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Une promenade dans le parc

Par Jean-Philippe Arcand – Non, le combat entre Marie-Ève Dicaire et Ogleidis Suarez ne passera pas à l’histoire. La Québécoise a néanmoins réussi une troisième défense de son titre IBF des super-mi-moyens samedi soir, au Centre Vidéotron de Québec, au vif plaisir des quelques amateurs demeurés sur place jusqu’à la fin…

Jamais inquiétée, la pugiliste de Saint-Eustache n’a fait qu’une bouchée de la Vénézuélienne, filant tout droit vers une victoire par décision unanime (100-90, 100-90, 99-91).

«Je pense sincèrement que j’ai montré de nouvelles habiletés, des choses que je ne faisais pas dans le passé. Je pense par contre qu’on a de petites choses à travailler. Je n’ai pas été en mesure d’appliquer la stratégie à la lettre», a décrit Dicaire après le combat.

Il faut dire que Suarez (28-4-1, 13 K.-O.) n’a rien fait pour aider sa cause… en ne faisant rien, justement. Passive au point de se demander si elle avait entendu la cloche, elle a carrément laissé Dicaire (17-0) faire ce qu’elle voulait avec elle dans le ring.

«J’ai été vraiment déçue [de Suarez] et j’avouerai que ça m’a peut-être un peu déstabilisée. Je la touchais tellement facilement. C’est peut-être pour ça que je me dis que j’aurais pu en faire plus.»

-Marie-Ève Dicaire

«Marie-Ève était extrêmement rapide. [Suarez] a vu qu’elle ne pouvait pas boxer contre Marie-Ève. Elle devait essayer de la coincer, de la laisser entrer à l’intérieur pour placer ses coups. Mais Marie-Ève était tout simplement trop rapide pour elle», a pour sa part analysé l’entraîneur de Dicaire, Stéphane Harnois.

Forte de cette autre victoire, Dicaire vise désormais un combat d’unification contre l’Américaine Raquel Miller, devenue championne intérimaire de la WBA pendant le gala grâce à une victoire par décision unanime aux dépens de la Mexicaine Alma Ibarra. Le duel aurait lieu en mars, si tout va comme prévu.

Bien des choses peuvent changer d’ici là, mais à la lumière de ce qu’on a vu de Miller samedi, on peine à imaginer de quelle façon elle pourrait constituer une menace pour Dicaire. Terne, sans grande vigueur, son duel contre Ibarra a été à peu près aussi excitant que de regarder une mouche mourir dans un luminaire.

«Je n’ai vraiment pas été impressionné, a d’ailleurs admis Harnois. Je m’attendais vraiment à quelqu’un de beaucoup plus rapide. C’est une fille qui est à la portée de Marie-Ève.»

Le public répond… absent

Vendredi, lors de la pesée, on disait avoir vendu 1500 billets pour le gala. Selon le promoteur Yvon Michel, ce sont finalement 2369 spectateurs qui étaient réunis dans les gradins du Centre Vidéotron, configuré pour en accueillir 3400.

Près de 1000 billets supplémentaires auraient ainsi été écoulés en moins de 24 heures? Difficile d’évaluer le tout à l’oeil nu, bien sûr, mais le chiffre final peut sembler un brin costaud.

Michel a avoué que le gala n’avait pas été rentable pour son organisation. Il s’est néanmoins dit satisfait de la soirée dans l’ensemble.

«On a atteint nos objectifs. On voulait donner une plateforme importante à nos boxeurs. On voulait qu’ils avancent dans les classements.»

-Yvon Michel

N’empêche, il y avait quelque chose d’à la fois désolant et inquiétant à la vue de toutes ces rangées de sièges dégarnies. D’autant que le nombre total et officiel de spectateurs, en lui-même, fait plutôt piètre figure pour un combat de championnat du monde. Pour vous donner une idée, le Cabaret du Casino de Montréal, lorsqu’il est rempli à pleine capacité pour un gala de boxe, peut accueillir 600 personnes.

Pis encore, bon nombre d’amateurs ont carrément quitté les lieux en plein combat final, laissant encore davantage de trous béants derrière eux un peu partout dans l’amphithéâtre. Pourquoi un tel désintérêt? Est-ce parce que les gens n’ont que faire de la boxe féminine? À cause de l’heure un peu tardive (environ 23h30) à laquelle le combat s’est mis en branle? Ou est-ce l’allure plutôt couci-couça du duel qui a refroidi la foule?

«Ce n’est pas Marie-Ève ou la boxe féminine. C’est dur de vendre la boxe, point. Si on enlève les deux ou trois meilleurs boxeurs au Québec, combien, hommes ou femmes, peuvent attirer 2000 ou 3000 personnes? Il n’y en a pas beaucoup. C’est donc déjà un exploit, ce qui a été fait là», a fait valoir Michel.

Quoi qu’il en soit, avec ce qu’on a constaté, une chose apparaît plus claire que jamais: le Groupe Yvon Michel doit impérativement se trouver une nouvelle tête d’affiche, et vite. À l’évidence, Marie-Ève Dicaire ne pourra à elle seule maintenir l’organisation à flot, en dépit de sa ceinture et de son charisme débordant. Le public québécois en veut davantage.

Reste à voir qui pourra occuper ce poste. Adonis Stevenson n’est évidemment plus dans le portrait. Artur Beterbiev non plus. Eleider Alvarez et Oscar Rivas ont été quelque peu relégués au second plan à la suite de leurs défaites respectives. Pas facile…

Zewski s’illustre

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Mikaël Zewski (à gauche) et Alejandro Davila se sont livrés un rude combat. / Photo tirée de la page Facebook du Groupe Yvon Michel

En demi-finale du gala, Mikaël Zewski (34-1, 23 K.-O.) a défendu avec succès ses titres NABO et IBF nord-américain des mi-moyens en stoppant le Mexicain Alejandro Davila (19-1-2, 7 K.-O.) au dixième round, dans ce qui fut le meilleur combat de la soirée.

Le Trifluvien s’est fort bien tiré d’affaire devant un adversaire hargneux et coriace. Les deux belligérants se sont échangé les politesses avec vigueur et à un rythme endiablé tout au long de l’affrontement, jusqu’à ce que Zewski prenne le dessus en envoyant Davila au tapis au neuvième round, gracieuseté d’un joli crochet gauche.

Zewski a remis ça au round suivant, encore là à l’aide d’un crochet gauche. Davila s’est relevé, mais n’avait plus les jambes tout à fait solides. Pas assez, en tout cas, pour que l’arbitre Martin Forest lui permette de continuer. C’était la fin des émissions.

«J’ai été en contrôle durant tout le combat. […] J’ai parfois tendance à m’essouffler dans des combats comme celui-là. Et là, malgré la bataille, je respirais et je prenais le temps de regarder où je frappais», a relaté le gagnant.

Classé au huitième rang de la WBO, Zewski devrait pouvoir se hisser quelque part dans le top-5 avec cette victoire. Questionné sur ce qu’il voudrait trouver sur sa route pour la suite, il n’a pas hésité une seconde à nommer Terence Crawford, actuel tenant du titre au sein de la fédération.

«Je vais [l’affronter] gratuitement s’il le faut, a-t-il lancé. Ce que je veux, c’est accomplir quelque chose, et ça passe par un championnat du monde.»

Chose certaine, on ne pourra pas l’accuser de manquer d’ambition.

Vive déception pour Bouchard

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Sébastien Bouchard (à droite) a dû déclarer forfait en raison d’une blessure. / Photo tirée de la page Facebook du Groupe Yvon Michel

Les partisans de la Vieille Capitale avaient hâte d’assister au duel entre Sébastien Bouchard, originaire de Baie-Saint-Paul, et le Montréalais Ayaz Hussain. Mais le moment tant attendu s’est soldé par une amère déception pour tout le monde.

Bouchard (18-2, 8 K.-O.) s’est sectionné un tendon au biceps gauche en lançant un coup sur Hussein (14-1, 11 K.-O.) au quatrième round. Il a aussitôt retraité vers son coin avant de déclarer forfait. Résultat: Hussein, qui en était à un premier combat en près de deux ans et demi, a été sacré vainqueur.

«Ça me fait mal au coeur. […] Le plan de match se déroulait comme prévu. Quand j’ai frappé, je l’ai senti tout de suite. Ça a snappé et ça a brûlé», a regretté Bouchard.

Il avait d’ailleurs subi la même blessure il y a deux ans, au bras droit, cette fois. Il s’en était remis après une chirurgie et une convalescence de six mois. Bouchard s’attend donc à une réhabilitation similaire avant de reprendre du service.

«Ça faisait six mois que je m’entraînais pour [ce combat]. On a tout fait. J’étais un peu stressé avant le combat, et on me disait: arrête, tout a été fait, on ne peut rien changer. Et là, c’est le corps qui a lâché…», a laissé tomber Bouchard.

Les autres résultats

Wilfried Seyi (8-0, 4 K.-O.) a mis un peu de temps à se mettre en marche, mais il a finalement triomphé de l’Ontarien Devin Tomko (7-1, 3 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2:56 du huitième et dernier round. Seyi est d’abord venu tout près de passer son rival par-dessus les câbles, avant que celui-ci tente de revenir dans l’affrontement. Mais l’arbitre Steve St-Germain a sagement décrété la fin des hostilités, alors que Tomko titubait dans l’arène. Seyi, pour sa part, obtient un premier titre mineur en carrière, soit la ceinture WBC Jeunesse des mi-lourds.

Marie-Pier Houle (2-0-1, 1 K.-O.) et la Tchèque Linda Dostalkova (2-0-1) se sont bien battues, mais elles ont dû se contenter d’un verdict nul majoritaire après les quatre rounds de leur affrontement. Deux juges ont remis des cartes de 38-38, tandis que le troisième a vu Houle gagnante à 39-37.

Rarement a-t-on vu un boxeur garder le sourire en recevant autant de claques sur la gueule que Yan Pellerin (9-1, 3 K.-O.). Le pugiliste de Granby a eu une autre raison d’être de bonne humeur après son combat, puisqu’il a vaincu le Mexicain Maximiliano Corso (6-5-1, 1 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1:59 du sixième round. Corso est allé au tapis lors de cet ultime assaut, et en voyant de quoi il avait l’air une fois debout, l’arbitre Martin Forest a choisi d’arrêter le combat.

Une délégation de spectateurs venus de Thetford Mines était sur place afin d’encourager le boxeur local Dave Leblond (4-7, 1 K.-O.). Malheureusement pour eux, leur favori s’est incliné devant le Brossardois Chann Thonson (6-0, 4 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2:17 du quatrième round. Thonson a envoyé Leblond au plancher avec une solide droite. Leblond s’est relevé, mais comme il n’était plus vraiment en mesure de se défendre, l’arbitre a préféré mettre un terme au duel.

En ouverture de gala, le Français Simon Pierre Adde (7-1, 3 K.-O.) a facilement disposé du Mexicain Jair Sena (8-5-2, 6 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Un combat qui a tout intérêt à être oublié rapidement, et qui le sera assurément.

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