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S’entraîner seul – COVID-19 oblige

Par Rénald Boisvert

Qu’en est-il de l’entraînement des boxeurs dans cette période difficile? Pour plusieurs d’entre eux, c’est le moment de faire un temps d’arrêt afin de se remettre de leurs blessures. Or, tout en étant appropriée pour ceux-ci, l’inactivité n’est peut-être pas une option judicieuse pour les autres.

Dans cet article, je vais m’interroger sur les bénéfices et les limites de « l’entraînement seul ». À l’ère numérique, il est fort à parier que ce type d’entraînement a fait peau neuve. Je me propose donc d’examiner comment entraîneurs et boxeurs pourraient tirer avantage dans les circonstances de l’accès aux nouvelles technologies offertes par l’Internet.

Mais encore faut-il espérer que le niveau d’engagement et d’autonomie de l’athlète résiste aux diverses contraintes que pose cette option.

L’autonomie dans l’entraînement du boxeur

Au gymnase, l’entraîneur se limite habituellement à observer du coin de l’œil. Il intervient très peu. Ainsi, le boxeur apprend à s’entraîner par lui-même. D’ailleurs, l’athlète de niveau élite ne se distingue-t-il pas par sa motivation, par son autonomie? Il n’a pas à être constamment stimulé par l’entraîneur. Vasyl Lomachenko est un exemple à suivre :

Vasyl Lomachenko HI-TECH Training – YouTube

Par ailleurs, en ce qui concerne la structure de l’entraînement, les décisions doivent être partagées entre l’entraîneur et l’athlète. Comme l’efficacité et l’optimisation s’impose à ce niveau, il est possible que l’entraîneur fasse figure d’autorité – sans être pour autant un autocrate.

Mais dans la majorité du temps, à la suite de quelques directives données par l’entraîneur, les boxeurs appliquent simplement des routines de travail. Tout semble aller rondement. Les boxeurs paraissent autonomes pour ce qui est de l’exécution et de la façon de circuler d’un exercice à l’autre. Aucune baisse apparente de motivation!

Cela s’explique par le fait que ces boxeurs devront éventuellement passer le test du sparring (combat d’entraînement). Puis il y a également le verdict de l’entraîneur qu’ils attendent avec une certaine appréhension. Enfin, il faut bien tenir compte de l’influence des pairs. Ce sont eux les principaux témoins de la progression du boxeur. Somme toute, c’est à partir de tous ces liens que se crée un profond sentiment d’appartenance, d’où l’intérêt de s’entraîner dans un gymnase de boxe plutôt qu’en solitaire.

Or, la crise engendrée par la Covid-19 ne laisse aucune autre option que de s’entraîner seul. Alors pourquoi ne pas recréer dans ce type d’entraînement certaines des conditions indispensables dont le boxeur bénéficie au gymnase?

Le besoin de rétroaction (feedback)

Quoique les routines de travail sont perçues comme étant essentielles à l’assimilation des techniques de boxe, elles deviennent vite lassantes. En s’entraînant seul, les répétitions perdent peu à peu de leur qualité. Et à force d’être mal exécutées, elles finissent par s’ancrer, avec pour conséquence indésirable que l’entraînement devient carrément contre-productif.

En ces temps de crise épidémiologique, peut-on s’attendre, au contraire, à de nouveaux gains pour les boxeurs autant sur le plan technique que physique? Je le pense, car mis à part les séances de sparring, il est relativement aisé grâce aux communications en ligne de mettre sur pied des entraînements qui feront progresser le boxeur sur plusieurs aspects essentiels de son développement.

En un clic de souris ou à partir d’un téléphone intelligent, il est facile de se retrouver à plusieurs simultanément afin de tenir une séance d’entraînement au cours de laquelle les entraîneurs évaluent et font part aux boxeurs, en temps réel, des ajustements qu’ils doivent apporter pour parfaire leur apprentissage. La séance se déroule donc de façon interactive. Les boxeurs peuvent ainsi faire leurs ajustements au fur et à mesure que les instructions des entraîneurs se succèdent

L’objectif est alors de tenir les boxeurs en haleine. Tout comme au gymnase, les entraîneurs se trouvent alors à exercer sur eux une influence soutenue. Même si une telle séance en ligne n’a lieu qu’une fois ou deux par semaine, les attentes des entraîneurs à l’égard des boxeurs se font grandes. Ceci a pour effet d’inciter fortement les boxeurs à ne pas relâcher entre-temps.

Malgré cela, par ces temps de crise épidémiologique, ces séances d’entraînement par Internet n’ont pas l’effet escompté pour tous les boxeurs. Certains tombent dans la paresse, sinon dans une forme de passivité. Pour tenter de les ramener dans le giron de l’entraînement, il est parfois nécessaire pour l’entraîneur d’ajuster ses interventions en fonction de la satisfaction d’un autre besoin vital de l’athlète.

Le besoin d’efficacité

Aussi appelé besoin de compétence, il est réputé comblé lorsqu’une personne éprouve un sentiment d’accomplissement. Appliqué à l’entraînement dans le contexte de la COVID-19, ce sentiment d’efficacité peut apparaître comme étant une sorte de « récompense » à la suite d’un effort effectué dans des conditions particulièrement difficiles. Dans cette situation, seul un tel sentiment de réussite peut donner à ces athlètes un sens à l’apprentissage. Ils doivent alors combler ce besoin pour maintenir leur motivation.

Mais ce qui complique l’approche de l’entraîneur envers ces athlètes, c’est que ceux-ci peuvent exécuter avec succès les tâches demandées, mais sans avoir le sentiment que cela les fait progresser. Ils agissent alors comme des automates. Le sentiment d’efficacité est d’abord une affaire de perception. 

Dans un tel cas, la tâche demandée par l’entraîneur leur apparaît vaine et sans rapport direct avec la progression attendue. Chez ces athlètes, cela se manifeste alors par une sorte d’apathie. Il ne faudra alors très peu de temps avant qu’ils se désintéressent complètement de l’entraînement. Il faut bien comprendre ici que ces athlètes ont de la difficulté à composer sans leurs repères habituels (travail deux à deux, pads avec les entraîneurs et sparrings). En bref, les drills proposés sur Internet leur paraissent trop simples.

Il est vrai que l’on a l’habitude de comparer ces drills de base aux gammes que les musiciens exécutent pendant des années. Or, les drills des boxeurs n’ont pas à être aussi restrictifs. Tout au contraire, en tant qu’entraîneurs, ne devons-nous pas faire preuve d’imagination dans le but d’élargir l’expérimentation des athlètes?

Par exemple, au cours de la séance d’entraînement sur Internet, les boxeurs pourraient exécuter quelques rounds de « boxe imaginaire », mais tout en imitant un boxeur prestigieux, choisi par les entraîneurs, pour ses habiletés particulières. Les boxeurs auraient alors à visionner préalablement un round spécifique de l’un des combats de ce pugiliste réputé afin de bien se préparer à la séance par Internet. Ce type de drill gagnerait à être effectué régulièrement. À chacune de ces séances, un style de boxe différent serait à imiter; ainsi de nouveaux outils viendraient garnir le coffre des athlètes.

Comme deuxième exemple, une telle séance pourrait consister dans une discussion avec l’athlète dont le but serait d’analyser une vidéo de ce dernier, au ralenti, ainsi que la vidéo d’un combat livré par un pugiliste réputé. Le ralenti offre l’occasion de procéder à une analyse beaucoup plus approfondie des divers gestes sportifs. Dans un tel cas, l’athlète doit cependant être amené à découvrir par lui-même les divers avantages techniques et stratégiques. La tâche de l’entraîneur se limite alors à celle d’un « facilitateur ».

Dans les deux cas, il importe donc que les athlètes soient invités à interagir. Pour répondre à leur souci d’efficacité, ils ont besoin de comprendre, puis d’intérioriser les principes et les valeurs qui sous-tendent les divers drills à exécuter. Dans cette perspective, en tant qu’entraîneurs, ce sont d’abord nos outils pédagogiques qu’il faut sans cesse songer à renouveler.

Conclusion

La COVID-19 ne doit pas nous décourager dans nos efforts pour atteindre de nouveaux objectifs d’entraînement. Les séances à plusieurs sur Internet offrent beaucoup d’options dans le but de partager les connaissances de chacun. Comme le mentionne Philippe Carré, « On apprend toujours seul, mais jamais sans les autres. »

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