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Mettre fin aux insultes proférés par un entraîneur

les enfants en action

Par Rénald Boisvert

Dans les galas de boxe amateur, certains entraîneurs se laissent aller à des excès de langage, souvent grossiers et injurieux. Témoins de ces écarts de conduite, peu de gens y prêtent vraiment attention dans la mesure où ce sont des adultes qui s’invectivent. Par contre, lorsque les insultes d’un entraîneur s’adressent à un jeune boxeur d’une équipe adverse, alors l’affaire prend une toute autre signification.

À titre de formateur pour la Fédération Québecoise de Boxe Olympique (F.Q.B.O.), on me rapporte régulièrement ce genre d’incident où un jeune boxeur est victime d’insultes de la part d’un entraîneur de l’adversaire. Par exemple : l’entraîneur dit de ce jeune boxeur : « qu’il est pourri, qu’il ne sait pas boxer, qu’il a peur de son ombre, etc… »

les enfants en actionBien évidemment, ce sont des propos extrêmement odieux! Il n’y a pas à en douter. En revanche, je ne crois pas que ces propos soient tenus par pure méchanceté. Rabaisser l’adversaire a toujours fait partie de la stratégie d’un certain nombre d’entraîneurs dont l’objectif est de renforcer la confiance de leur athlète. Ces entraîneurs vont cependant beaucoup trop loin alors qu’ils ne peuvent pas ignorer que le jeune opposant (sur le ring) les entend proférer distinctement ces insultes. Par conséquent, tenant compte du caractère récurrent de cette situation, n’est-il pas urgent que nous prenions toutes les dispositions nécessaires pour amener les entraîneurs fautifs à prendre conscience de l’humiliation qu’ils font subir à de jeunes athlètes?

L’urgence d’agir 

Au cours des dernières décennies, la boxe amateur s’est largement démocratisée. On y retrouve maintenant des jeunes adeptes provenant de tous les milieux. Sur le plan éducatif, il n’est pas étonnant que la boxe amateur ait pour principal attrait le développement de la confiance en soi. Bien évidemment, certaines jeunes personnes sont particulièrement vulnérables à cet égard. On dira alors qu’il leur faut beaucoup de courage pour livrer éventuellement un combat de boxe.

les enfants en action - insultesEn fait, le plus grand obstacle pour ces jeunes adeptes, plus vulnérables, c’est le «doute de soi». D’ailleurs, c’est souvent dans le but de vaincre ce doute qu’ils vont jusqu’à livrer un combat de boxe. Hélas! Il n’y a pas que l’adversaire auquel il faut alors se mesurer. Ils doivent également affronter la foule venue assister au gala de boxe. Puis il y a la famille, les amis, etc… La pression est énorme. La question de la confiance en soi est ici vitale pour ces jeunes boxeurs.

Pour décrire l’état dans lequel se trouvent les personnes soumises à cette sorte de pression, les psychologues parlent de la «peur du regard de l’autre». Aussi, c’est pourquoi à l’étape de l’enfance, l’humiliation est considérée encore plus traumatisante que les sévices corporels. Elle est pernicieuse justement parce qu’elle n’est pas visible physiquement. Mais l’humiliation chez les jeunes plus vulnérables doit être prise au sérieux. Elle risque fort de laisser des traces qui marqueront ceux-ci pendant leur vie adulte.

Que se passe-t-il donc dans la tête de ces entraîneurs au moment où ils lancent leurs insultes envers de jeunes boxeurs? Et après, comment se sentent-ils?

Un manque d’empathie 

La capacité d’une personne de se mettre à la place d’une autre se nomme «empathie». Mais ceci suppose chez cette personne une certaine forme de décentrement. En d’autres mots, il s’agit de la capacité d’adopter d’autres points de vue que le sien et accepter le fait qu’une autre personne a des intérêts qui lui sont propres. Par ailleurs, quelqu’un peut très bien se montrer empathique dans la vie de tous les jours, mais cesser de l’être lorsqu’il se retrouve dans un environnement compétitif.

les enfants en actionDans le sport, le désir de vaincre amène l’entraîneur (tout comme l’athlète) à se dépasser. Ainsi, il contribue généralement au perfectionnement de l’esprit sportif entre les participants. Mais la recherche à tout prix de la victoire peut également amener certaines déviances. Au nombre de celles-ci, le manque d’empathie m’apparaît comme étant la plus insidieuse. En apparence bénins, les insultes de l’entraîneur traduisent au fond un manque cruel d’empathie envers les jeunes athlètes.

Mais dois-je le répéter? Ces entraîneurs n’agissent pas généralement par pure méchanceté. Pour la plupart d’entre eux, ces comportements surviennent seulement lorsqu’ils se trouvent dans un contexte de forte compétition. Mais qu’est-ce qui se passe donc dans l’esprit de ces entraîneurs pour passer d’une attitude normalement empathique à des agissements impliquant autant de lâcheté?

Le mimétisme 

En psychologie, il est reconnu que les comportements chargés d’une forte intensité émotive sont plus susceptibles de créer ce qu’on appelle un «mimétisme collectif». Les nombreux cas de violence dans les stades en sont certainement les exemples les plus percutants. C’est comme si les individus étaient alors dépossédés de leur personnalité propre pour tomber dans un mimétisme de groupe.

les enfants en actionCe phénomène d’imitation collective est bien connu. Cependant, le mimétisme ne se manifeste pas seulement dans les situations chaotiques. Sur le plan individuel, le fait d’imiter certains comportements (et répéter ce que l’on a déjà fait dans les mêmes circonstances) est souvent le résultat de mécanismes mimétiques. Dans une telle situation, cet individu semble envahi par le besoin plus ou moins conscient de reproduire les mêmes comportements. C’est comme si on l’avait dépouillé de toute subjectivité.

Appliqué à un groupe restreint de personnes – c’est le cas d’un entraîneur et des athlètes qu’il dirige – peut se développer un «mimétisme d’adversaire». L’adversaire est alors automatiquement perçu comme étant un ennemi, sans égard à son âge. Aucune nuance n’est apportée.

Le mimétisme est d’abord instinctif. Ce mécanisme a été crucial dans le développement de l’être humain. Il a certainement contribué à assurer sa survie. Mais le développement des hommes et des femmes ne doit pas être perçu comme pouvant être réduit à cette fonction essentiellement primitive. Bien au contraire, l’être humain a atteint des niveaux de prise de conscience qui lui permettent de surpasser ce stade. Il lui est donc loisible de se défaire de l’emprise d’un mimétisme aussi rétrograde que celui en cause.

Prise de conscience : À quand le déclic ? 

Lorsqu’on se penche sur la nature des insultes proférées par un entraîneur, il est impossible de ne pas voir dans ces comportements un ensemble de «réactions répétitives et programmées». Cet entraîneur n’agit pas avec discernement. Il répète et entretient le même schéma depuis un bon nombre d’années. Il faut donc espérer dans ce cas un déclic pouvant déclencher chez lui une profonde transformation.

les enfants en actionCependant, un tel déclic ne se produit pas toujours sans intervention extérieure. Par exemple, il arrive qu’un proche parent ou un ami favorise une certaine prise de conscience. Hélas! Parfois, ce n’est pas suffisant. Il faut alors une intervention plus marquée. C’est ici que doit entrer en jeu l’organisme chargé de veiller au respect des règles de conduite applicables à la boxe amateur.

Le rôle de la F.Q.B.O.

Également connu sous le nom Boxe-Québec, la Fédération Québecoise de Boxe Olympique (FQBO) s’est doté d’un code d’éthique lui permettant de sanctionner le type de conduite dont il est question ici. Notamment, il y est prévu que :

« Tous les boxeurs, entraîneurs, arbitres et juges, organisateurs, bénévoles, employés, directeurs et membres de la FQBO doivent … éviter tout comportement constituant une forme de harcèlement; le harcèlement étant défini comme une conduite ou des propos blessants, intimidants, humiliants, un langage injurieux … »

Il est à noter qu’il existe pour quiconque la possibilité de déposer une plainte (signalement) au sujet d’une infraction en complétant un formulaire à cet effet. Dans la plupart des cas, une simple réprimande de la part de la FQBO suffira à mettre fin à un incident d’inconduite. Mais la sanction pourrait être beaucoup plus sévère. Dans tous les cas, l’objectif premier n’est-il pas d’amorcer un changement dans la conduite des personnes concernées?

Conclusion

La question des insultes proférées par un entraîneur à l’endroit d’un jeune boxeur renvoie à un problème de fond : celui du changement des mentalités. À cet égard, nous savons que ces comportements envers les jeunes boxeurs risquent fort de se perpétuer dans la mesure où les situations de violence verbale, entre adultes, continuent à être banalisées.

Selon la théorie de l’apprentissage, en psychologie, nous avons vu que c’est notamment par imitation que se développent les comportements de violence verbale. Ainsi, lorsqu’ils sont tolérés collectivement, ces comportements viennent à faire partie du mode de fonctionnement des individus. Il est donc à craindre que l’histoire de ces comportements se répète indéfiniment. Or, comment renverser la vapeur? Ne faudrait-il pas éventuellement s’attaquer à tous les cas de violence verbale? Le cas échéant, je dois avouer que nous ne serions pas au bout de nos peines.

Renald Boisvert entraineur chez les amateurs

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