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Ali, Tyson, Mayweather, etc… Quel style choisir?

Par Rénald Boisvert

Voici le premier de deux articles au sujet de ce phénomène complexe qu’est la multiplicité des «styles de boxe ». Dans le présent article, je vais d’abord tenter de comprendre les raisons pour lesquelles entraîneurs et théoriciens tiennent autant à faire la démonstration de la supériorité d’un «style de boxe » en particulier. Alors qu’il y a plutôt un avantage évident à tirer profit d’un enseignement diversifié, comment se fait-il que persiste toujours cette tendance à vouloir déterminer un «style de boxe » qui l’emporterait sur tous les autres?

Dans le même ordre d’idée, on peut observer que plusieurs clubs de boxe ne jurent que par l’utilisation d’un seul style qu’ils appliquent indistinctement à tous leurs athlètes. N’y a-t-il pas lieu de s’étonner que l’on pense encore ainsi de nos jours. Dans le présent article, je compte analyser cette vieille conception du point de vue de la «logique ». Puis, dans un second article, tout en reconnaissant la multiplicité des styles de boxe, je tenterai d’exposer une approche qui, au lieu d’opposer les styles entre eux, visera à les réunir pour en former un tout cohérent. Par ailleurs, on se surprendra peut-être que j’utilise ici la «logique » comme cadre de réflexion! Voyons voir ce qui peut en ressortir…

Les pièges liés au  »raisonnement »

Je commencerai par décrire la manière dont les styles de boxe évoluent et deviennent tour à tour le «style de l’heure ». Nous n’avons qu’à penser à ces grands champions du monde (et peu importe lesquels) pour comprendre qu’ils ont popularisé un style de boxe au même titre que leur propre notoriété. Ce phénomène peut être observé dans la majorité des cas. Par exemple, les affrontements entre Ali et Frazier se sont rapidement transposés en un duel de styles. Or, je tiens ici à faire remarquer que l’opposition entre leur style de boxe a conduit par ricochet au déclin de plusieurs autres styles qui trônaient jusqu’alors.

Il y a donc eu dans ce phénomène une sorte de polarisation tellement forte qu’en dehors de l’opposition entre ces deux écoles, c’est comme s’il ne pouvait subsister aucune autre option. Ainsi, à l’époque, les entraîneurs croyaient devoir choisir entre ces deux styles uniquement. Pourtant, il appert dans les faits qu’aucun des styles popularisés par Ali et Frazier n’a survécu au delà de la carrière de ceux-ci.

Au plan de la logique, un raisonnement contenant une telle polarisation est appelée «faux dilemme » et constitue une erreur de raisonnement au sens où on affirme à tord devoir choisir entre deux possibilités alors qu’il en existe d’autres aussi valables. Si l’on applique cet énoncé logique au phénomène opposant le style d’Ali à celui de Frazier, force est d’admettre que beaucoup d’intervenants de la boxe (entraîneurs et théoriciens) ont commis à l’époque une erreur en écartant du revers de la main les styles de boxe qui existaient auparavant. À chaque fois que se répète ce genre de situation, la boxe sort perdante au niveau de son évolution.

Cus D'Amato et Mike Tyson

Mais au fond, ne devrait-on pas trouver suspect qu’un style de boxe naît et meurt le plus souvent avec le règne du boxeur qui l’a incarné. C’est comme si le seul fait d’être le pugiliste de l’heure suffisait à en proclamer le style. N’y a-t-il pas par conséquent un piège lié à ce raisonnement? Il convient encore ici de référer à la logique. Ainsi, un raisonnement en apparence inébranlable peut reposer sur la confusion entre la «cause » d’un phénomène (par exemple : le phénomène Mike Tyson) et ses «effets ». En d’autres mots, le raisonnement est le suivant : Mike Tyson adopte le «peek-a-boo ». Mike Tyson est le meilleur. Donc, le style «peek-a-boo » est le meilleur style de boxe.

Bien évidemment, on se rend compte de la faiblesse d’un tel raisonnement après coup; mais une fois le champion détrôné, il suffit qu’une autre tête d’affiche réapparaisse pour que l’on retombe dans le même piège. Ne devrait-on pas tirer des leçons de l’histoire?

Ici, Mike Tyson a popularisé un style de boxe. En fait, le «peek-a-boo » est l’un des éléments ayant contribué à faire de Mike Tyson le boxeur exceptionnel qu’il a été. Mais Tyson ne se réduit pas à ce style. Ce boxeur était beaucoup plus que cela.

Causalité ou Synchronicité ?

Ce type d’erreur de raisonnement peut également s’expliquer à partir de la conviction bien ancrée qu’il existe entre deux «facteurs » une relation de cause à effet simplement parce qu’ils se sont produits «en même temps ». Par exemple, Floyd Maywether Junior a acquis avec les années des qualités techniques qui l’ont amené au titre de meilleur boxeur livre pour livre. Au cours de cette période de temps, Mayweather s’exerçait aux «pads » d’une certaine manière. Ainsi, doit-on conclure que cette manière d’exécuter les pads est la meilleure? Un tel raisonnement ne tient manifestement pas la route.

Floyd Mayweather fait des padsEt il en est de même concernant le style de boxe de Mayweather. Ainsi, on ne peut pas inférer de la supériorité technique de ce boxeur que c’est forcément son style de boxe qui l’a conduit au sommet de son sport. Ce n’est donc pas parce que deux «éléments » se sont développés simultanément (technique et style) que l’un d’eux se trouve la  »cause » de l’autre. Au plan de la logique, ce type d’erreur de raisonnement est appelé : «confusion entre synchronicité et causalité ».

Conclusion

Par conséquent, pour vraiment juger de la valeur d’un style de boxe, ne convient-il pas plutôt de l’évaluer selon son propre mérite et non pas à partir d’une «simple association » qui serait rattachée au boxeur qui l’a popularisé? Ainsi, un style de boxe, aussi populaire qu’il soit, parvient à établir sa réelle valeur dans la mesure seulement où il peut être démontré que ce style est applicable à une certain nombre de boxeurs élites. À défaut, comment peut-on lui accorder autant d’importance?

Mais plus fondamentalement, cet objectif visant à considérer un style de boxe au dessus de tous les autres m’apparaît imprégné de naïveté. C’est comme une sorte de quête d’absolu. D’ailleurs, cette quête est probablement une entreprise aussi vieille que la boxe elle-même. Ne serait-il pas temps de la réviser ou, tout au moins, se questionner sur son efficacité?

En réalité, ce qu’il y a de plus répréhensible dans cette conception, c’est qu’elle est extrêmement réductrice à l’égard de l’ensemble des éléments techniques et stratégiques qui composent la boxe dans sa globalité. Ainsi, dans mon prochain article, je compte au contraire soutenir une approche susceptible d’intégrer tous ces éléments. Autrement dit, au lieu de considérer les styles de boxe comme s’opposant entre eux, je m’emploierai plutôt à en déterminer la complémentarité.

3 Comments

  1. francky.andre@gmail.com'

    Francky

    20 janvier 2017 at 16 h 46 min

    Bel article.

  2. Norm@sparmax.com'

    Normand Grimard

    20 janvier 2017 at 18 h 48 min

    Merci Rénald, your the best!

  3. jeanyves.blanchette@gmail.com'

    Jean Yves Blanchette

    21 janvier 2017 at 8 h 36 min

    Salut…On s’en ai parler la dernière fois qu’on s’est vu… Différents style, différents époque…Causis clay à créer le noble art…Qu’on as tous copier
    Ni

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