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Prise de décision, nouvel aspect de l’entraînement

Vasyl Lomachenko a l'entrainement

Par Vincent Auclair

Assiste-t-on à l’éclosion d’un nouveau type de boxeurs? C’est ce qu’on pourrait penser en observant Vasyl Lomachenko. Mais qu’est-ce qui le distingue des autres boxeurs? Est-il plus rapide? Je ne crois pas qu’il le soit au niveau de ses mouvements et de ses déplacements. Je dirais même que beaucoup de boxeurs m’apparaissent aussi rapide que lui. D’ailleurs, Pacquiao l’est davantage selon moi. Ce serait plutôt grâce à ses automatismes et à sa vitesse de réaction (à ne pas confondre la vitesse de réaction avec la vitesse gestuelle) que Lomachenko se démarque des autres boxeurs. D’ailleurs, la fluidité du boxeur Ukrainien nous donne l’impression qu’il voit les actions de ses adversaires au ralenti, ce qui lui permet de toujours avoir un temps d’avance sur ses adversaires. Cette habilité particulière est appelée : «prise de décision ».

Prise de décision, une habileté à développer  

Vous arrives-t-il de vous poser la question à savoir pourquoi un boxeur effectue une manœuvre x lors d’une situation, alors qu’un autre boxeur aurait fait autrement dans la même situation? En effet,  lorsqu’un boxeur se trouve face à un stimulus (par exemple une action de l’adversaire), il doit alors rapidement analyser l’environnement, choisir une réponse dans son répertoire et ensuite la programmer pour finalement l’effectuer. Tout ceci en moins d’une seconde! Donc, lors de cette chaîne d’événements, ce qui différera le plus souvent une réponse de celle d’un autre boxeur, c’est que chacun peut avoir perçu la situation différemment; mais il se peut également que ces deux boxeurs n’aient dans leur répertoire la même réponse associée à ce stimulus.

Un boxeur se doit de prendre une multitude de décisions dans un ring. D’ailleurs, le type de décisions qu’il prend constitue essentiellement ce qui le caractérise comme style de pugiliste. En conséquence, comme la prise de décision revêt une aussi grande importance dans la boxe, alors il s’agit maintenant de se questionner sur le processus de celle-ci. Dans cet article, je tenterai donc de vous éclairer sur les actions qui se déroulent dans la tête d’un boxeur pendant un combat.

Chaîne de la prise de décision

Premièrement, l’athlète doit faire une sélection de l’information; dans cette opération,  il devra prendre en compte plusieurs paramètres : la position dans laquelle il se trouve, la distance de son adversaire ainsi que sa positon. Il devra en plus se poser les questions suivantes : est-ce que son adversaire s’apprête à le frapper? Y a-t-il une ouverture ou peut-il en créer une en frappant ou en feintant? Lorsqu’il aura rapidement pris en compte toutes ces variables, l’athlète pourra ensuite sélectionner une réponse, par exemple s’il a repéré une ouverture au corps alors qu’il est en position pour lancer ce coup et que son adversaire est à une bonne distance, le cas échéant, il pourra choisir de diriger ce coup au corps, bien sûr si ce coup est dans son coffre à outil!  Une fois la réponse choisie, l’athlète doit ensuite la programmer! C’est à ce moment que son cerveau envoie le signal aux muscles afin de contracter ceux qui serviront à en déterminer l’action ainsi que la force qui sera utilisée.

Dans notre exemple, si l’ouverture est au plexus et qu’en conséquence, le boxeur a sélectionné le jab au corps, alors son cerveau devra envoyer le signal à tous les muscles qui permettent l’action d’un bon jab à l’endroit précis, tel qu’il l’a appris à son gymnase. Si l’adversaire est à une plus grande distance, il sera peut-être nécessaire pour le boxeur de faire un pas vers l’avant et il devra alors mettre plus de force dans les jambes. Une fois le signal envoyé, c’est à ce moment que le boxeur exécute la réponse. Bien sûr, l’athlète n’énumère pas mentalement toute l’information qu’il voit dans le ring, pas plus qu’il ne passe en revue les différentes réponses qui sont possibles. C’est pour lui évident et AUTOMATIQUE quand il a atteint un certain niveau d’expertise. C’est pourquoi, il est si excitant de voir des combats de haut niveau car tout semble tellement rapide et naturel.

Dans son combat contre Rocky Martinez, nous pouvons vraiment apercevoir que Vasyl Lomachenko possède cette capacité de repérer la bonne information et même l’anticiper en vue d’exécuter ensuite la réponse adéquate et de façon automatisée. Il le démontre bien dans l’extrait qui suit. Voyez ses contre-attaques, ses choix de combinaisons ainsi que ses changements d’angles dont l’effet est de prendre son adversaire au dépourvu.

L’anticipation

L’anticipation est un des aspects qui doit être développé afin que le boxeur puisse atteindre un niveau de boxeur « expert ». L’objectif  serait que l’action de boxer devienne aussi naturelle et facile que nos activités quotidiennes. Avec la marche par exemple, nous sommes en mesure de sélectionner l’information pertinente rapidement pour ajuster nos pas. S’il y a un trou ou une personne qui s’approche, et que nous devons dévier de notre trajectoire, alors notre cerveau détecte rapidement cette information et fait le calcul nécessaire. Notre cerveau est habitué de traiter de tels stimuli qu’il est capable de détecter instantanément tout en envoyant le signal approprié aux muscles impliqués. L’anticipation se définit comme suit : « L’habileté  d’identifier et d’utiliser divers types d’information afin d’acquérir plus de temps pour préparer, initier et exécuter l’action appropriée ».

Donc, en soumettant notre athlète à différents stimulis de façon constante, il sera en mesure de mieux détecter l’information pertinente. Ce qui explique pourquoi un boxeur « d’expérience » reconnaît en général plus facilement les différents patterns chez ses adversaires. Par ailleurs, un boxeur novice aura généralement beaucoup plus de difficulté à anticiper, et ses actions sembleront plus brouillons. Lors d’un combat, beaucoup d’informations se présentent au boxeur. Comme mentionné ci-haut, il doit rapidement lire les différentes informations que son adversaire lui envoie. De plus, lorsque les adversaires atteignent des niveaux supérieurs, l’athlète aura alors beaucoup plus d’informations à analyser, lesquelles seront transmises avec une plus grande subtilité et rapidité. Les athlètes de haut niveau développent donc de grandes habiletés à repérer l’information pertinente en étant soumis constamment à différents environnements. En améliorant cette qualité chez nos boxeurs, nous créons des athlètes beaucoup plus complets qui seront en mesure de s’adapter à toutes sortes de situations.

Ici vous pourrez voir la vidéo d’un joueur de soccer, Christiano Ronaldo, qui illustre bien comment les athlètes d’élite sélectionnent l’information rapidement et sont en mesure d’exécuter le bon geste associé à un très haut degré d’anticipation.

Automatisation d’un geste  

Si nous reprenons notre exemple de la marche de tout à l’heure. À quand la dernière fois que vous avez eu besoin de penser à quel pied vous devez mettre devant pour marcher ? La marche se fait de façon AUTOMATIQUE, vous n’avez aucun besoin de penser aux détails techniques, par exemple de fléchir les genoux, la longueur du pas, etc… Une fois l’information bien détectée (paragraphe précédent) et le signal envoyé, la réponse (le geste de marcher) se fait de façon automatique. Bien sûr, il serait utopique de penser que la boxe puisse devenir aussi fluide et automatisé qu’une activité aussi simple que la marche. Par contre, nous pouvons rendre certains gestes (automatisés) de façon à ce que l’athlète n’ait plus à réfléchir avant et pendant qu’il l’exécute. En étant automatisé, le geste n’occupe plus une aussi grande place dans l’attention consciente de l’athlète. Ce qui lui permettra de pouvoir focaliser son attention sur les autres choses qui sont continuellement en changement.

Par exemple, un boxeur tel que Vasyl Lomachenko n’a plus besoin de penser à la manière dont il doit effectuer chacune des habiletés techniques. Ainsi, il peut alors plus facilement garder son attention sur les ouvertures laissées par l’adversaire ainsi que les types d’attaque que celui-ci s’apprête à lui infliger. Ceci étant vrai pour toutes les habiletés techniques, le boxeur a donc avantage à diminuer l’attention portée à chacun de ces gestes durant un combat. Lorsque nous automatisons un  geste, nous jouons sur la phase numéro 3 dans la chaîne de prise de décision (l’exécution de la réponse). L’athlète n’a plus aucun besoin de penser aux détails techniques du geste, il n’a qu’à sélectionner l’information que son adversaire lui présente et déterminer parmi son répertoire d’habiletés celle qu’il exécutera sans qu’il n’ait besoin d’y penser.

Conclusion

Sachant le processus cérébral d’exécution d’un geste technique, en tant qu’intervenant, nous devons nous demander quels seraient les moyens les plus efficaces pour que notre athlète n’ait plus besoin de réfléchir à la manière et au moment d’exécuter un geste en particulier.  Après tout, qui n’aimerait pas avoir dans son gymnase, un boxeur aussi à l’aise dans un ring que Lomachenko?

Il existe de nos jours des méthodes d’entraînement qui permettent aux athlètes de développer l’habileté à détecter plus rapidement les informations pertinentes et exécuter l’automatisme associé à celles-ci de façon instantanée. Ces méthodes permettent aux athlètes d’opérer à partir de ces habiletés « apprises » des transferts efficaces et immédiats en situation de compétition. Ils réduisent également chez les boxeurs les cas « d’overthinking » et de « choking». Par contre, ces méthodes d’entraînement diffèrent sur plusieurs plans des entraînements dits «traditionnels »!

Dans un prochain article, il sera question de ces méthodes et comment optimiser les répétitions du geste techniques afin que le boxeur améliore sa prise de décision…

3 Comments

  1. heildie14@hotmail.com'

    John

    29 août 2017 at 7 h 39 min

    Excellent!!!!

    J’attends avec impatience la suite

  2. c_robert_@outlook.com'

    Cyril Robert

    29 août 2017 at 10 h 01 min

    Super article !!!
    « Vous avez d’un côté l’instinct naturel, de l’autre, la maîtrise. Il faut combiner les deux de façon harmonieuse. Si l’un est poussé à l’extrême, vous n’êtes pas rationnel. Si c’est l’autre, vous devenez un être mécanique. Vous n’êtes plus humain. Il faut une combinaison réussie des deux. Ce n’est pas le naturel à l’état pur, ni le non-naturel. L’idéal, c’est le naturel non-naturel ou le non-naturel nature. » – Bruce Lee

  3. Pingback: Après la prise de décision, l'entraînement efficace

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