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Que signifient être, comme Adonis Stevenson, champion «linéaire» et champion du Ring Magazine d’une division en boxe?

Par Martin Achard

sans-titre44Adonis Stevenson est fréquemment présenté comme le champion «linéaire» de la division des mi-lourds. Il détient également la ceinture du Ring Magazine. Que veut dire être champion «linéaire» d’une catégorie de poids en boxe? Et est-ce la même chose qu’être champion du Ring Magazine? Si vous éprouvez des doutes quant à la réponse exacte à ces questions, ne ressentez aucune gêne: nul autre qu’Yvon Michel a effectué des remarques qui trahissaient sa confusion dans les semaines qui ont suivi la victoire d’Adonis Stevenson sur Chad Dawson!

La meilleure façon de comprendre ce qu’est un «champion linéaire», et la raison d’être de ce concept, est de partir d’un scénario fictif. Supposons que, comme à l’époque de Jack Dempsey ou de Sugar Ray Robinson, il n’y ait qu’un seul champion par division, reconnu par une association bien intentionnée, effacée et intègre, que nous appellerons le World Pro Boxing Federation (WPBF). Le (seul) champion des mi-lourds, dans ce contexte, sera le «vrai» champion de la division. Appelons ce champion «A», et supposons qu’après dix défenses de titre victorieuses, il subisse la défaite en combat de championnat contre le boxeur «B», qui perd à son tour son titre, à sa cinquième défense, contre le boxeur «C».

Supposons maintenant que, suite à la conquête du titre par «C», une nouvelle organisation est créée aux États-Unis ou au Mexique, que nous appellerons l’International Pro Boxing Council (IPBC). Supposons par ailleurs que cette organisation soit corrompue et motivée uniquement par le profit, et qu’elle organise un combat pour la ceinture des 175 livres entre deux aspirants choisis pour leur popularité, «D» et «E», combat qui est remporté par «D». Il en résultera la situation suivante: deux boxeurs, «C» et «D», porteront simultanément le titre de «champion» chez les mi-lourds.

imagesCA4VYEOYSerions-nous, face à une telle situation, obligés de considérer que «C» et «D» méritent également le statut de champion? La totalité des observateurs compétents en boxe diraient bien sûr que non! Il va en effet de soi que «C» mérite incomparablement plus le titre de champion que «D», puisqu’il a conquis son titre en battant celui qui était incontestablement le vrai champion avant lui, à savoir «B», qui avait lui-même battu celui qui était incontestablement le champion avant lui, à savoir «A». «C» s’inscrit donc dans la lignée des vrais champions, et à ce titre, il est le champion linéaire des mi-lourds, en plus d’être le champion du WPBF.

Supposons maintenant que, deux semaines après la conquête du titre de l’IPBC par «D», le WPBF remplace son président intègre par un président fourbe et corrompu qui, dès son arrivée en poste, destitue «C» de son titre de champion du WPBF à cause d’un différend avec le promoteur de ce dernier, et organise pour le remplacer un combat de championnat entre deux aspirants, «F» et «G», combat qui est remporté par «F». La situation sera alors la suivante: «D» sera champion de l’IPBC, «F» sera le nouveau champion du WPBF, et «C» ne sera plus reconnu comme champion par l’une des deux associations existantes.

imagesCABSC9TGMais au-delà des décisions arbitraires prises par les deux associations malhonnêtes que sont le WPBF et l’IPBC, «C» serait-t-il encore, dans les faits, champion? Bien sûr que oui! Il serait encore champion, même si aucune organisation «officielle» ne le reconnaît, car il a remporté son titre DANS LE RING contre celui qui était incontestablement, avant lui, le vrai champion, et que les seules façons dont il peut légitimement perdre son titre acquis par une victoire DANS LE RING sont les suivantes: subir la défaite contre un aspirant; changer définitivement de catégorie de poids et abdiquer lui-même sa couronne; ou prendre sa retraite. Les champions, en boxe, doivent être couronnés et reconnus en fonction de leurs accomplissements dans le ring, et non pas en fonction des décisions arbitraires prises par des associations aux pratiques douteuses et partiales.

Dans un tel contexte, il y aura donc trois «champions»: «C» sera le champion «linéaire» (et le VRAI champion), «D» sera champion de l’IPBC, et «F» sera le champion du WPBF.

Supposons maintenant qu’un groupe d’amateurs et de journalistes respectueux des traditions de la boxe et du fait que «C» est le vrai champion réclament publiquement que «C» puisse physiquement porter une ceinture de monarque des mi-lourds et défendre son titre «linéaire» dans des combats de championnat, reconnus et sanctionnés comme tels, même s’il n’est champion d’aucune association. Et supposons qu’un magazine qui fait autorité dans le milieu de la boxe, que nous appellerons The Fight Magazine, décide de répondre à la demande de ces gens soucieux du bien supérieur de la boxe, et fasse fabriquer une véritable ceinture pour «C», en plus de le reconnaître et de le traiter comme le véritable champion dans ses pages. Nous aurions alors la situation suivante: «C» serait le champion «linéaire» et reconnu officiellement comme tel par The Fight Magazine, «D» serait le champion de l’IPBC, et «F» serait le champion du WPBF.

Commencez-vous à comprendre pourquoi existe en boxe le concept de «champion linéaire» et pourquoi ce titre est, en fait, le plus important et le plus prestigieux qui soient, incomparablement plus important et prestigieux que les titres des multiples associations comme le WBA, le WBC, l’IBF ou le WBO…?

10303788_652558701480215_8449961683959536935_nRevenons maintenant à Adonis Stevenson. Si «Superman» est le champion linéaire des mi-lourds, c’est parce qu’il a battu Chad Dawson, qui avait battu Bernard Hopkins, qui avait battu Jean Pascal, qui s’était vu octroyer le titre de véritable champion en battant Chad Dawson en 2010, à une époque où le titre linéaire était vacant suite à la retraite en 2009 du champion linéaire précédent, Joe Calzague. Il est en effet quelquefois nécessaire, lorsqu’il y a une rupture dans la suite des champions linéaires (attribuable à une retraite, ou à un changement définitif de catégorie de poids par le champion), de reconnaître un boxeur comme le véritable monarque de la division, même s’il n’a pas eu l’occasion de vaincre dans le ring le champion précédent. Cela se produit en général lorsque deux boxeurs d’exception, qui sont ou pourraient légitimement être classés premier et deuxième aspirants, se rencontrent dans le ring. Telle était la situation en 2010 lorsque Jean Pascal et Chad Dawson se sont affrontés. Le vainqueur de leur combat fut donc reconnu comme le nouveau champion linéaire, tant par les observateurs respectueux des traditions de la boxe que par le Ring Magazine.

AdonisAu vu des explications données plus haut, doit-on alors dire que le titre linéaire est, tout simplement, le titre du Ring Magazine? On aura sans doute compris que la réponse à cette question est «non». Le titre linéaire n’est pas le titre du Ring Magazine, il est le titre RECONNU PAR le Ring Magazine. Et la distinction que nous faisons valoir ici n’est pas que purement langagière. Car si le Ring Magazine cessait demain matin d’agir de façon intègre et objective (un danger malheureusement réel, dans la mesure où le magazine appartient maintenant à Golden Boy Enterprises, une compagnie qui défend bien entendu ses propres intérêts en tant que promoteur de boxe), et s’il choisissait de destituer sans raison valable Adonis Stevenson de son titre de champion du magazine, le Québécois n’en demeurerait pas moins, dans les faits, le champion linéaire des mi-lourds, et il serait toujours désigné comme tel par les spécialistes et les journalistes (comme Max Kellerman) qui défendent avec vigueur le principe de la linéarité dans l’attribution du titre de champion.

Rappelons en terminant quelle avait été la confusion d’Yvon Michel suite à la conquête du titre par Stevenson. Le promoteur avait déclaré ceci: «Adonis n’était pas censé à l’origine recevoir la ceinture du Ring Magazine en cas de victoire contre Chad Dawson, mais le caractère spectaculaire et sans appel de son triomphe a convaincu le magazine de la lui octroyer». Malgré l’immense respect que nous éprouvons à tout égard pour Michel, un immense artisan du noble art au Québec, cette déclaration était complètement fausse et totalement fantaisiste. En effet, dès lors que Stevenson battait Dawson, il devenait par le fait même le champion linéaire, et il devait donc, pour cette seule et unique raison, recevoir le titre du Ring Magazine. Il n’a d’ailleurs jamais été question du contraire dans les numéros du magazine parus avant le combat Stevenson-Dawson. Ces numéros parlaient clairement et explicitement du combat comme étant pour le titre des mi-lourds de The Ring, ce qui voulait dire que Stevenson allait être reconnu comme le nouveau champion en cas de victoire, point à la ligne. Mais qu’un aussi fin connaisseur qu’Yvon Michel puisse se fourvoyer sur ce type de questions, pourtant fondamentales, montre à quel point elles demeurent quelquefois mal comprises, même par ceux qui suivent d’extrêmement près la boxe.

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