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«Pads» à la Mayweather, spectacle ou réalité ?

Par Rénald Boisvert

À un moment ou à un autre, nous avons tous été éblouis par la façon des Mayweather de manier les pads (aussi appelées mitaines d’entraîneur, gants de frappe ou pattes d’ours). Comment ne pas tomber sous le charme de tant de précision et de complicité entre un boxeur et son entraîneur? Mais à bien y regarder – et notamment à force de regarder – ce déploiement d’habiletés que nous trouvions au départ si flamboyant a fini par devenir suspect à nos yeux. Qu’en est-il?

Une affaire de spectacle avant tout

On ne peut pas nier le fait que les Mayweather sont parvenus à faire du maniement des pads une sorte de spectacle en soi. En mettant en scène une variété de combinaisons de coups rapides, cadencés et ininterrompus, cette façon d’utiliser les pads est apparue parfois plus spectaculaire que le combat qu’elle avait pour but de préparer. Si l’on transposait par analogie l’approche Mayweather au théâtre, ce serait comme si l’un des moments clés de la pièce se déroulait en coulisses. Mais pourquoi pas! Si le spectacle en sort gagnant.

Par ailleurs, même si nous reconnaissons tout le génie que la méthode Mayweather apporte au spectacle, nous avouons entretenir de sérieux doutes concernant son efficacité réelle. Pour être plus précis, disons que nous ne lui attribuons que très peu de mérite en regard des objectifs de développement d’un boxeur. En effet, malgré tout le respect que nous devons à la famille Mayweather, cette façon de manier les pads ne résiste pas à une analyse sérieuse au plan technique.

Combinaisons de coups «rapides»

Ce qui séduit au départ dans ce type de maniement des pads, c’est la rapidité des combinaisons de coups qui en résulte. D’ailleurs, plusieurs entraîneurs se convainquent de l’utilité de cette méthode pour cette raison. À première vue, on pourrait penser que Floyd Mayweather Junior a acquis plus de rapidité grâce à cette méthode, d’où la conviction chez beaucoup d’entraîneurs que celle-ci favorisera l’acquisition de vitesse chez leurs jeunes boxeurs. Or, il vaut mieux pousser plus loin l’analyse.

En matière d’entraînement de la vitesse, il est établi que les éléments techniques qui en font partie ne doivent jamais être compromis, ni négligés. Par exemple, prenons un boxeur (aux pads ou au sac lourd) qui exécute un enchaînement de coups, mais sans véritable extension des bras, cela lui permettant de lancer un plus grand nombre de combinaisons; ce boxeur se trouve à créer l’illusion d’être plus rapide alors qu’en réalité, il triche en quelque sorte. C’est ce que l’on peut observer des Mayweather: les coups sont portés en dépliant à peine les bras et ce, sans aucun transfert de poids.

Par conséquent, il nous apparaît évident que cette façon d’utiliser les pads n’a pas véritablement contribué au développement de Floyd Mayweather Junior. Derrière les portes closes du gymnase, ce sont d’autres moyens qui ont forcément été utilisés dans le but de former ce boxeur aux multiples talents. Il est probable que l’équipe Mayweather a choisi de ne pas dévoiler l’essentiel de ses entraînements.

Au-delà des aspects spectaculaires, nous croyons que le jeune boxeur doit développer à l’entraînement, y compris lors d’une séance portant sur la vitesse, les habiletés de base qui sont indispensables à l’exécution de ses combinaisons de coups, telles les transferts de poids, les pivotements des hanches et des épaules, l’extension quasi-complète des bras, le rabat du poignet, etc… Or, aucune de ces habiletés fondamentales n’est vraiment sollicitée au cours des séances de pads, du moins pour ce qui est de ces séances que les Mayweather ont bien voulu montrer.

Combinaisons de coups «cadencés et ininterrompus»

En observant Floyd Mayweather Junior exécuter ses combinaisons de coups dans les pads, on constate que le rythme de ses coups est invariable. Ainsi, l’enchaînement des combinaisons obéit à une cadence régulière et scénarisée. Or, nous ne croyons pas que ce type d’exécution aux pads puisse adéquatement préparer un boxeur à livrer des combats. En réalité, pour être efficace, le boxeur doit au contraire développer sa capacité de briser les rythmes. Ainsi, il pourra davantage surprendre l’adversaire et notamment, il évitera de se rendre lui-même prévisible. Quoiqu’une exécution scénarisée peut avoir son utilité pour le boxeur débutant, elle n’est guère optimale pour celui qui souhaite passer à un autre niveau.

On peut également observer de cet entraînement aux pads que Floyd Mayweather Junior exécute un grand nombre de combinaisons de coups «sans interruption». Si l’on fait le total de coups lancés de suite, le résultat se situe autour d’une cinquantaine. Comparé au déroulement d’un combat, un tel enchaînement de coups manque nettement de réalisme et de spécificité. De plus, l’exécution continue de combinaisons détourne le jeune athlète de l’un des apprentissages les plus élémentaires en boxe: le développement de l’explosivité.

À l’encontre de notre argumentation, on rétorquera peut-être qu’il n’y a pas de mal à ce qu’un entraîneur utilise à l’occasion cette approche aux pads. C’est vrai. Ce qui nous préoccupe davantage, c’est sa surutilisation. Aussi, il faut comprendre que nos objections sont essentiellement «d’ordre pédagogique». C’est que l’apprentissage des habiletés de boxe ne peut se faire sans tenir compte d’un certain nombre de principes d’entraînement dont l’un en particulier, soit le «principe d’adaptation», justifie à lui seul la présente mise en garde.

Créer des adaptations en prévision de combattre

On sait que l’être humain évolue et acquiert de nouvelles habiletés en s’adaptant aux situations auxquelles il est confronté. Ainsi, la faculté d’adaptation est la loi la plus universelle et la plus fondamentale de la vie (Weineck, 1992). Appliqué au plan sportif, le principe d’adaptation signifie que pour s’améliorer, l’athlète doit être soumis à des entraînements variables et raisonnablement progressifs. Par conséquent, n’est-il pas du devoir de tout entraîneur de bien choisir les types d’entraînement qui permettront d’optimiser les progrès de l’athlète?

En observant années après années Floyd Mayweather Junior s’exécuter aux pads, force est de constater qu’aucun changement n’a été apporté à cet exercice. En fait, Floyd se limite à «maintenir» ce même niveau de performance, sans vraiment chercher à l’augmenter. Sur ce point, il importe ici de bien faire la distinction entre «maintien» et «développement»: lorsqu’un athlète répète un exercice sans y ajouter aucun coefficient de difficulté, que ce soit au plan physique ou technique, alors il ne se produit pour ainsi dire «aucune adaptation». On parle en ce cas de «maintien» et non pas de «développement».

Dans cette optique, au moment de planifier les séances d’entraînement, un entraîneur doit accorder une portion importante de celles-ci en vue de «développer» de nouveaux outils autant techniques, stratégiques que physiques. Puis il doit aussi réserver certains autres moments dans le but de «maintenir» les acquis. En définitive, il ne doit pas y avoir confusion entre ces deux modes d’entraînement. De ce point de vue, les Mayweather ont beau exhiber un impressionnant savoir-faire aux pads, cela demeure strictement au niveau du «maintien».

Aussi, dans le but de contribuer au «développement» d’un boxeur, l’utilisation des pads ne doit pas se résumer à une sorte de fourre-tout. Bien au contraire, elle requiert davantage de l’entraîneur qu’il se fixe en premier lieu un certain nombre d’objectifs à atteindre. Pour chacun de ces objectifs, le recours aux pads pourra alors prendre plusieurs formes afin d’engendrer de nouvelles habiletés et peaufiner celles qui restent encore à améliorer. Enfin, les aspects plus techniques ne doivent pas être négligés au risque de créer des adaptations contraires à celles recherchées.

Conclusion

On doit comprendre de notre argumentaire que l’objectif n’était pas de miner la notoriété de la famille Mayweather. Bien au contraire. D’abord, Roger Mayweather et son frère Floyd Senior ont été eux-mêmes d’excellents boxeurs professionnels. Puis, ils ont consacré une bonne partie de leur vie à former et à polir l’un des plus beaux joyaux de l’histoire de la boxe. Ce n’est pas rien. D’ailleurs, c’est pourquoi il nous apparaît si évident que l’ascension de Floyd Mayweather Junior ne peut pas être attribuée à un quelconque type de maniement des pads, aussi spectaculaire soit-il. En réalité, on sait très peu de choses sur le contenu des entraînements ayant véritablement contribué à faire de ce boxeur l’un des plus grands de tous les temps. A-t-on voulu dissimuler cette information? Il n’y aurait rien là-dedans de bien étonnant. Chez les professionnels, il n’est pas rare que les camps d’entraînement se tiennent à portes fermées pour éviter d’être copié.

Par hypothèse, imaginons que ce type de maniement des pads n’était au départ qu’un jeu. Puis que cela est devenu populaire au point de dépasser toute attente. Or, les Mayweather ont-ils cru pour autant que cette approche aux pads était une recette miracle? Certainement pas. Par contre, un grand nombre de fans et aussi d’entraîneurs y ont vu une panacée. Ce sont donc à ceux-ci que nous adressons notre mise en garde. En fait, ce n’est pas que cette approche aux pads soit mauvaise. Par exemple, nous reconnaissons qu’elle peut améliorer et surtout maintenir le niveau de certaines qualités comme la fluidité et la coordination. Mais en revanche, il faut se rendre à l’évidence. Cette méthode s’avère nettement incomplète et insatisfaisante lorsqu’il s’agit d’optimiser le développement d’un boxeur.

5 Comments

  1. Samuel Robichon

    1 janvier 2016 at 17 h 58 min

    Rénald qui récidive en publiant un article de grande qualité!! Tes commentaires sont toujours intéressants et très réfléchis. Dans un autre ordre d’idées, j’aimerais ajouter que cette méthode de pads utilisée par les Mayweather pourrait peut être être efficace pour aider à « programmer » certains mouvements défensifs suite à certaines combinaisons.

    Au plaisir de te lire dans le futur,

    Samuel

  2. Boxing Strategist

    2 janvier 2016 at 0 h 18 min

    Happy new year to you all!

    Here is a different perspective from a good friend of mine, enjoy.

    http://youtu.be/VAGRmhsBKco

  3. dan

    2 janvier 2016 at 23 h 12 min

    Je te reconnais mon renald ,vaut pas la peine de t’essoufflé et de te risqué de cette façon,garde ta crédibilité que tu t’ai construit.

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