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Styles de boxe : faire tomber les barrières!

Par Rénald Boisvert

Ceci est le deuxième article au sujet de la pluralité des styles de boxe. Dans le premier article intitulé : «Ali, Tyson, Mayweather, etc… Quel style choisir?», j’ai voulu démontrer les faiblesses de cette vieille croyance selon laquelle il existerait un style de boxe qui l’emporterait sur tous les autres.

Dans le présent article, plutôt que d’opposer les styles de boxe entre eux, je compte proposer de les considérer comme étant complémentaires au plan pédagogique. Ainsi, je souhaite démontrer que l’enseignement de plusieurs styles de boxe – incluant ceux réputés opposés – est préférable à l’enseignement d’un seul. Mais pour y parvenir, il faut d’abord se convaincre de la nécessité de faire tomber certaines barrières. Je réfère ici à de vieilles conceptions qu’il convient de dépoussiérer un tant soit peu.

Trouver son style de boxe

Parmi les vieilles croyances, il y a l’opinion souvent arrêtée selon laquelle un jeune athlète doive s’en tenir à un seul style de boxe. «Ceci est son style de boxe» dira-t-on avec conviction. Ainsi, le choix d’un style de boxe unique est parfois déterminé par l’entraîneur; il se peut également que le boxeur parvienne à imposer son choix malgré la désapprobation de son entraîneur.

On me rétorquera que ce ne sont pas tous les styles de boxe qui conviennent à un boxeur. En effet, certains styles apparaîtront inappropriés pour des raisons légitimes, par exemple, un style de boxe qui requiert une certaine force de frappe alors que le jeune boxeur n’arrive pas à développer cette faculté. Un autre cas est le style qui implique l’intervention d’une filière énergétique en particulier, mais qui ne correspond pas aux capacités intrinsèques de l’athlète. Or ce n’est pas parce qu’il existe quelques styles inapplicables pour un jeune pugiliste que celui-ci n’aurait pas intérêt à diversifier sa façon de combattre.

Mais plus fondamentalement, il existe une autre raison de mettre en doute cette croyance voulant qu’un boxeur doive s’astreindre à l’utilisation d’un seul style de boxe. C’est qu’une telle conception a pour effet de priver le jeune boxeur de sa capacité de polyvalence et d’adaptation. En fait, c’est précisément l’apprentissage de différents styles de boxe qui lui procurera le plus ces qualités si essentielles que sont la versatilité et la profondeur dans l’exécution de son sport.

Mais ce n’est pas tout! Pour réussir à convaincre les jeunes boxeurs (et leur entraîneur) des avantages réels d’adopter plusieurs styles de boxe plutôt qu’un seul, il y a lieu de s’attaquer également à certaines conceptions perçues comme étant des postulats. On se demandera peut-être ce que j’entends ici par postulats. En l’occurrence, il s’agit de conceptions ou de principes que l’on tient pour avérés. Un postulat est considéré «vrai» sans que l’on ressente le besoin d’en faire la démonstration. Ainsi, je me propose d’analyser deux de ces postulats qui marquent profondément la boxe.

Premier postulat : C’est la personnalité qui fait le style

Ce postulat mérite d’être nuancé. Je reconnais cependant que la personnalité chez un athlète est déterminante dans le choix de stratégies à utiliser dans un combat. La personnalité peut aussi constituer une certaine limitation face aux différentes options qu’offre la multiplicité des styles de boxe. Mais encore une fois, ce n’est pas parce que certaines options s’avèrent inapplicables pour le jeune boxeur qu’on doive l’initier qu’à une seule.

Par ailleurs, tout en reconnaissant l’influence de la personnalité du jeune boxeur sur son développement en tant qu’athlète, je crois que c’est justement l’exploration à travers la pluralité des styles de boxe qui élargira les horizons de sa personnalité elle-même. S’il en était autrement, ce serait nier à ce jeune athlète la possibilité de découvrir d’autres aspects de sa personnalité.

En pratique, j’ai pu observer à plusieurs reprises de jeunes athlètes qui, au départ, s’étaient limités à l’exécution d’un style de boxe peu reluisant, tout simplement parce qu’ils étaient affectés par un manque de confiance. Plus tard, en tentant d’emprunter différents styles de boxe, ils se sont cependant rendus compte qu’ils possédaient au fond d’eux-mêmes tout le potentiel nécessaire pour se dépasser. Ceux-ci étaient loin de se douter qu’ils pouvaient maîtriser plusieurs styles de boxe et ainsi, surmonter leurs angoisses et leurs peurs.

Deuxième postulat : Imposer son style à l’adversaire

Un autre vieux postulat qu’il convient de nuancer est celui qui veut que tout boxeur doive imposer son style de boxe à son adversaire. «C’est à l’adversaire de s’adapter à mon style de boxe et non à moi de s’adapter au sien» dira-t-on alors. De tels propos décrivent bien la manière dont se déroulait la boxe à l’époque «old school». Par exemple, dans le premier affrontement entre Ali et Frazier, aucun des deux n’a voulu rien changer à sa façon de combattre. Aucun ajustement significatif n’a été apporté dans ce combat. Il n’était pas question pour l’un et l’autre de renoncer à l’idée d’imposer son style de boxe.

En général, il est tout à fait naturel qu’un boxeur veuille imposer sa manière de combattre face à un adversaire. Par ailleurs, si ce boxeur tire de l’arrière dans le combat et qu’il souhaite provoquer un retournement de situation, lui-même (et son équipe) doit être prêt à apporter les changements nécessaires, y compris quant à son style de boxe. Or, comment ce boxeur pourrait-il choisir d’apporter quelque changement que ce soit s’il ne l’a jamais préparé au gymnase?

Il y a plusieurs exemples de boxeurs qui, lorsque la situation l’exige, peuvent emprunter différents styles de boxe dans le but de déjouer les attentes de l’adversaire. Ainsi, dans son combat contre le Prince Naseem Hamed, Marco Antonio Barrera a impressionné en tant que technicien alors qu’il aurait pu très bien se comporter en guerrier. Bien évidemment, il avait intérêt dans ce combat à tenir Naseem Hamed à longue portée pour éviter d’échanger avec lui. Mais il faut bien comprendre ici que Barrera possédait les habiletés pour également combattre à courte portée. Son choix était éclairé. S’il avait choisi d’échanger dès le premier round, Barrera aurait couru un énorme risque compte tenu de la puissance du Prince Naseem.

Pour Floyd Mayweather Junior, il est également arrivé d’emprunter un style différent de celui qu’il adopte habituellement. Par exemple, dans son combat contre Zab Judah, Mayweather s’est transformé en bagarreur, se concentrant sur de solides coups qu’il a appliqués au corps de Judah. Ce choix effectué par Mayweather était définitivement le bon, étant donné la rapidité et les qualités techniques de cet adversaire en particulier.

Très récemment, Yves Ulysse Jr s’est également illustré de cette façon dans son combat contre Zachary Ochoa. On sait que Junior Ulysse est reconnu pour son excellent jeu de pieds et ses habiletés à combattre à distance. Mais comme ce combat avait lieu en sol américain, contre un «prospect» local, le boxeur québecois ne pouvait pas compter uniquement sur ce qu’il fait habituellement pour l’emporter. Il a donc dû très tôt dans le combat se transformer en «pressure fighter». Ainsi, c’est la variété dans sa façon de combattre qui lui a permis non seulement de remporter le combat, mais d’impressionner un grand nombre de commentateurs sportifs.

Ce qu’il convient de tirer de ces exemples, c’est que Barrera et Mayweather tout comme Junior Ulysse n’ont pu improviser un tel changement de style. Car il est impossible pour un boxeur, quel qu’il soit, de procéder à des modifications aussi majeures, sauf si elles ont fait l’objet de longs et laborieux entraînements au gymnase. Par conséquent, n’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur la perception que l’on doit entretenir à l’égard des styles de boxe? De profonds changements se sont déjà opérés dans la boxe. De moins en moins, on assiste à des combats où les boxeurs tiennent résolument à adopter un seul style de boxe. Cette transformation n’est pas anodine même si ce ne sont pas tous les entraîneurs qui reconnaissent ce fait.

L’éclatement des styles de boxe

La boxe classique nous a habitué à des combats mémorables dans lesquels la très grande majorité des belligérants maîtrisaient un style unique. Par conséquent, ces boxeurs n’avaient alors pas d’autre choix que de tenter d’imposer ce style à l’adversaire. Pour les amateurs de boxe, même si le résultat était incertain, la «forme» de ces affrontements était par ailleurs prévisible et bien définie. Aussi, ces manières de combattre très focalisées favorisaient le coté «spectacle» de la boxe. Ceci explique en grande partie le vent de nostalgie qui souffle de nos jours sur ce sport.

Or, il faut bien admettre que l’époque actuelle est marquée par des transformations importantes. Ainsi, lorsque manifestement dans un combat, vouloir imposer son style ne mène nulle part, alors le boxeur (du moins le boxeur élite) modifiera sa stratégie et tentera d’exploiter les failles de l’adversaire. Dans un tel cas, l’objectif sera d’opter pour la façon de combattre qui offre la possibilité de briser le momentum de l’opposant. Bien évidemment, cela aura pour effet dans certains cas de compromettre la qualité du spectacle. Ainsi, on assistera parfois à de simples ajustements alors qu’à d’autres moments, ce seront des changements majeurs qui interviendront au niveau du style de boxe.

À l’époque «old school», les styles de boxe étaient facilement identifiables. On les reconnaissait aisément d’après une nomenclature plutôt simple (le pur boxeur, le boxeur qui met de la pression, le contre-attaquant, le boxeur-cogneur, etc…) De nos jours, quoique ces styles demeurent intéressants pour identifier le profil de base d’un boxeur, ce serait une erreur de vouloir l’enfermer dans un seul style. Dépendamment des habiletés et des faiblesses de chacun, il se peut qu’un combattant veuille transformer radicalement son style pour tirer profit de la vulnérabilité de son opposant.

Repenser les styles de boxe

Au plus fort de sa période «old school», les styles de boxe étaient généralement considérés comme «entier». Ceci signifiait que le boxeur devait compter uniquement sur les avantages procurés par son style de boxe. Du coup, ce boxeur devait également s’astreindre à en accepter les limitations.

Par exemple, le «pur boxeur» dont les forces étaient concentrés sur le jeu de pieds, la vitesse des longs coups droits et les esquives accusait par ailleurs les limitations inhérentes à ce style de boxe. Ainsi, tout se passait bien pour ce boxeur dans la mesure où il parvenait à contrôler le ring. Mais lorsque l’adversaire réussissait à couper la distance et à s’amener à courte portée, alors le «pur boxeur» se retrouvait sans alternative. Comme il n’avait aucune maîtrise des blocages, il devenait littéralement sans défense et compte tenu qu’il ne savait pas utiliser les crochets et les uppercuts avec efficacité, il n’avait même pas l’option de contre-attaquer pour se sortir d’embarras.

mohamed-ali poing devantMuhammad Ali apparaît certainement comme étant le «pur boxeur» par excellence. Chez lui, autant les qualités propres à ce style étaient éblouissantes, autant les limitations inhérentes à sa façon de combattre s’avéraient flagrantes. Or quelques années plus tard, Sugar Ray Leonard empruntait le style d’Ali, mais sans les limitations. Ainsi, les crochets de Leonard étaient tout aussi efficaces que ses coups droits. De plus, ses blocages et ses parades s’avéraient aussi percutants que ses esquives. Enfin, lorsque requis, Leonard pouvait combattre autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ici, ma comparaison entre Ali et Leonard n’a pas pour but de remettre en cause le génie de celui que plusieurs surnomment «le plus grand»; il n’est question que de styles de boxe. Force est cependant d’admettre que Ray Leonard a fait fi des limites que s’étaient imposés avant lui les «purs boxeurs».

Conclusion

On a sûrement compris de mon analyse que l’objectif était d’abord et avant tout d’ordre pédagogique. En tant qu’entraîneur (et formateur), je me sens particulièrement concerné par les diverses approches à adopter pour amener les athlètes à se dépasser. Ainsi, je crois profondément que l’apprentissage de plusieurs styles de boxe offre sur ce plan de meilleures garanties de succès que si nous nous limitons à un seul style.

Mais encore, faut-il éviter ici de restreindre chacun de ces styles en se disant à propos de leur contenu : «c’est à prendre ou à laisser». Je dirais plutôt au sujet de tous les éléments techniques qui les composent : «il y a à prendre et à laisser». Dans cette optique, les styles de boxe ne sont ni achevés, ni immuables. Au contraire, ils peuvent être soumis à toutes sortes de modifications au gré des circonstances et des particularités en cause. Ainsi, il revient aux entraîneurs de procéder à l’égard des styles de boxe à une sorte de chirurgie afin de leur greffer certains ajouts techniques essentiels tout en leur amputant ceux qui les gangrènent.

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