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Batyr Jukembayev continue son ascension vers le sommet

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Par Simon Traversy

Il y a quelque chose de presque magique lorsqu’on assiste à un événement sportif tant entendu. On sent l’électricité dans l’air. Il y a du plus et il y a du moins à vivre Montréal, mais lorsqu’il est question d’assister à un spectacle, à une partie des Canadiens de Montréal ou encore à un gala de boxe, Montréal est vraiment dur à battre. Une grande soirée de boxe en perspective nous attendait, donc j’ai décidé de m’habiller en conséquence. J’ai sorti mon nouveau complet tout noir, 3-pièces style «John Wick», j’ai astiqué mes chaussures, et je me suis dirigé au centre MTelus avec le sourire d’un gamin qui venait de rencontrer le père Noël.

Lorsque Batyr rime avec démolir

C’est un beau pléonasme que de se nommer Batyr et démolir pratiquement chaque adversaire qui se trouve sur son passage. Vendredi soir, le prodigieux Batyr Jukembayev (10-0-0,9 KO) à continuer son impressionnante ascension en disposant du coriace routier José Emilio Perea (24-9-0,15 KO) en moins d’une ronde. À regarder la fiche de Perea, on pourrait être tenté a priori de froncer les sourcils et de sortir un «Batyr lance un coup au corpsbof» suivi d’un «mouain ok». Toutefois, il ne faut pas oublier que Perea s’était préalablement rendu à la limite contre le doué Junior Ulysse le 28 janvier dernier au Centre Bell, ce même Ulysse qui était la tête d’affiche du gala de vendredi soir dernier. Il faut également se rappeler que Perea avait même réussi à remporter une victoire à l’arrachée (décision partagée) contre David Théroux il y a un an et demie. Donc, le vétéran Mexicain semblait en avoir plus qu’assez sous la cravate pour offrir une bonne opposition à l’étoile montante Kazakhe. Eh bien détrompez-vous : le Québécois d’adoption n’en a fait qu’une bouchée après lui avoir assené un violent coup au foie, le seul coup qui ne pardonne presque jamais en boxe professionnelle.

Sage décision

Perea souffrantCe n’est pas des blagues : juste avant que le combat ne débute, j’étais en train de texter une belle italienne. J’avais presque terminé d’écrire mon texte que la cloche a sonné pour signaler le début du combat. Il me restait environ 4 ou 5 mots à écrire avec d’appuyer sur «send». J’allais terminer mon texto, croyant (à tort bien entendu) que j’aurais tout le reste du combat pour admirer les prouesses de «l’enfant prodige». Erreur. Dès la première lettre inscrite, ça l’avait déjà commencé à brasser quelque peu. Je me suis dit que ça n’allait peut-être pas faire long feu après tout. J’ai donc décidé qu’il valait mieux terminer mon texto entre les rondes. Sage décision. À peine une fraction de seconde après avoir déposé mon téléphone sur la table, Perea était déjà au tapis à grimacer à se tortiller de douleur. Bref, pour les sportifs de salon se réunissant chez des amis pour regarder les combats de boxe à la télévision, voici quelques conseils pratico-pratiques afin d’apprécier pleinement le talent de Jukembayev sans jamais manquer une seconde d’action :

  1. L’hôte doit saisir tous les appareils électroniques à l’entrée
  2. La pizza doit être livrée et le maïs soufflé préparé au plus tard lorsque Pierre Bernier débute les présentations
  3. Oubliez la bière dans le frigidaire même si votre frigidaire se trouve qu’à quelques pieds. C’est trop long et trop loin. Mettez plutôt une glacière à pique-nique dans le milieu du salon et pratiquez-vous à prendre votre bière sans jamais baisser les yeux.

Un champion en devenir

batyr-jukenbayev-et-stephane-laroucheOutre David Lemieux, de tous les poulains de Camille Estephan que j’ai eus le privilège de voir en action, Batyr Jukembayev est celui qui, à mon humble avis, coure la meilleure des chances de devenir champion du monde un jour. À l’intérieur du ring, Jukembayev a été parfait jusqu’ici. Ses détracteurs auront beau mentionner que son menton n’a jamais été testé, je ne crois pas que cela empêche son entraîneur Stéphan Larouche de dormir la nuit, surtout si c’est le seul point d’interrogation. Il est rapide, possède une excellente technique, beaucoup de puissance, il est fougueux et spectaculaire, et il a le corps sculpté comme Bruce Lee. Jukembayev est non seulement un boxeur d’élite, mais également un athlète au sens pur du terme, ce qui n’est pas le cas de tous les boxeurs.

Découvrir Batyr Jukembayev

J’espère seulement qu’à l’extérieur du ring, Batyr saura suivre les traces de Lucian Bute plutôt que celles d’Artur Beterbiev. Bute a adopté pleinement la culture de la «Belle Province» : il a appris le français alors que Beterbiev sait à peine dire «oui», «non», et «merci» dans la langue de Molière et ce, après avoir vécu presque cinq ans à Montréal. Autrement dit, Bute a permis aux Québécois de le découvrir pleinement en faisant lui-même un effort pour s’intégrer. Je dis cela, car avec son talent et son sourire de gamin de 10 ans nous rappelant son homologue Kazakh, Gennady Golovkin, Jukembayev à tous les ingrédients pour devenir l’enfant chéri des Québécois.

Batyr Jukenbayev Yves Ulysse et David ThérouxJe ne dis pas ici qu’il doit nécessairement marier une Québécoise, s’ouvrir une poutinerie, ou encore moins courir à moitié à poil sur les plaines d’Abraham en criant : «VIVE LE QUÉBEC LIBRE!» vêtu seulement du drapeau national. Non, loin de là. L’idée n’est pas de le distraire, encore moins par des causes politiques. L’idée est de le mettre juste un p’tit peu plus à l’avant-plan afin de créer un rapprochement, une familiarité entre Jukembayev et le public québécois. Ne serait-ce que quelques phrases prononcées en français à chaque entrevue et ce, sans l’assistance d’Anna Reva à titre d’interprète, et le tour serait joué. Les Québécois ont davantage tendance à saluer l’effort dans l’imperfection, que la perfection sans effort.

La barrière linguistique éloigne automatiquement le boxeur et le public et de surcroît, le public a du mal à accepter pleinement le boxeur, aussi talentueux qu’il puisse être. C’est malheureusement le cas de Beterbiev où son insularité, son impatience à vouloir devenir champion le plus rapidement possible, ainsi que ses litiges judiciaires à droite et à gauche ont tout fait sauf aider sa côte de popularité. Je n’ai d’ailleurs jamais compris ses choix car il me semblait portant entre bonnes mains : je poserais bien la question à son ancienne gérante afin d’avoir son avis, mais je n’ai aucunement envie de prononcer le nom maudit et de me retrouver à l’hôpital à passer mes vacances de Noël aux soins intensifs.

batyr JukembayevEn revanche, un boxeur étranger qui s’essaie, malgré un accent épais comme un dictionnaire, saura facilement gagner le cœur des Québécois. Batyr «777» Jukembayev n’a pas encore atteint son plein potentiel, à l’extérieur du ring comme à l’intérieur du ring; mais un coup que ce sera fait, il deviendra rapidement la tête d’affiche des futurs galas de boxe et ce, pour plusieurs années à venir.

Batyr Jukembayev est voué à un bel avenir et si son clan joue bien son jeu, je le vois aspirer aux grands honneurs d’ici deux ans, peut-être même moins. Estephan & Cie n’ont qu’à le garder occupé et Jukembayev n’a qu’à continuer de planter ses adversaires et il sera sacré champion bien assez tôt. Dans mon prochain article, je ferai un retour sur le baptême de feu reporté de la boxeuse Kim Clavel ainsi que le baptême de feu réussi de Vincent Thibault.

Batyr Jukenbayev champion IBO

2 Comments

  1. Pingback: Un baptême de feu réussi, un autre remis

  2. Pingback: Steven Butler et Simon Kean : Mes deux coups de gueules

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