « mouth piece » et je me suis dit vous n’allez pas me casser et je suis allée à la guerre. Ç’a été stupide de ma part, mais j’ai beaucoup appris de ça. Deux jours plus tard, j’avais un combat au Club de l’Est, j’ai aggravé ma situation en faisant du jogging pour perdre du poids. Puis, rendue à Mississauga pour les championnats canadiens je ne sentais pas mes jambes, on m’a rassurée en me disant que c’était lié à ma perte de poids. Dès le premier coup que Kaitlyn Clark m’a lancé, je sentais encore moins mes jambes. Je savais quoi faire, j’entendais les conseils de mon coin, mais j’étais incapable de bien boxer. Sur le coup, j’ai mis ça sur le compte d’une contre-performance de ma part. Le lendemain, j’étais vraiment épuisée, je me suis levée à 13h alors que normalement je suis très matinale. Dans les jours suivants, je me suis mise à avoir d’énormes migraines et à être incapable de tolérer la lumière. Suite aux conseils de la conjointe de mon entraîneur, qui travaille en neurologie, je suis allée consulter et j’ai été prise en charge rapidement pour diminuer au maximum les symptômes. Avant ces événements, je me croyais invincible, ç’a été une période bien difficile par la suite pour revenir en pleine forme », raconte l’athlète en toute humilité.

Marie-Eve Dicaire et Stephane HarnoisPour retrouver sa confiance, Marie-Eve change d’entourage et confie sa destinée à Stéphane Harnois, un entraîneur d’expérience qui a déjà été l’adjoint de Marc Ramsay pendant quatre ans. De plus, son conditionnement physique est maintenant sous la supervision de Marc-André Wilson, le même qui s’occupe de Kevin Bizier, d’Eleider Alvarez et d’Oscar Rivas. Après la commotion cérébrale son entraîneur la prépare pendant plusieurs mois pour retrouver la boxeuse qu’elle était auparavant.

« Stéphane m’a d’abord sorti de ma zone de confort en m’amenant me battre à Toronto, loin de mes amis et surtout sans avoir de pression pour performer. Le combat a très bien été et j’ai repris beaucoup de confiance en moi. Par la suite, il m’a proposé de venger une défaite récente, ce que j’ai fait en vainquant Kaitlyn Clark et enfin il m’a proposé un combat démo contre Caroline Veyre, actuellement classée cinquième au monde à 132 livres », explique celle qui a fait un deuil de son rêve olympique un an plus tôt à la suite de mauvais conseils dans la gestion de sa carrière.

Pour la première fois de l’histoire de la boxe à Sorel, ce soir, un combat de boxe professionnelle féminine aura lieu au Colisée Cardin. Marie-Eve Dicaire affronte Christina Barry (0-1-0), une boxeuse de Winnipeg qui a aussi participé à deux combats en arts martiaux mixtes.

Marie-Eve souhaite se battre environ quatre fois par année et espère qu’un promoteur voudra s’associer à elle rapidement. Puisque la boxe féminine est moins achalandée que son pendant masculin, le défi sera certainement de lui trouver des adversaires. Pour vous donner une idée, selon le site boxrec, il y a actuellement seulement 229 boxeuses actives à travers la planète (44 à 147 livres, 65 à 140 livres et 120 à 135 livres). Bref, Marie-Eve pourrait bien imiter Danielle Bouchard et obtenir une chance en championnat du monde d’ici deux à trois ans.

Marie-Eve Dicaire a l'entrainement

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