Boxe québécoise pour tous les amateurs francophones – 12rounds.ca

Un entretien avec Carl «Kojak» Handy

Par Erik Yelemanov

Si vous vous êtes déjà retrouvé dans un gala de boxe amateur au Québec, vous avez probablement déjà croisé l’affable Carl «Kojak» Handy. Ce boxeur professionnel (24-8-2, 15 K.-O.) et entraîneur issu de La Nouvelle-Orléans s’est établi au Québec il y a près de 10 ans, suite à la perte de tous ses biens lorsque l’ouragan Katrina a dévasté la Louisiane. Ayant aimé sa prestation face à Lucian Bute, où Kojak s’est incliné par K.-O. technique, Stéphan Larouche l’a rappelé pour devenir partenaire d’entraînement de Bute et plus tard d’Adrian Diaconu.

Carl Handy

Carl Handy (2e à partir de la gauche), bien entouré au club BoxeMontréal.com

C’est grâce à l’équipe d’InterBox que ce boxeur a décidé de s’installer à Montréal où il a élu domicile au club de boxe BoxeMontréal.com du Centre Claude-Robillard, siège social de plusieurs anciens champions et étoiles montantes du noble art au Québec. Lors de sa carrière de boxeur, Carl Handy a également affronté David Whittom et Troy Ross, bien connus des amateurs au Québec.

Victime d’un grave accident d’automobile en 2012, lors d’une visite dans son état natal de la Louisiane, il n’est pas remonté dans l’arène pour combattre depuis. Il entraîne cependant de nombreux boxeurs amateurs prometteurs et se déplace partout au Québec et au Canada avec ceux-ci.

C’est un après-midi de février que je suis allé m’entretenir avec ce charismatique personnage qui s’exprime avec un accent du Sud ponctué d’expressions québécoises.

Bonjour, «Kojak», comment vas-tu?

Tout est cool, la routine quoi!

Parlons un peu de ta carrière, qu’est-ce qui t’a motivé à devenir boxeur professionnel?

Mon succès en tant qu’amateur. Le fait que j’apprenais très rapidement m’a poussé à me lancer chez les professionnels.

Carl Handy, alias "Kojak"

Celui que l’on surnomme « Kojak »

Quel est ton meilleur souvenir en carrière?

Lorsque je me suis rendu à Dubai aux Émirats arabes unis, en 2007, pour me mesurer à Sammy Retta, qui possédait une fiche de 18-2-0 (17 K.-O.), on m’avait demandé de me coucher et de perdre mon combat! J’ai tout de suite refusé. Déterminé, j’ai fini par passer le K.-O. à Retta au 7e round. Je devais repartir le soir même, mais ils m’ont offert de rester plus longtemps.  Le chèque qu’on m’avait donné n’était pas encaissable, jusqu’à ce que ma gérance s’en mêle et menace de tout révéler au site FightNews.com. Le jour d’après tout était réglé et l’argent était déposé dans mon compte.

Wow! Est-ce que c’est une situation qui arrive souvent?

C’était la première fois que ça m’arrivait dans ma carrière, mais je n’ai pas de doute que ce sont des manigances qui arrivent souvent dans le monde de la boxe.

Quel est ton pire souvenir?

MonCarl Handy combat contre Alejandro Berrio en Floride, pour un titre de la IBO avant que celui-ci devienne champion IBF. C’était un combat de 12 rounds où j’ai eu 10 jours d’avis pour me préparer contre un puissant cogneur, et j’étais seul contre tous. J’avais 20 livres à perdre, j’étais épuisé et je devais faire affaire avec le promoteur, en plus de ne recevoir qu’une bourse ridicule de 2000$.

Le soir du combat, je ne voulais pas me battre et je n’étais simplement pas présent mentalement.

J’ai tout de même donné une bonne opposition à Berrio, mais mon père a lancé la serviette entre le 7e et le 8e round, car j’étais en train de perdre. Je n’ai aucun doute que j’aurais beaucoup mieux performé si j’avais eu une préparation adéquate.

Est-ce qu’il t’arrivait souvent de te faire appeler à la dernière minute?

Pas toujours, mais souvent. Je n’avais pas de gros promoteur à mes côtés, pour me protéger. J’avais seulement mon entraîneur et mon gérant, qui était aussi un de mes hommes de coin. L’un était policier et l’autre pompier. Nous n’étions que des petits poissons dans l’océan.

Lucian Bute, que Carl Handy a affronté en 2005, et auquel il a servi de partenaire d'entraînement

Lucian Bute, que Carl Handy a affronté en 2005, et auquel il a servi de partenaire d’entraînement

Quelle a été ton expérience en tant que partenaire d’entraînement de Bute et de Diaconu?

Lucian Bute était un adversaire tenace, c’est un grand gaucher très rapide à qui il était difficile de s’adapter. Mon style s’agençait mieux avec celui de Diaconu, qui était plus petit. Je pouvais mieux voir les coups venir.

Ta carrière aurait-elle été différente si tu avais boxé au Québec dès tes débuts ? 

Carl Handy et sa gang de la Nouvelle-Orleans

J’en suis certain. C’était difficile de boxer en Louisiane, où c’était moins bien organisé. Malheureusement, quand tu es noir là-bas tu n’es pas la priorité des promoteurs. Tous les gens qui me battaient se retrouvaient avec des opportunités et devant les caméras d’ESPN ou de Showtime, tandis que lorsque je gagnais, il n’y avait rien. J’aurais eu une bien meilleure carrière ici. J’ai eu beaucoup plus de plaisir pendant les derniers combats que j’ai disputés ici que dans tout le reste de ma carrière. Si je n’étais pas au Canada en ce moment, je ne serais pas impliqué dans le monde de la boxe.

Quand as-tu commencé à entraîner des boxeurs?

À la base, je voulais être policier. C’est mon cousin qui était très proche de moi qui m’a encouragé à continuer dans le monde de la boxe. Il m’a dit: «tu entraînes des boxeurs depuis que tu es amateur, tu as fait ça toute ta vie!». En effet, j’étais passionné de boxe et j’avais toujours des commentaires constructifs à faire aux jeunes autour de moi.

Remarques-tu des différences dans le style d’entraînement entre le Québec et la Nouvelle-Orléans?

Je crois que chaque boxeur a un style personnel et qu’il faut s’adapter à ce dernier. Les styles sont différents partout, et on doit respecter ça. Tu peux penser battre quelqu’un, mais c’est dans le ring que tu vois le vrai résultat. C’est la règle de trois de la boxe. Styles make fights.

Cependant, je remarque qu’ici les boxeurs veulent donner un bon spectacle. Ils sont plus dévoués, et même si un boxeur n’est pas le plus talentueux, il veut donner un bon spectacle. Il y a beaucoup de boxeurs talentueux aux États-Unis, mais j’ai l’impression qu’ils sont moins dévoués. Emanuel Steward disait que les boxeurs du Sud étaient des guerriers et je suis bien d’accord. Toutefois, il arrivait souvent une situation où un boxeur avait un proche qui avait des problèmes, ce qui l’empêchait de se dévouer 100% à la boxe.

Carl Handy en compagnie de l'un de ses boxeurs

Carl Handy en compagnie de l’un de ses boxeurs

Penses-tu qu’un jour tu dénicheras une perle rare?

Être patient n’a rien à voir avec l’attente. Il s’agit de saisir l’opportunité lorsque celle-ci va se présenter. Donc pas vraiment, je fais mon travail quotidien et j’aime ce que je fais, et si ça arrive, ça arrive. J’ai de très bons boxeurs amateurs, comme Abed, qui a donné un très bon combat au dernier championnat canadien, mais nous avons malheureusement perdu au dernier round. Nous allons revenir en force. L’autre jour, en préparation d’un gala, un de mes boxeurs m’a dit très calmement: Carl, les autres gars vont vraiment avoir de la difficulté à me battre. J’étais bouche bée! (rires)

Tu as souvent été dans le coin de boxeurs professionnels, entraînes-tu quelqu’un en ce moment?

J’entraîne Michel Tsalla pour sa revanche contre Jan-Michael Poulin lors du gala du 17 avril.

Quelle est ton opinion sur l’entraînement moderne, où souvent on a des experts de différents domaines qui entraînent le boxeur (préparation physique, psychologique, boxe, nutrition, etc.), comparé à l’ancienne méthode où ton entraineur se chargeait de tout?

Je n’ai pas de problème avec la méthode moderne. J’ai ma manière plus «old school» de faire les choses, mais je respecte les nouvelles méthodes avec de nouvelles technologies et les nouveaux exercices. Mais encore là, si on regarde les anciens boxeurs qui se battaient pendant 15 rounds sans broncher, quand on voit les boxeurs d’aujourd’hui qui ont de la difficulté à finir un combat de 12 rounds, on se pose des questions.

Qu’est-ce que tu peux me dire sur toi que la plupart des gens ne savent pas?

J’ai deux frères qui se sont enlevé la vie. Aujourd’hui je n’ai qu’un fils et un neveu comme famille. Ça m’a donné une vision très réaliste de la vie et ça me fait apprécier la vie un peu plus.

Carl Handy maniant les "pads"

En tant que boxeur, Carl Handy s’est inspiré de James Toney et d’Evander Holyfield

Parlons un peu de boxe en tant qu’amateurs. Qui sont tes boxeurs préférés?

Il y en a plusieurs: James Toney, Evander Holyfield, Bernard Hopkins, Larry Holmes et Mike McCallum. J’ai beaucoup regardé et étudié James Toney et Evander Holyfield, qui ont influencé mon style dans le ring.

Pour les boxeurs modernes, ce sont Guillermo Rigondeaux et Vasyl Lomachenko. J’aime leur style, mais je crois que Rigondeaux l’emporterait si le combat se faisait maintenant.

Quels sont tes combats préférés?

Ray Mercer contre Lennox Lewis, James Toney contre Vassily Jirov, Mike Tyson vs Razor Ruddock. J’aimais bien aussi voir Edwin Valero à l’œuvre.

Quelles sont tes prédictions pour les combats suivants:

Keith Thurman — Robert Guerrero

Thurman. Je crois qu’il a la puissance pour arrêter Guerrero.

Lamont Peterson — Danny Garcia

Garcia par K.-O.

Carl Handy prévoit que Jean Pascal vaincra Sergey Kovalev le 14 mars

Carl Handy prévoit que Jean Pascal vaincra Sergey Kovalev le 14 mars

Jean Pascal — Sergey Kovalev

(Il me montre un billet de mise-o-jeu, avec un pari combiné sur Golovkin et Pascal)

Jean Pascal. Je le respecte, car il a battu Bute et Diaconu deux fois, et j’ai vu comment les deux se sont entraînés fort avant leur combat respectif contre Pascal.

Julio Cesar Chavez Jr. — Andrzej Fonfara

Probablement Julio Cesar Chavez Jr., surtout si ça se rend à la limite.

Floyd Mayweather — Manny Pacquiao

Mayweather par décision.

Crédit photo: WTT Photo

One Comment

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.