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Deontay Wilder, pas encore comme un bon vin!

Deontay Wilder

Par Rénald Boisvert

Il n’y a pas très longtemps, je croyais qu’il n’y avait pas pire champion que Deontay Wilder. En dépit de son efficacité indéniable en attaque, celui qu’on surnomme «The Bronze Bomber» possédait selon moi une technique de boxe tout à fait pitoyable. Or, à mon grand étonnement, Wilder a montré de belles choses au cours de son dernier combat. Pour tout vous dire, après plus de dix années à se battre chez les professionnels, je ne m’attendais à aucune amélioration dans sa boxe. Je suis confondu.

Par ailleurs, je suis loin d’être mécontent de cette soudaine progression. En tant qu’entraîneurs, nous souhaitons généralement que la technique de boxe l’emporte sur la force brute. Mais en plus, il faut bien admettre que la progression technique de Wilder offre l’occasion de réfléchir sur le phénomène voulant que l’âge ne soit pas toujours synonyme de plafonnement ou de déclin. Ce sera d’ailleurs le thème central de mon article. Mais d’abord, permettez-moi de comparer les nouvelles manœuvres de Wilder avec les anciennes.

The bronze bomber

Ainsi, dans la vidéo qui suit, vous constaterez que Wilder était fréquemment en déséquilibre au moment où il lançait ses combinaisons de coups. Force est de reconnaître que celui que l’on surnomme «The Bronze Bomber» donnait alors l’impression d’être désarticulé, tellement la trajectoire de ses coups était peu orthodoxe.

Deontay Wilder 2018 Highlights  »The Bronze Bomber »

Lors de son plus récent combat, à mon grand étonnement, Wilder s’est déplacé en étant plus stable qu’à son habitude. En boxe, il faut bien admettre que les déplacements courts sont normalement préférables aux longues enjambées. En outre, en tenant sa garde plus rapprochée, Wilder a paru davantage conscient de sa défensive et des opportunités qui s’offraient à lui en attaque. D’ailleurs, au cours de la séquence qui a conduit au knock-out, Wilder s’est étonnement montré patient, voulant davantage surprendre l’adversaire que télégraphier ses intentions.

Wilder vs Ortiz 2 Highlights | Wilder Knocks Out Ortiz @Round 7

Sans être devenu un modèle de technique, Wilder fait la démonstration qu’un boxeur peut s’améliorer à tous les moments de sa carrière. Alors que la plupart des athlètes professionnels déclinent à partir d’un certain âge, d’autres vont au contraire continuer à progresser. Or, sur ce point, il existe un boxeur dont la progression a été on ne peut plus manifeste en regard de l’âge.

Floyd Mayweather jr

Sans surprise, Floyd Mayweather Jr est l’exemple par excellence du boxeur qui a continué à s’améliorer en dépit de son âge. Aux fins de discussion, voici comment je conçois les principaux jalons de sa carrière. À l’âge de 25 ans, Mayweather remportait la victoire dans la controverse contre Jose Luis Castillo; puis à 30 ans, il l’emportait par décision partagée sur Oscar De La Hoya alors qu’à l’âge vénérable de 36 ans, Mayweather donnait littéralement une leçon de boxe à Canelo Alvarez. Même si Canelo n’était pas encore à son sommet, il demeure qu’il venait de battre Shane Mosley par décision unanime.

Mais ce qui doit retenir l’attention selon moi, c’est que Floyd Mayweather Jr est parvenu à peaufiner sa technique de boxe pendant toute sa carrière, et probablement davantage en fin de parcours. Notamment, sur le plan de la défensive, il a certainement atteint son apogée après l’âge de 35 ans. Mais comment se fait-il que Mayweather soit parvenu à encore s’améliorer alors que la grande majorité des boxeurs stagnent ou déclinent bien avant ce moment?

Pourtant, avec l’âge, comme pour tous les boxeurs, il faut comprendre que Mayweather avait forcément ralenti sur le plan de ses capacités physiques, notamment pour ce qui est de la vitesse. Mais en revanche, il est parvenu à compenser cet inévitable déclin par l’amélioration de sa technique. Comment expliquer ce phénomène?

La défensive, une habileté technique et cognitive

Floyd Mayweather training defense – James Erwood

Dans cette vidéo, vous constaterez que Mayweather Jr ne se limite pas à un entraînement axé sur la répétition de ses combinaisons de coups. Loin de se satisfaire de ses acquis, Mayweather peaufine tous les aspects de la défensive et de la contre-attaque. Aucune manœuvre défensive n’est épargnée (esquives, blocages, parades et roulements). Son savoir-faire suppose non seulement la répétition d’une grande diversité de techniques, mais également une capacité d’adaptation cognitive exceptionnelle.

Or, plutôt que de parler uniquement de capacité d’adaptation, pourrait-on aussi parler de «volonté» visant à s’adapter? D’ailleurs, le cas de Deontay Wilder ne montre-t-il pas qu’un changement peut aussi provenir de la volonté, de l’attitude du boxeur? Se peut-il qu’un athlète ressente à un moment donné de sa carrière, même tardivement, une sorte de réveil, de besoin d’améliorer sa technique?

Une question d’attitude et d’adaptation cognitive

De nos jours, on sait que le cerveau a la capacité de créer de nouvelles connexions neuronales qui permettent, par exemple à un athlète, de continuer à s’améliorer en dépit de son âge. Ce qui différencie, en tout premier lieu, l’apprentissage de l’adulte de celui de l’enfant, c’est que ce dernier n’a pas à fournir beaucoup d’effort pour se développer. Ainsi, pour qu’un boxeur s’améliore avec l’âge, il doit adopter une volonté de fer, une attitude allant jusqu’à l’opiniâtreté et qui est entièrement vouée à son développement.

Mais ce n’est pas assez. L’effort ne suffit pas. Pour compenser la perte cellulaire dû au vieillissement, l’athlète doit en outre se résoudre à suivre un type d’entraînement qui favorise la création de nouvelles connexions entre les neurones. D’abord, contrairement à ce qui se passe trop souvent avec l’âge, le boxeur ne doit pas abandonner l’apprentissage par répétition. Mais attention! Quoique les répétitions sont importantes, l’athlète ne doit pas les exécuter de façon robotique. Par conséquent, le cerveau doit être actif au cours des répétitions. Il est donc souhaitable que l’athlète les exécute dans diverses conditions, souvent aléatoires, dans le but de stimuler toute sa vigilance.

Un dernier point. Avec l’âge, l’intelligence (l’expression «intelligence du ring» peut certainement être visée) se transforme au gré des changements neurologiques. Mais le boxeur ne devient pas pour autant moins intelligent en vieillissant. Par contre, l’athlète doit apprendre à vivre avec l’idée que la vitesse avec laquelle il traitait les nouvelles informations diminue avec l’âge. Pour éviter tout sentiment de panique ou de résignation, l’athlète doit cependant savoir qu’il pourra, en revanche, devenir plus performant avec l’âge quant à sa capacité de prendre les bonnes décisions relativement aux connaissances déjà acquises. Chaque tranche d’âge a donc ses points forts. Floyd Mayweather Jr n’en est-il pas la preuve vivante?

En terminant, il importe ici de mentionner que la capacité du cerveau à s’adapter avec l’âge vaut pour les personnes dont la santé neurologique ne s’est pas détériorée. Pour le boxeur, rien n’est assuré étant donné que la pratique de ce sport peut parfois compromettre gravement certaines fonctions cognitives.

Conclusion

Pour marquer l’histoire de la boxe professionnelle, Deontay Wilder doit, à mon avis, poursuivre l’objectif de s’améliorer techniquement. En toute franchise, je ne crois pas que le spectacle offert par son style intense, mais échevelé puisse compenser la porosité de sa défensive, laquelle équivaut en réalité à jouer à la roulette russe.

Par ailleurs, si celui qu’on surnomme «The Bronze Bomber» parvenait à élever encore le niveau technique de sa boxe, peut-être alors qu’il pourrait devenir à la hauteur de ses ambitieuses déclarations. Mais Wilder sera-t-il comme un bon vin? Sur ce sujet, ne devrait-il pas s’en tenir à ce commentaire de l’écrivain Robert Sabatier : «Il faut s’efforcer d’être jeune comme un Beaujolais et de vieillir comme un Bourgogne.»

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