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Kovalev-Alvarez vu par Rénald Boisvert

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Par Rénald Boisvert

Dans quelques jours, les amateurs de boxe de la région de NY se rassembleront à Atlantic City pour assister à une double confrontation chez les mi-lourds avec Kovalev-Alvarez et Bivol-Chilemba. Évidemment, le réseau HBO sera de la partie pour nous présenter cette grande soirée de boxe.

En vue de ce premier combat de championnat du monde pour le Montréalais d’origine colombienne, nous avons préparés une dizaine de questions pour aller plus loin que le traditionnel : Kovalev-Alvarez, qui va l’emporter ?

Aujourd’hui, nous vous présentons les réponses de notre collaborateur Rénald Boisvert, l’entraîneur-chef du réputé club de boxe Champion, l’un des co-directeur de la formation de la FQBO ainsi que le formateur de Steven Butler et d’Yves Ulysse Jr. 

12 Rounds : Eleider Alvarez a été pendant plus de deux ans et demi l’aspirant obligatoire à la WBC. Être obligé de choisir la WBO pour avoir une chance en championnat du monde est-ce un soulagement ou un prix de consolation ?

Rénald Boisvert : Je ne crois pas que le choix de la WBO soit un prix de consolation pour Eleider Alvarez. Ce serait le cas si Alvarez n’avait aucune chance de détrôner Kovalev. Je comprends très bien que si ce combat tournait mal pour Alvarez, certains auraient l’impression qu’il aurait alors raté une meilleure occasion contre Adonis Stevenson. Mais en réalité, c’est toujours plus facile de donner une opinion après qu’avant. Même si à première vue, Kovalev semble un adversaire plus coriace que Stevenson, il demeure qu’aucun des deux n’est un client facile. Mais je fais confiance à l’entraîneur Marc Ramsay. La décision a certainement été mûrement réfléchie. La boxe n’est pas une science exacte. C’est à l’entraîneur de soupeser non seulement les chances de l’emporter, mais il doit aussi tenir compte de tous les autres considérations (ex : monétaires) à examiner avec le boxeur.

12 Rounds : Le duel Kovalev-Alvarez a été signé le 18 avril. Qui est le plus avantagé des deux boxeurs par une longue préparation de trois mois et demi ?

Eleider Alvarez a l'entrainement Rénald Boisvert : Je ne suis pas dans le secret des dieux. Je ne sais donc pas comment s’est déroulé le camp d’entraînement de chacun. Attention à ce que l’on voit comme entraînement sur les réseaux sociaux! Ce serait se contenter de choses superficielles. En fait, il ne suffit pas de savoir que ces boxeurs se sont entraînés au cours de cette longue période. Ce qui importe, c’est le niveau d’entraînement; se sont-ils poussés physiquement pendant toute cette période ou seulement à compter de 7 ou 8 semaines du combat. C’est d’ailleurs ce que font plusieurs boxeurs professionnels. Il existe une certaine croyance voulant que 7 ou 8 semaines soit suffisant pour préparer un boxeur. C’est dommage de penser de la sorte, parce qu’un long camp d’entraînement est une excellente occasion pour développer de nouvelles forces.

12 Rounds : Eleider Alvarez tient son combat d’entraînement en Colombie a Bogota. Est ce plus facile d’attirer des partenaires d’entraînement là-bas plutôt qu’à Montréal ou est ce que ça l’a aucune importance?

Eleider Alvarez a l'entrainement en ColombieRénald Boisvert : Le choix de l’endroit (Montréal ou Bogota) pour tenir un camp d’entraînement peut avoir de l’importance, mais certainement pas pour ce qui serait de la facilité de trouver des partenaires d’entraînement. D’abord, on s’attendrait normalement à ce que les partenaires de sparring pour Alvarez soient davantage des boxeurs au style européen. Deuxièmement, il est plutôt facile d’attirer ces partenaires à Montréal. Ils sont bien rémunérés et c’est pour eux l’occasion d’entrer en relation avec l’organisation qui les accueille. Enfin, il importe de savoir que le choix des partenaires d’entraînement se fait normalement en fonction de leurs similitudes avec l’adversaire. Donc ces partenaires ne devaient pas être nécessairement russe, mais les qualités pugilistiques devaient être semblables, en principe, à celles de Kovalev. Mais attention! L’entraîneur peut décider de choisir une toute autre option. Par exemple, il peut choisir de miser plutôt sur un camp d’endurance en privilégiant le choix de sparring-partner amateurs (de niveau international). Le rythme de ces boxeurs est beaucoup plus rapide et intense que celui des boxeurs professionnels compte tenu qu’ils ne livrent habituellement que des combats de 3 rounds. De plus, la Colombie est l’endroit rêvé pour s’entraîner en altitude. Ainsi, il semble que Marc Ramsay a choisi de miser davantage sur l’endurance pour la préparation d’Avarez.

12 Rounds : Sergey Kovalev en sera à son troisième combat sous les conseils de Abror Tursunpulatov. Comment as-tu trouvé la performance de Kovalev contre Igor Mikhalkin ?

Kovalev-jabs-MikhalkinRénald Boisvert : La performance de Kovalev contre Mikhakin a été bonne, sans être exceptionnelle. Mais ceci ne veut pas dire que Kovalev a ralenti. Je crois plutôt qu’il a levé le pied à certains moments. Par contre, la question se pose à savoir s’il sera encore le guerrier qu’il a été. Kovalev a encore les mains très rapides. Je ne crois pas qu’il a perdu de sa dangerosité. En fait, je n’ai discerné aucune modification dans sa façon de boxer malgré le changement d’entraîneur. Rien de surprenant. Kovalev a toujours fait à sa tête. L’entraîneur de Kovalev pourra-t-il amener quelque chose de neuf le 4 août prochain? J’en serais surpris.

12 Rounds : Marc Ramsay voit pour la seconde fois un de ses protégés affronter Kovalev. Par contre, depuis mars 2015 le russe s’est incliné deux fois face à Ward et il a changé d’entraîneur. A quel point les notes de Ramsay de l’époque de Pascal sont utile pour le clan Alvarez ?

Stéphane Lépine, Marc Ramsay, Eleider AlvarezRénald Boisvert : Marc Ramsay est un entraîneur que je qualifierais de «complet». Son ouverture d’esprit fait en sorte qu’il ne se sera pas contenté de ce qu’il a vu de Kovalev. Comme plusieurs, Ramsay a pu constater les lacunes de Kovalev à courte portée. Mais je suis convaincu que cet entraîneur ne s’est pas laissé prendre au piège consistant à croire qu’Alvarez n’aurait qu’à imiter Ward pour vaincre Kovalev. La boxe est d’abord une question de style. Vous connaissez l’expression : «ce sont les styles qui font les combats». Ceci signifie que l’affrontement entre Kovalev et Alvarez pourrait offrir des situations imprévisibles. L’entraîneur doit donc être prudent dans son analyse. Par exemple, si son plan A est de demander à Alvarez de travailler à courte portée, je suis certain qu’il aura préparé un plan B pour le cas où la première option ne fonctionnerait pas.

12 Rounds : Dans la stratégie d’Alvarez les coups au corps seront évidemment présent. De quelles façons Kovalev peut se protéger contre ce type d’attaque?

Kovalez a l'entrainementRénald Boisvert : Kovalev a l’habitude de dicter lui-même quelle forme prendra son entraînement. À moins que le nouvel entraîneur ait réussi à le convaincre de la pertinence de travailler quelque peu à l’intérieur avec les sparring-partner, il est fort à croire que Kovalev concentrera son entraînement sur ce qu’il fait de mieux : maîtriser la distance (portée) dans le but d’éviter les charges au corps tout en lui donnant l’opportunité d’exécuter ses longs coups droits.

12 Rounds : Alvarez a nécessairement pris de l’assurance suite à ses gains face à Bute et Pascal. Est-ce que vous croyez que le Colombien avait besoin de ces deux victoires pour finaliser sa préparation ou il était déjà prêt à se battre en championnat du monde ?

Eleider Alvarez a l'entrainement Rénald Boisvert : Eleider Alvarez a assurément pris beaucoup d’assurance suite à ses victoires face à Bute et Pascal. Cela n’a pas toujours été facile pour Alvarez. On se rappellera qu’il s’est fait huer à plusieurs occasions à un moment donné de sa carrière. Ses victoires contre Bute et Pascal lui ont donné une nouvelle image. Je crois qu’on le prend maintenant beaucoup plus au sérieux. Et je suis persuadé que cela a eu un effet très positif sur sa confiance. Néanmoins, j’ajouterais que ce sont ses combats, moins récents, contre Isidro Prieto et Isaac Chilemba, qui lui ont apporté le plus de confiance en soi. Dans ces combats, Alvarez a dû se dépasser. Avant cela, plusieurs personnes avaient des doutes concernant sa détermination. Contre Prieto, Alvarez s’est fait ébranlé dans le combat. Il a montré beaucoup de courage pour revenir et gagner le combat. Puis contre Chilemba, Avarez a dû composer avec la pression tellement l’issue de ce combat a été incertain jusqu’à la fin.

12 Rounds : Selon toi, quelle devrait être la stratégie du clan Kovalev ?

Sergey Kovalev Abror TursunpulatovRénald Boisvert : Kovalev est un boxeur puissant qui aime mettre de la pression, mais tout en tenant l’adversaire à longue et moyenne portée. C’est là où il est le plus menaçant. Sa stratégie première visera probablement à intimider Alvarez, compte tenu que ce dernier n’a jamais encore affronté un adversaire de son calibre. Cependant, Kovalev devra éviter les corps à corps en se déplaçant et, lorsque nécessaire, en accrochant Alvarez. Enfin, Kovalev doit être actif pour ne pas laisser à Alvarez (un contre-attaquant) le temps de réfléchir, de bien préparer la riposte.

12 Rounds : Selon toi, quelle devrait être la stratégie du clan Alvarez ?

Eleider Alvarez VS Isaac ChilembaRénald Boisvert : Alvarez est d’abord et avant tout un contre-attaquant. C’est là où il excelle le plus. Alvarez devrait donc essayer de profiter des (rares) erreurs de Kovalev; l’une de ces erreurs de Kovalev étant de pencher son corps loin en avant lorsqu’il manque la cible. Il devient alors vulnérable. Mais il faudra beaucoup d’habileté à Alvarez pour en profiter, car Kovalev réagit très rapidement. Je crois aussi que le coin d’Avarez lui demandera de s’amener à courte portée, de temps à autres, dans le but de déstabiliser Kovalev. Si cette stratégie fonctionnait, alors Alvarez devra ne pas laisser passer l’occasion de maintenir la pression sur Kovalev. C’est là où la capacité d’endurance du boxeur colombien pourrait prendre toute son importance.

12 Rounds : Tu t’attends à quoi comme style de combat ? Ça devrait se dérouler comment ? Qui favorises-tu?

Rénald Boisvert : En principe, nous avons d’un coté un attaquant (Kovalev) et un contre-attaquant (Alvarez). Mais les rôles pourraient s’inverser si les tentatives d’Avarez pour s’amener à courte portée fonctionnaient. Mais je serais très surpris que ceci se produise en début de combat. Je m’attends à davantage de prudence de la part d’Avarez au cours des premiers rounds. La puissance de Kovalev sera moindre après quelques rounds et Alvarez pourrait alors tenter de travailler corps à corps. Mais dans tous les cas, ce ne sera pas facile. Pour réussir, Alvarez doit parvenir à entrer à courte portée en évitant les jabs et les directs de Kovalev. En début de combat, Alvarez devra lancer ses coups avec conviction pour imposer le respect. L’intimidation fait partie de la boxe. Alvarez ne doit donc pas afficher une prudence extrême. Même s’il devait se limiter au rôle de contre-attaquant, il faut que sa riposte soit cinglante. Quant à Kovalev, je m’attends à ce qu’il ne change rien à sa stratégie. Il sera égal à lui-même.

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