Boxe québécoise pour tous les amateurs francophones – 12rounds.ca

Adonis Stevenson: quand le ridicule ne tue pas

Adonis Stevenson et sa Lamborgini

Par François Bouchard

Étiez-vous surpris d’apprendre qu’Adonis Stevenson (26-1, 21 KO) défendrait son titre WBC et linéaire des mi-lourds le 11 septembre prochain contre l’aspirant #12 Tommy Karpency ? Non ? Vous n’êtes probablement pas le seul. Une défense contre Karpency, un boxeur de deuxième ordre, ne démontre qu’une chose : le champion désire monnayer sa ceinture le plus possible. Il en est déjà à la sixième défense du titre! La grogne est présente sur les réseaux sociaux et les partisans sont exaspérés de voir le champion effectuer des défenses somme toute faciles. Comme plusieurs fans de boxe, je me suis interrogé à savoir pourquoi cette obstination à refuser d’affronter un adversaire digne de lui poser problème?

P K Subban et Adonis StevensonEn premier lieu, ce qui saute aux yeux, c’est que le champion WBC a 37 ans, et qu’un jour, il fera son âge. Il ne peut repousser éternellement les adversaires de haut calibre.  Les boxeurs ne sont pas tous des Bernard Hopkins, capable de rivaliser dans la cinquantaine (n’oublions pas qu’Hopkins n’a fait que survivre contre Sergey Kovalev).  À l’opposé, David Lemieux, le jeune champion nouvellement couronné  risque son titre IBF des moyens contre Gennady Golovkin, le meilleur boxeur de sa division dès la première défense. Pourtant, s’il y a un boxeur à qui les amateurs auraient pardonné une première défense  optionnelle « facile », c’est bien au jeune champion IBF des poids moyens. Lemieux possède la fougue et la puissance et n’hésite pas à se placer la tête sous le couperet devant le dangereux Kazakh. De plus, la tenue du duel entre Lemieux et Golovkin nous prouve qu’ il est possible d’organiser un combat opposant deux boxeurs affiliés à des organisations différentes, il suffit que les boxeurs le veuillent vraiment. Ce qui ne semble pas le cas de Stevenson. De plus, mon collègue Jonathan Désormeaux a dressé une liste de cinq boxeurs sous contrat avec  Al Haymon contre qui il aurait été d’autant plus facile d’organiser un combat. En somme, ces adversaires auraient pu redonner un minimum de crédibilité au boxeur d’origine haïtienne, mais il en a fait fi et a choisi sa voie. Il peut dire autant qu’il voudra que c’est son gérant Al Haymon qui décide, s’il voulait un combat « à risque », il le demanderait.

Adonis Stevenson Un boxeur professionnel paie ses dus à tout le monde, y compris à ses fans. Adonis Stevenson devrait montrer un peu plus d’humilité en tant que champion. Ses photos et ses vidéos qui se multiplient sur les réseaux sociaux me font inévitablement penser à une vedette de tennis qui en arrache par les temps qui courent. Dans le cas de Superman, il ne se contente pas que de faire le beau, il y va de beaucoup de prétentions qui ne peuvent être fondées tant qu’il n’aura pas battu les adversaires qui s’imposent.  Croyez-moi, je ne déteste pas qu’un boxeur se pavane sur les réseaux sociaux avec ses possessions, mais il devrait avant tout s’afférer à battre des adversaires qui ont une valeur au moins égale à celle de ses voitures! Dans ses vidéos, on voit très bien l’attitude qu’il adopte par rapport à l’argent. Ses détracteurs diront qu’il n’a peut-être pas appris de ses erreurs de jeunesse. Ce qui est dangereux pour l’image d’un boxeur au passé trouble.

Adonis Stevenson possède une puissance divine dans le poing gauche, un jeu de pieds et une technique améliorés par le temps passé avec Javan Hill et le défunt Emmanuel Stewart, du Kronk Gym de Detroit. Il doit à ses partisans un combat d’envergure et de plus, il a la liberté du choix de l’adversaire. Tous les meilleurs boxeurs, toutes générations confondues, sont devenus les meilleurs pour une simple et bonne raison : ils ont affronté et battu les meilleurs. Je crois que s’il avait adopté une approche plus profil bas et fait preuve d’un minimum d’humilité, comme Lucian Bute l’a fait en tant que champion IBF des super-moyens, les partisans ne lui tiendraient pas rigueur de ses défenses de titre douteuses.

Je peux comprendre le choix d’un adversaire comme Tavoris Cloud qui était une excellente première défense, puis celui de Tony Bellew, qui était alors l’aspirant obligatoire.  Par contre, au moment de leur entrée sur le ring, Andrej Fonfara et surtout Dimitry Sutkhovsky n’avaient pas leur place sur le même ring que Stevenson pour un titre mondial. Sakio Bika, malgré son statut d’ex-champion WBC des 168 livres, demeure un boxeur limité, qui a mis la main sur un titre vacant. Ce qui irrite le plus, c’est surtout qu’Adonis se targue de battre et passer le K.-O. à tout le monde et invite les prétendants à faire la file, d’appeler son gérant Al Haymon pendant qu’il affronte des boxeurs de seconde main.

Nul doute que la critique s’acharnerait moins sur lui s’il se présentait comme un homme mûr et réfléchi, qui reconnaît qu’être champion est un privilège.

2 Comments

  1. jeanpnadeau@videotron.ca'

    Jean-Pierre Nadeau

    11 septembre 2015 at 14 h 00 min

    Son habitude disgracieuse d’afficher sa richesse ne le rend pas du tout sympathique. D’autant plus qu’il se la mérite beaucoup trop facilement de l’avis des amateurs de boxe – le soussigné compris. On pourra dire ce que l’on veut, Jean Pascal parle beaucoup mais il a assez de classe pour ne pas se comporter comme un parvenu, et assez de coeur pour affronter les meilleurs.

  2. Pingback: Adonis Stevenson, la gloria y la desgracia de un campeón

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *