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Vasyl Lomachenko: battage médiatique ou prodige fantastique?

Par François Bouchard

Ici et là, un pugiliste parvient à atteindre le sommet grâce à une ascension fulgurante vers le titre de champion du monde. Ce soir, ça pourrait être le cas de l’Ukrainien Vasyl Lomachenko (1-0-0, 1 K.-O.), qui voudra célébrer son tout récent 26e anniversaire avec une victoire sur le Mexicain Orlando Salido, détenteur de la couronne WBO des poids plumes, en sous-carte du combat revanche entre Julio Cesar Chavez Jr. et Brian Vera.

En octobre dernier, Lomachenko a eu l’occasion de démontrer son talent contre le professionnel chevronné Jose Ramirez, lui passant le K.-O. au 4e round avec un coup que nous connaissons ici comme le « Bute spécial », soit un uppercut de la gauche au foie. Ramirez a été compétitif sans toutefois causer de tort au double champion olympique. Après avoir visité le plancher au 1er assaut suite à une gauche au corps, le Mexicain a tenté tant que bien que mal de placer ses meilleurs coups. Mais Vasyl était trop rapide, trop brillant en contre-attaque et trop puissant, et il a répété le coup au corps pour mettre fin aux hostilités trois rounds plus tard. Tout le personnel de HBO était en extase, y compris Roy Jones Jr. et Max Kellerman. Avec raison. Lomachenko a liquidé aisément un boxeur habitué à faire 12 rounds et bien classé.


Vasyl Lomachenko vs Jose Ramirez 2013-10-12 par tiguidou421

Quelques champions olympiques ont vu arriver leur chance au titre mondial dans les rangs payés assez rapidement. Celui qui a battu tout le monde à cette course fut Pete Rademacher, champion olympique de 1956 chez les poids lourds. Il obtint le droit aux grands honneurs dès son tout premier combat professionnel en affrontant Floyd Patterson, le jeune champion de Cus d’Amato, qui sera également l’entraîneur de Mike Tyson une vingtaine d’années plus tard. Rademacher a été en mesure d’envoyer Patterson au tapis au 2e round, mais ce dernier lui rendit la pareille… 6 fois! Après ce revers, Rademacher connut une carrière correcte, sans plus, son meilleur gain étant une victoire par décision sur George Chuvalo. Il termina sa carrière professionnelle avec une fiche de 15 victoires, 7 défaites et 1 combat nul, incluant 8 gains par K.-O.

Le 15 février 1978, Leon Spinks a choqué la Terre en infligeant une défaite au grand Muhammad Ali après 7 combats professionnels seulement, dont 6 victoires et un match nul contre le très ordinaire Scott LeDoux. Profitant d’un Ali en fin de carrière et mal préparé, « Neon Leon » infligea une humiliante défaite à « The Greatest » par décision partagée. Ali livra un dernier récital digne de son talent lors de la revanche 7 mois plus tard, pour devenir le premier champion des poids lourds à reprendre son titre deux fois.

Le second boxeur à reconquérir deux fois sa couronne des lourds fut Evander Holyfield, qui devint aussi champion mondial dans une catégorie de poids inférieure à son douzième combat professionnel, en battant Dwight Muhammad Qawi. Holyfield donna ses lettres de noblesse à la division mal-aimée des lourds-légers, devenant entre autres le premier champion unifié de la division.

L’actuel détenteur du record, pour ce qui est de la conquête d’un titre sans beaucoup d’expérience préalable, est le Thaïlandais Saensak Muangsurin, qui a fait carrière de 1974 à 1981. Après seulement 2 combats payés, il passait le K.-O. à Perico Fernandez au 8e round pour un titre majeur chez les 140 livres. Certes, Muangsurin n’a pas été champion olympique, mais il avait une grande expérience de combats de muay-thaï. En boxe, le gaucher a eu une courte carrière de 20 combats, compilant une fiche de 14-6 et 11 K.-O. Fait à noter, il reprit son titre WBC des super-légers à son 6e combat, puis le défendit 7 fois avec succès pour un total de 8 défenses victorieuses, battant au passage des boxeurs comme Guts Ishimatsu et Saoul Mamby. 5 de ses 6 défaites eurent lieu à ses 6 derniers combats, dont un K.-O. contre un jeune Thomas Hearns.

Lomachenko a une fiche incroyable de 396 victoires pour 1 défaite dans les rangs amateurs. Il a également participé au World Boxing Series, ce qui pose la question de savoir s’il n’a livré qu’1 combat professionnel ou en réalité 7. Son combat contre Ramirez lui a permis de démontrer de belles habiletés, mais il y a encore quelques aspects à polir pour ce diamant encore à l’état brut. Tout d’abord, il croise les jambes en se déplaçant, erreur à ne pas commettre à courte distance contre un vétéran comme Salido. Ensuite, il multiplie les déplacements inutiles, prenant un mètre alors qu’il n’a besoin que de la moitié. Enfin, il tient ses mains très hautes, dont sa droite trop près de son menton, ne semblant pas prêt à dégainer. Ce serait une grave erreur de garder ses mains hautes et d’exposer son corps contre le Mexicain, qui est reconnu comme un travailleur acharné, spécialement au corps, en plus d’être un bon cogneur.

Salido est un vétéran aguerri qui a affronté les Juan Manuel Marquez, Yuriorkis Gamboa, Mikey Garcia, Robert Guerrero et particulièrement le gaucher Juan Manuel Lopez, contre qui il détient deux victoires par K.-O. Comme nous l’avons signalé, il travaille sans relâche, ne donnant que peu de répit à ses opposants. Sa main droite a cette trajectoire bizarre qui atteint son but, spécialement contre les boxeurs gauchers. Si Lomachenko l’emporte, ce sera grâce à sa vitesse en contre-attaque et sa puissance (notons en effet que, même si Salido n’a jamais connu la défaite par K.-O. depuis 14 ans, il connaît bien le plancher).

En somme, si Lomachenko ne termine pas le combat rapidement, ses chances de l’emporter diminueront. Sa charpente est visiblement encore en construction et il y a fort à parier qu’il ne restera pas très longtemps à 126 livres. Si le combat s’allonge, Salido pourra profiter de son expérience professionnelle et de son style parfois aux limites de la légalité pour « étouffer » en quelque sorte l’Ukrainien. Il n’est pas dit que ce dernier suivra la voie d’un Rademacher, mais son inexpérience pourra jouer contre lui.

Enfin, pour ce qui est de la suite des choses, n’oublions pas l’exemple de David Reid, qui après sa conquête du titre WBA à 154 livres a subi une descente aux enfers brutale en subissant une dégelée en règle contre Felix Trinidad. Il n’a plus jamais été le même par la suite, ayant même tenté de s’enlever la vie. Il faudra donc aussi que Lomachenko fasse très attention à son cheminement après la victoire. Ou la défaite.

Ah oui, pour la finale de samedi, espérons que Chavez Jr. sera en forme pour faire face au guerrier Brian Vera, qu’il a battu de façon très serrée lors de leur premier affrontement. Selon ce que j’ai vu de Vera sur les réseaux sociaux, ce dernier est plus que prêt. Je serais enclin à le choisir par décision contre Chavez, un boxeur surévalué, qui cherche constamment la motivation et ses repères.

 

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