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Donner la chance au coureur…

Kovalev domine Pascal

Par François Bouchard

Premièrement, quel combat nous avons eu hier soir! Jean Pascal a été fidèle à sa promesse, il s’est comporté en véritable guerrier et a donné le meilleur de lui-même. Livrant bataille au champion unifié WBA-IBF-WBO Sergey « Krusher » Kovalev, Jean a donné le combat de sa vie, tel que je le croyais. Par contre, les chances de voir le scénario d’un Balboa noir se sont évaporées au 8e round, alors que Luis Pabon mit fin aux hostilités après deux droites du Russe assénées sur un Pascal chancelant.

Je vais le dire aussi simplement que possible : je crois que le combat Pascal vs Kovalev a été stoppé trop rapidement. Mon collègue Mike Bilodeau a défendu l’idée contraire en faisant état de l’expérience de l’arbitre et du fait que Kovalev a déjà causé la mort d’un boxeur, mais qui n’était pas du tout du niveau et de la condition de Jean Pascal hier soir.

rahman tuaIl faut certes avouer que les arbitres ont un rôle ingrat : celui de juger du bon moment pour stopper un combat. Certains le font trop rapidement, comme ce fut le cas de Telis Assimenios en 1998 lorsqu’il déclara la fin du combat entre Hasim Rahman et David Tua. Ce dernier avait ébranlé « The Rock » avec un crochet de gauche après la cloche au round précédent et le barrage du début du 10e round fut suffisant pour que le troisième homme s’interpose. Assimenios fut longtemps privé d’arbitrer un combat majeur…

À l’inverse, Roberto Duran asséna toute une correction à Davey Moore en 1983 en 8 assauts pour le titre WBA des 154 livres. L’arbitre Ernesto Magana dormit littéralement au gaz, c’est le commissaire athlétique qui stoppa le combat!

hearns barkleyLorsque l’on fait confiance à la qualité des boxeurs, le résultat peut être improbable. Parlez-en à Iran Barkley, qui, après avoir reçu une correction pendant 2 rounds aux mains de Thomas « The Hit Man » Hearns, trouva l’ouverture pour une miraculeuse droite qui envoya le multiple champion de Détroit au pays des rêves….

 

On laisse aussi parfois la discrétion aux boxeurs. Parlez en à Eddie Cotton, qui a déclaré n’avoir jamais eu l’intention d’arrêter le second affrontement entre Andrew Golota et Riddick Bowe. Pourtant, personne ne l’aurait contredit! Un arbitre qui a été contredit, par contre, c’est Marlon B. Wright, pour avoir permis à Lucian Bute de continuer lors de sa défense de championnat IBF des super-moyens contre Librado Andrade. Ce dernier venait clairement de faire valser un Bute fatigué dans les câbles.

manciniOn pourrait argumenter sur d’autres combats, tel Gabriel Ruelas vs Jimmy Garcia (qui succomba 13 jours plus tard), Ray Mancini vs Deuk-Koo Kim (un combat qui incitera la WBC à changer le nombre de rounds de 15 à 12 suite au décès du Coréen 4 jours plus tard), et pour les plus vieux, Ezzard Charles vs Sam Baroudi ou Primo Carnera vs Ernie Schaaf (ce dernier n’était pas remis d’un violent KO contre Max Baer lorsqu’il rencontra le géant italien).

Il n’en demeure pas moins que lorsqu’un boxeur décède de ses blessures, c’est qu’il aurait dû prendre les dispositions nécessaires pour se protéger bien avant le combat. Les pugilistes sont souvent orgueuilleux et peuvent cacher des blessures ou refuser de ne pas combattre. Cet orgueuil va même jusqu’à accepter un combat même en absence de condition physique. Le problème, c’est qu’aucun de ces cas de figure ne s’applique à Jean Pascal hier soir. Il était en condition physique optimale, c’était la chance de sa vie. Imaginez un instant Luis Pabon stopper un combat d’Arturo Gatti…

Jean Pascal est un professionnel qui s’entraîne en professionnel, qui connaît les risques de son métier, qui comprend où il se situe et qui accepte les conséquences. Il n’est pas reconnu comme un mauvais encaisseur et n’avait pas encore fait au cours de sa carrière une telle guerre d’usure. Il peut vivre quelque peu dans le déni quand il mentionne que Kovalev ne lui a jamais fait mal; tout le monde sait que cela est faux, on l’a tous vu chanceler. Mais je crois que sachant ses qualités, il méritait au moins une chance de se faire justice. Donner la chance au coureur, quoi.

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