Boxe québécoise pour tous les amateurs francophones – 12rounds.ca

Le dilemme de Boxe Canada

Par Jean-Luc Autret

Depuis quelques jours, plusieurs champions et championnes amateurs ont lancé diverses campagnes de financement pour leur permettre de participer à leurs différentes compétitions internationales. Pour mieux comprendre la situation financière de nos meilleurs boxeurs sur la scène canadienne, nous avons pu nous entretenir avec Daniel Trépanier, le directeur de haute performance chez Boxe Canada.

Les conséquences des succès à Londres

Mary Spencer, Lennox Lewis, Daniel Trépanier et Simon Kean aux Jeux de LondresAux Jeux olympiques de Londres à l’été 2012, les dirigeants de Boxe Canada ont vu deux de leurs protégés, Custio Clayton et Simon Kean, remporter leurs deux premiers combats et se rendre jusqu’en quart de finale à un combat de se battre pour une médaille. Ces deux performances ont attiré le regard des décideurs du programme À nous le podium.

« Les victoires de Custio et de Simon nous ont permis de recevoir une invitation à déposer un projet à l’important programme À nous le podium. J’ai préparé un plan pour prendre en charge l’ensemble de l’équipe nationale autant homme, femme que junior. Nous avons demandé 800 000 $ par année en vue des jeux de Rio en 2016. Ils nous ont accordé 250 000 $ pour l’année 2013 », explique Daniel Trépanier.

Pour ceux qui l’ignorent, le concept du programme initié par le gouvernement fédéral en janvier 2005 est très simple. Il s’agit d’aider les athlètes canadiens de haut niveau à remporter un maximum de médailles olympiques au départ lors des jeux de 2010 à Vancouver et par la suite pour les jeux subséquents.

Faible récolte en 2013

L’injection du 250 000 $ pour l’équipe nationale en 2013 a permis de mettre en place une série de programmes et de préparer un plan de formation pour les années précédant les jeux de Rio en 2016. Le programme À nous le podium est loin d’être un « free ride » pour les associations sportives canadiennes, les budgets sont révisés annuellement. Et la récolte fut bien maigre sur la scène internationale pour les boxeurs amateurs du Canada.

« La boxe canadienne est un peu victime du système international de l’AIBA. Contrairement à la plupart des sports, nous avons des championnats du monde seulement aux deux ans (en 2013 pour les hommes au Kazakhstan, en 2014 pour les femmes en Corée du Sud), donc c’est très important de ramener des médailles parce que nous avons une seule compétition qui est évaluée par année. Malheureusement, nos cinq boxeurs qui sont allés aux championnats du monde masculins ont été incapables de se rendre dans les quarts de finale », analyse l’entraîneur d’expérience.

L’absence de médaille à Almaty au Kazakhstan en octobre dernier a eu des conséquences bien difficiles pour la direction de Boxe Canada. Le budget pour l’ensemble des sports présents aux Jeux olympiques d’été est de près de 34 millions. Si un sport s’éloigne de la possibilité de décrocher des médailles, il est pénalisé et un autre est favorisé nécessairement. Bref, À nous le podium a fait passer le budget de l’équipe à 150 000 $ pour 2014, une perte de 40 %.

 Le dilemme

Ariane Fortin au championnat du monde de 2008Le choc budgétaire a été difficile à absorber et Daniel Trépanier a été forcé de prendre une décision difficile pour permettre à ses athlètes de poursuivre leurs cheminements à l’international. « Avec un budget amputé de 100 000 $, nous avions deux choix : soit nous limitions les boxeurs à deux compétitions par année ou bien nous maintenions le calendrier prévu en abaissant le soutien aux athlètes au minimum. Nous avons retenu la deuxième solution parce que l’on croit que nos protégés ont besoin de se battre régulièrement à l’international pour performer aux moments clés », explique Daniel Trépanier.

Comme nous l’avons expliqué jeudi dernier pour la situation de Caroline Veyre, la trentaine de membres de l’équipe nationale doivent défrayer les coûts d’inscription aux camps d’entraînement et aux compétitions auxquels ils souhaitent participer. En plus de l’utilisation du site Make a champ, plusieurs autres boxeurs se sont mis à vendre des t-shirts ou à organiser des levées de fonds pour financer leurs activités.

Comment améliorer les budgets de l’équipe nationale?

Commonwealth 2014Le programme À nous le podium a besoin de résultats concrets pour favoriser un sport par rapport aux autres. Par conséquent, les Jeux du Commonwealth de cet été à Glasgow en Écosse, qui incluront pour la première fois trois catégories féminines, et les championnats du monde féminin doivent absolument rapporter des médailles. « Nous allons amener sept athlètes à Glasgow et notre objectif est d’obtenir quatre médailles. Pour la Corée du Sud, c’est une dizaine de filles qui seront aux Championnats du monde féminin, on veut aussi rapporter quatre médailles », nous révèle Daniel Trépanier.

Avec plusieurs médailles à ces deux compétions, le budget pour 2015 pourrait remonter à 250 000 $ et, peut-être même, le dépasser. D’ici là, Daniel Trépanier travaille sur un projet qui permettrait aux athlètes d’obtenir un crédit sur les frais payés lors de chacune des compétitions lorsqu’ils atteignent des objectifs liés bien sûr à leurs performances. Une histoire à suivre…  

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *