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Barbara Buttrick et Sue Fox: deux pionnières de la boxe professionnelle féminine

Par Martin Achard

PrintBeaucoup d’amateurs de boxe connaissent les principales boxeuses professionnelles qui évoluaient il y a entre dix et vingt-cinq ans, alors que des combats entre femmes étaient intégrés à des galas d’importance et diffusés à la télévision. Qui parmi ceux qui sont âgés de 40 ans et plus n’a pas au moins quelques souvenirs de Christy Martin, de Mia St. John, de Laila Ali ou de Lucia Rijker? Depuis ce temps, toutefois, la boxe professionnelle féminine est retombée dans un anonymat relatif, alors pourtant que plusieurs observateurs soutiennent que le niveau de talent des boxeuses n’a jamais été aussi élevé. C’est pour tenter de braquer à nouveau les projecteurs sur les combattantes que David Damphousse, un jeune promoteur de l’Outaouais, a fondé Nordic Coliseum Women Boxing et qu’il présentera le 15 août à Gatineau son premier gala composé uniquement de combats féminins.

Ce manque de visibilité de la boxe professionnelle féminine n’est malheureusement pas une première dans son histoire. Avant les Martin, St. John, Ali ou Rijker, en effet, des femmes ont œuvré dans l’ombre et sont montées dans les rings pour permettre le développement d’une nouvelle dimension du noble art, qui a acquis un nouveau statut en 2012 en devenant une discipline olympique. Voici les portraits de deux de ces principales pionnières, dont les vies sont riches en anecdotes savoureuses ou intéressantes.

Barbara Buttrick

imagesCAYEQRJT (2)Ceux qui croiseraient Barbara Buttrick aujourd’hui ne pourraient certainement deviner que, derrière cette gentille grand-mère de 4 pieds 11 pouces, âgée de 84 ans, se cache l’une des boxeuses les plus courageuses, déterminées et douées de l’histoire, qui, dans les années 1950, fut le visage même de la boxe féminine.

Née au Royaume-Uni et ayant grandi dans le Yorkshire, Buttrick aimait à l’adolescence accrocher les posters des meilleurs boxeurs de son temps sur les murs de sa chambre. Un jour, à l’âge de 15 ans, elle découvrit par hasard dans un journal qu’elle utilisait comme papier pour essuyer ses souliers l’existence de la boxeuse Polly Burns, une championne du début du 20e siècle.

L’exemple de Burns lui fit réaliser qu’il était possible pour une femme de pratiquer la boxe, et elle se mit donc en quête d’un entraîneur disposé à l’aider. Elle le trouva à Londres, en la personne de Len Smith, qui devint éventuellement son mari. Bien résolue à progresser dans son art, Buttrick consacrait trois heures à l’entraînement chaque soir, après sa journée de travail comme dactylo. Sa routine d’entraînement comprenait des séances de sparring avec des hommes, incluant son entraîneur et mari Smith, à qui – à en croire la légende – elle aurait déjà cassé la mâchoire.

Incapable à l’époque de décrocher des combats officiels, Buttrick dut faire ses débuts lors d’affrontements semi-improvisés tenus lors de fêtes foraines ou à l’occasion des déplacements de cirques ambulants. Elle se frotta ainsi tour à tour à quatre adversaires dans la même journée, lors de sa toute première sortie en boxe compétitive, en 1949.

imagesCAZU4XGZVers le milieu des années 1950, celle qui était surnommée «The Mighty Atom of the Ring» déménagea aux États-Unis avec Smith et remporta plusieurs victoires d’affilée. Elle obtint éventuellement une licence de boxeuse de l’état du Texas, ce qui lui permit, en 1957, de remporter le premier championnat du monde sanctionné de l’histoire de la boxe féminine, en vertu d’une décision unanime en six rounds contre Phyllis Kugler à San Antonio.

Buttrick livra son dernier combat en 1960, alors qu’elle était … enceinte de quatre mois. Sa fiche en carrière s’établirait à 30-1-1 (12 K.-O.), sans compter de nombreux combats d’exhibition, livrés contre des femmes mais aussi contre quantité d’hommes. Après sa retraite, elle devint photographe de boxe et fonda en 1993 le Women’s International Boxing Federation (WIBF), une organisation reconnue et toujours active à l’heure actuelle.

sans-titre (9)Comment expliquer les succès de Buttrick, qui, non seulement mesurait moins de cinq pieds, mais ne pesait que 98 livres et se battait donc presque toujours contre des adversaires plus imposantes qu’elle physiquement? «Même une poids coq ou une poids mouche était nettement plus lourde que moi», a-t-elle déjà expliqué, «mais j’avais un bon punch pour ma taille. C’est ainsi que j’ai pu dominer des filles plus massives. Quand je les frappais, elles sentaient ma puissance. Je prenais donc soin de les atteindre avec force. Elles perdaient l’envie de trop me pourchasser dans le ring après avoir encaissé l’une de mes gauches au visage. Je les voyais alors devenir nettement plus prudentes».

Sue Fox

sans-titre (12)Sue Fox était l’une des meilleures praticiennes du karaté «light contact» et «full contact» aux États-Unis lorsque, en octobre 1975, elle entendit parler aux nouvelles d’un combat de boxe professionnelle féminine livré la veille à Portland en Oregon, sa ville de résidence. Elle fut alors frappée par le fait que, alors qu’elle devrait débourser de sa poche pour pratiquer des tournois de karaté, les deux boxeuses qui s’étaient affrontées, Jean Lange et Caroline Svendsen, avaient plutôt été payées pour se battre.

Elle entreprit alors de se lancer dans la boxe, mais sa première expérience compétitive dans un ring fut extrêmement négative. Alors qu’elle n’avait toujours pas eu l’occasion de s’entraîner spécifiquement dans le noble art, un gérant peu scrupuleux lui organisa en février 1976 un premier combat professionnel contre une boxeuse compétente du nom de Theresa «Red Star» Kibby, qui lui infligea une défaite par T.K.-O. au 3e round.

295321_10151562075928351_26324939_nToujours motivée malgré ce revers à faire son chemin dans le monde pugilistique, Fox commença alors à s’entraîner dans un gymnase de Westminster en Californie où, dès sa première journée, on lui fit faire quatre rounds de sparring contre un boxeur mâle plus petit qu’elle, mais expérimenté. Son adversaire fit tout pour la malmener pendant quatre rounds, mais elle sut demeurer sur ses jambes. Désireuse de prouver sa détermination, elle remercia son partenaire après la séance et, malgré la dégelée qu’elle venait de subir, lui signifia son désir de s’entraîner de nouveau avec lui le lendemain. Plus d’une semaine plus tard, cependant, voyant que le boxeur qui l’avait mise à l’épreuve n’était toujours pas revenu au gymnase, elle demanda à l’un des entraîneurs ce qu’il était arrivé de lui. L’homme lui répondit alors avec franchise: «Nous lui avions donné l’instruction de te passer le K.-O. lors de votre séance de sparring, mais comme il n’a pas su le faire, il est trop humilié pour revenir s’entraîner!».

Pendant trois ans, «Tiger Lilly» disputa une douzaine de combats et réussit à gravir les classements mondiaux, mais sans obtenir de chance pour un titre. Elle choisit de prendre sa retraite en 1979, écœurée à la fois par le peu d’opportunités qui existaient à son époque pour les boxeuses de se faire valoir et apprécier du public, et par la façon dont avait évolué son style de combat au fil du temps. «Au moment de prendre ma retraite, j’en étais arrivée à détester la boxe», a-t-elle déjà admis. «Au début, j’avais une approche scientifique qui s’inspirait des arts martiaux. Je cherchais à ne pas me faire frapper. Mais vers la fin, je me comportais de plus en plus comme une bagarreuse. Je me suis ainsi fait déboîter la mâchoire trois fois en faisant du sparring avec des hommes parce qu’il n’y avait que peu d’occasions d’en faire avec des femmes. J’étais devenue prête à encaisser un coup pour en donner un, ce qui m’a déplu lorsque je l’ai réalisé. J’ai donc décidé de me retirer du sport avant de subir des dommages au cerveau».

sans-titre (13)Suite à sa retraite, Fox demeura loin du noble art pendant plusieurs années, se concentrant sur son métier de policière et sur ses activités de musicienne de rock. Vers le milieu des années 1990 toutefois, alors que la carrière de Christy Martin commençait à faire des vagues, elle fut choquée par la fausseté de l’information sur l’histoire de la boxe féminine qui circulait dans les médias. Pour remédier à cette situation, elle décida en 1998 de fonder le Women Boxing Archive Network (WBAN), un site web exhaustif qui, jusqu’à aujourd’hui, demeure la référence en matière de boxe féminine, offrant à la fois des nouvelles, des articles, des entrevues et des informations biographiques sur les combattantes du présent et du passé. Si la tradition de la boxe féminine est mieux connue aujourd’hui, c’est en grande partie grâce aux efforts déployés depuis 1998 par Fox.

images (13)On doit par ailleurs à «Tiger Lilly» une autre initiative majeure, celle-là toute récente. Lasse de voir que le plus important temple de la renommée en boxe, l’International Boxing Hall of Fame (IBHOF) situé à Canastota dans l’état de New York, ne ménageait pratiquement aucune place à la boxe féminine et n’intronisait aucune boxeuse dans le rang des immortels, elle a engagé ses propres ressources financières pour créer un nouveau temple, l’International Women’s Boxing Hall of Fame (IWBHF). L’IWBHF a tenu le mois dernier à Fort Lauderdale en Floride un évènement de lancement, au cours duquel a été intronisé un premier lot de sept combattantes. Sera-t-on surpris d’apprendre que Barbara Buttrick, que nous avons présentée plus haut, faisait partie du groupe?

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