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Martin Achard, «lui y connaît ça!»

Par Rénald Boisvert

Le grand comédien Olivier Guimond aurait certainement dit de Martin Achard : «lui y connaît ça». Dans les années 1960, Guimond a rendu l’expression tellement populaire que tout le Québec l’utilisait. C’était alors la façon la plus courante de faire l’éloge d’une personne qui connaît bien son métier.

Martin Achard est l’un des membres fondateurs de 12rounds.ca. Depuis lors, il a publié de nombreux articles dont la qualité et la rigueur étaient toujours au rendez-vous. Vous pouvez également consulter ses écrits sur son site : Mémorial de la boxe – Histoire et traditions du noble art.

Aujourd’hui, je souhaite particulièrement faire la promotion de l’un de ses textes, qui s’intitule : «Les paramètres généraux à considérer dans l’analyse d’un combat de boxe

Je discuterai plus loin de la rigueur que l’on retrouve une fois de plus dans ce texte. Mais c’est d’abord son côté pratique que je veux souligner. Martin y propose un outil qui m’apparaît indispensable pour les fans de boxe. Dans ce texte, il fait une énumération des éléments à considérer chez un boxeur. Cette énumération pourrait très bien servir de «check-list» pour tous ceux qui désirent se montrer méthodiques dans l’analyse d’un combat de boxe.

En lisant le texte de Martin Achard, vous constaterez que nous sommes loin de la conception plutôt simpliste consistant à réduire les paramètres d’un boxeur à trois ou quatre facteurs (ex : la force de frappe, la vitesse, l’intelligence et la capacité d’encaisser.) Même si ces paramètres sont importants, il appert que ce sont aussi d’autres facteurs qui vont déterminer l’issue d’un combat.

Si vous étiez un jeune entraîneur de boxe, je vous suggérerais fortement de concevoir votre propre liste à partir de celle proposée par Martin Achard. Sur ce point, peu importe, je crois que tous les fans de boxe gagneraient à confectionner la leur. D’autant plus que dans son texte, Martin invite tous les lecteurs à commenter ses choix. Ainsi, il fait preuve d’ouverture et de modestie en considérant la liste de ses paramètres comme étant préliminaire. Je profite donc de l’occasion pour lui transmettre mes propres observations concernant quelques-uns des paramètres contenus dans son texte.

La vitesse de réaction

D’abord, à propos des paramètres «physiques», je crois qu’il conviendrait mieux de ne pas y inclure l’élément «vitesse de réaction». Contrairement à la vitesse gestuelle, cet élément est le fruit de facteurs cognitifs trop importants pour ne pas faire partie, en toute priorité, du second paramètre général déterminé par Martin Achard : le mental. De nos jours, plusieurs exercices de nature cognitive ont pour objectif d’améliorer la vitesse de réaction des boxeurs. D’autant que ce paramètre est lié à un autre facteur dont il dépend énormément et qui consiste en la capacité cognitive du boxeur de lire les moindres gestes de l’adversaire (à ne pas confondre avec l’anticipation). De plus, la vitesse de réaction ainsi que la lecture des gestes de l’adversaire ont certainement à voir avec le timing, même si on aurait tort de les assimiler entre eux.

Les styles de boxe

Toujours au sujet de l’excellent texte de Martin Achard, je proposerais également que le paramètre «stylistique» se retrouve sous celui de «stratégique». Je ne crois pas que l’analyse des styles de boxe sous la forme décrite par Martin soit aussi utile qu’autrefois. Elle n’est plus vraiment applicable à l’élite de la boxe professionnelle, sauf à l’égard des ajustements qu’un boxeur peut apporter «stratégiquement». La question des styles est maintenant une affaire de stratégie.

Pour convaincre Martin Achard de mon point de vue, je vais m’appuyer sur un texte de lui-même : 

«…8) Même s’il est un pur boxeur, qui peut dominer le combat à distance, (André) Ward maîtrise chaque subtilité de l’«infighting» (incluant bien entendu des coups très compacts comme des uppercuts et des mi-uppercuts/mi-crochets, mais aussi des techniques pour rudoyer l’adversaire), et il choisit souvent de se battre à courte ou à très courte distance, afin d’introduire une variation supplémentaire dans sa boxe et de profiter du fait que la plupart des boxeurs maîtrisent moins bien que lui l’art des coups courts et compacts. Il vaut la peine de rappeler ici l’aveu de Carl Froch, qui avait déclaré après son combat contre Ward: «J’avais de la difficulté à l’atteindre. Il était toujours soit trop loin, soit TROP PROCHE!». Cette déclaration n’est pas anodine et démontre les bonnes capacités d’analyse de Carl Froch, car elle résume parfaitement, et en quelques mots à peine, un point essentiel de la stratégie défensive utilisée par «S.O.G.» contre lui.»   Martin Achard –  Andre Ward serait-il un bon adversaire pour Adonis Stevenson? Une analyse des qualités pugilistiques de «S.O.G.»

Martin Achard convient avec raison qu’Andre Ward pouvait aisément passer d’un style à un autre. Or, c’est maintenant le cas de tous les grands boxeurs. Force est donc d’admettre que l’élite de la boxe est actuellement en mesure de varier et agencer différents styles de boxe (ex : Canelo Alvarez, Vasyl Lomachenko, Terence Crawford, etc…) Dans le passé, les boxeurs se limitaient généralement à adapter la stratégie à leur style de boxe. C’est maintenant l’inverse. Pour la grande majorité des boxeurs élites, ils vont au contraire incorporer plusieurs éléments de différents styles dans le but de l’adapter à la stratégie.

Technique vs stratégie

Sur le plan de la méthodologie, il importe de bien distinguer ces deux termes. Même si en apparence, différencier technique et stratégie va de soi, il règne dans les faits une certaine confusion pour ce qui est de leur application.

Une telle confusion s’explique par le fait que les paramètres stratégiques présupposent une certaine maîtrise de la technique. Prenez le cas où le coin du boxeur demande à ce dernier d’exécuter une certaine manœuvre (ex : entrer à courte portée), mais qu’il n’arrive pas à exécuter avec succès en raison de carences techniques. En tant que commentateur, vous pourriez reconnaître que le coin avait la bonne stratégie pour battre l’adversaire, mais que le boxeur était incapable de la réaliser.

Dans le but d’arriver à une compréhension simple, on dit généralement que la technique se définit comme étant le «comment» alors que la stratégie répond au «quand». Ainsi, le commentateur doit prendre garde au mot «capacité». Il y a là un piège. La stratégie, c’est le choix entre différentes tactiques que le boxeur utilise ou qu’il aurait dû utiliser. Par conséquent, ça va pour ce qui est de la capacité du boxeur à opter pour une tactique plutôt qu’une autre. Il en est également ainsi concernant le choix du moment pour l’appliquer (c’est le quand). Mais concernant la capacité d’exécuter techniquement telle ou telle tactique, ce n’est plus une question de stratégie (c’est le comment).

Sans vouloir trop compliquer les choses, je me dois quand même de préciser que le défaut par un boxeur de recourir à une tactique efficace peut reposer sur un mauvais plan de match, sur l’incapacité du boxeur à exécuter la technique requise, mais aussi sur des carences quant à sa force physique ou mentale (ex : le boxeur est intimidé par l’adversaire).

Techniques : attaque vs défense

Au sujet des paramètres techniques, Martin Achard donne quelques exemples. C’est bien! Mais selon moi, cette énumération ne rend pas suffisamment justice à l’une des démarches les plus essentielles en vue de l’évaluation d’un pugiliste : Identifier et commenter distinctement l’attaque et la défensive.

En réalité, il faut bien admettre que selon la perception des fans de boxe, l’attaque impressionne alors que la défensive passe souvent inaperçue. Pourtant, l’issue d’un combat peut dépendre autant de l’un que de l’autre de ces aspects. D’autant que certains attaquants vont exceller également en défensive sans que l’on s’y arrête vraiment. C’est pourquoi à mon avis, la liste des paramètres doit contenir une sorte de rappel sur cette question.

Blocages et roulements

Dans l’évaluation des qualités pugilistiques, les commentateurs vont fréquemment passer sous silence certains éléments pourtant importants des techniques défensives. C’est le cas des différents types de blocage.

Ce qu’on appelle «la garde », c’est simplement la position de base adoptée par un boxeur. Même si elle peut varier d’un boxeur à l’autre, cette position est réputée statique. En réalité, le terme «garde» ne peut tenir lieu de la panoplie des types de blocages. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à observer la manière dont Andre Ward bouge ses mains et ses bras afin de bloquer ou rediriger les coups de poing d’un adversaire.

Enfin, comme dernier élément, je ne voudrais pas rater l’occasion de référer à l’art de rouler les coups. Floyd Mayweather Jr et James Toney étaient parmi les maîtres pour ce qui est d’exécuter ce mouvement avec l’épaule, alors que Canelo Alvarez a pour sa part développé l’art de rouler les coups, au sens strict du terme (mouvement de tête destiné à absorber un coup et à en diminuer l’impact). Dans le cas de Canelo, le coup de poing de l’adversaire l’effleure à peine; très souvent, ce roulement se convertit en une esquive.

Conclusion

Je ne veux pas mettre fin à mes observations sans revenir sur la rigueur dont Martin Achard fait preuve dans son texte. Je dirais même qu’il est rare qu’un commentateur de boxe soit aussi méticuleux sur le plan méthodologique. J’aime particulièrement son empressement à circonscrire l’objet de son champ d’études. Ainsi, au moment de rédiger son texte, Martin Achard était parfaitement conscient qu’il n’avait pas accès à un certain nombre de facteurs (variables) pouvant influer sur l’issue d’un combat (ex : l’entraînement). Avec humilité, il a su reconnaître qu’une certaine portion de la réalité échappait à sa réflexion.

Quel commentateur chevronné que ce Martin Achard! En signe d’approbation, voilà que je me prends à imaginer Olivier Guimond pointant le pouce vers le haut…

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