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Pourquoi privilégier, comme Adonis Stevenson, la méthode d’entraînement traditionnelle en boxe? Javan «Sugar» Hill et Emanuel Steward sur les dangers du surentraînement

Par Martin Achard

Comme je l’ai souligné dans un article paru la semaine dernière, Adonis Stevenson et son entraîneur, Javan «Sugar» Hill, privilégient la méthode traditionnelle lors des camps d’entraînement. Aucune séance de musculation compliquée pour le Québécois, pas de natation ou de yoga, et aucun exercice de pliométrie. Plutôt du bon vieux jogging, des exercices de déplacements et de frappes sur des mitaines ou un sac, beaucoup de sparring, de simples push-ups, et des redressements assis.

À quoi tient cette préférence pour l’approche classique dans la préparation des boxeurs? Je suis tombé il y a quelques jours sur une entrevue donnée par «Sugar» Hill au site SylvanaBoxing, dans laquelle il explique de façon très claire l’une de ces raisons:

«Aujourd’hui, il y a toutes sortes de spécialistes: un entraîneur pour le conditionnement physique, un autre pour l’offensive, un autre pour la défensive, un autre pour la nutrition… Les partisans des méthodes d’entraînement modernes créent un tas de nouvelles choses à faire pour les combattants. Ils se réclament de la technologie et prétendent que leurs techniques rendent les boxeurs meilleurs. Pour ma part, je crois que les façons de faire de la vieille école sont préférables. Ces façons de faire ont eu plus de succès et ont fonctionné pendant longtemps. Bientôt il va y avoir des entraîneurs pour apprendre aux boxeurs comment respirer. Les partisans des nouvelles méthodes inventent des emplois supplémentaires et détruisent en quelque sorte la boxe par ces complications. Je crois en l’importance du conditionnement physique, mais certaines des choses qu’ils font faire aux boxeurs n’ont aucun rapport avec la boxe et peuvent être néfastes. Il peut y avoir du bon dans leurs méthodes, mais elles sont sur-utilisées par beaucoup de combattants. L’un de mes boxeurs a suivi leurs conseils, et il s’est retrouvé avec des muscles extrêmement endoloris à cause de tout ce qu’il avait à faire. Se pencher vers l’arrière et tous ces trucs étranges qu’il faisait n’ont rien à voir avec la boxe. Je pense qu’on doit préférer les exercices traditionnels. Soulever des poids légers et s’en contenter. Pas ces choses qu’on ajoute comme sauter trois marches puis deux, en sauter quatre puis trois. Ces exercices supplémentaires causent de la fatigue et permettent de dire: “vous voyez, ça vous met en forme!”. Mais tous ces gourous du conditionnement physique n’ont jamais boxé, donc comment peuvent-ils savoir ce dont nous avons besoin en boxe?».

Il est intéressant de noter que, à l’intérieur de ses explications, Hill admet que l’apport des nouvelles méthodes puisse être positif. Son principal grief à leur endroit tient plutôt au fait qu’elles risquent de mener au surentraînement, dans un contexte où elles s’ajoutent aux nombreux exercices de base que les boxeurs doivent faire pour peaufiner leur technique et développer leur endurance. Rappelons ici, pour les lecteurs moins familiers avec ce concept, que le syndrome du surentraînement se caractérise par une fatigue généralisée de l’organisme, causée par une surcharge d’activités dépassant la capacité d’un athlète à récupérer entre les séances d’entraînement. Il en résulte bien entendu, pour celui qui en est victime, une diminution marquée des capacités et des performances sportives.

En voulant protéger ses boxeurs du surentraînement, Javan Hill ne fait qu’être fidèle aux principes défendus pas son oncle et fondateur du Kronk Gym, le regretté Emanuel Steward, qui accordait une très grande importance à ce danger. Dans cette vidéo par exemple, où il discute des règles de base du conditionnement physique en boxe, Steward juge nécessaire de consacrer l’essentiel de son temps de parole à décrire les causes et les symptômes du surentraînement. Il en parle pendant deux minutes environ, ne réservant, par comparaison, que quelques dizaines de secondes au phénomène du sous-entraînement.

Il ne faut sans doute pas se surprendre que Steward ait mis à ce point l’accent sur les périls de l’overtraining. Selon lui, en effet, Thomas Hearns souffrait de ce mal lors de son combat contre Sugar Ray Leonard en 1981, ce qui expliquerait sa défaite, subie par K.O. technique au 14e round. Or rappelons que, jusqu’à la fin de sa vie, Steward a prétendu que cette défaite du «Hit Man» contre Leonard constituait l’expérience la plus douloureuse et la plus traumatisante de sa carrière d’entraîneur, celle qu’il n’avait jamais digérée et qui le réveillait encore quelquefois la nuit, 20 ou 30 ans plus tard.

En terminant, on notera que la nécessité d’éviter le surentraînement est connue de très longue date en boxe. On trouve en effet le passage suivant dans un essai datant de 1893, «How to Train for a Fight», rédigé par l’un des meilleurs entraîneurs de l’époque, Mike Donovan, qui peut se vanter d’avoir boxé à poings nus, en plus d’avoir enseigné le noble art au Président Theodore Roosevelt et à ses fils: «Par-dessus tout, faites preuve de sens commun dans votre entraînement. Si vous êtes affaibli ou fatigué à cause d’un excès d’exercices, reposez-vous une journée, ou même deux, pour retrouver votre vigueur et votre appétit».

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