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Bute-Alvarez, nos entraîneurs donnent leur avis

Bute Alvarez le duel

Par Jean-Luc Autret

L’équipe de 12 rounds est fière de compter parmi ses nombreux collaborateurs deux entraîneurs d’expérience : Rénald Boisvert et François Duguay. L’un est à Montréal et il est associé à Eye of The Tiger Management via les Steven Butler et Yves Ulysse Jr, alors que le second s’est installé à Québec en 2008 et il sera bien occupé vendredi en étant dans le coin des Sébastien Bouchard et Éric Martel.

Dans le but de rafraîchir la formule des analyses que l’on vous propose régulièrement depuis longtemps, nous avons mis à contribution nos deux entraîneurs en résidence en les questionnant sur des aspects bien spécifiques sur le duel Bute-Alvarez. Voici ce que ça donne.

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12 Rounds : Les 2 boxeurs sont reconnus pour être des techniciens, peut-on s’attendre à un combat où les deux souhaitent jouer la contre-attaque ? Celui qui se portera à l’attaque sera-t-il désavantagé ?

François Duguay: Effectivement les deux boxeurs sont plus à l’aise en contre-attaque. On peut s’attendre à voir beaucoup de feintes dans les deux premiers rounds pour forcer l’adversaire à se compromettre. Parfois, le contre-attaquant qui passe à l’attaque se met en danger, mais dans ce combat-ci, je m’attends à ce qu’Alvarez mette plus de pression dès le début du combat parce qu’il voudra gagner nettement les premiers rounds et imposer son rythme sans tarder.

Rénald Boisvert : Il est vrai que Bute et Alvarez sont de très bons techniciens. Comme ce sont tous les deux des contre-attaquants, on pourrait s’attendre à une sorte de jeu d’échecs. Mais si c’était le cas, ce serait un combat qui pourrait être ennuyant. Je crois plutôt que tous deux voudront impressionner les partisans et influencer la décision des juges. Pour cela, ils devront sortir de leur zone de confort. À la question de savoir si celui qui se portera à l’attaque pourrait être désavantagé, je répondrais que cela pourrait lui causer un certain désavantage, mais pas suffisamment grand pour dissuader celui des deux qui se lancera à l’attaque. Ce serait plus dommageable pour des boxeurs inexpérimentés. Mais comme ils possèdent tous deux une bonne expérience, je crois que leur entraîneur respectif n’hésitera pas à leur demander de se porter à l’attaque, notamment si l’un des deux était dans une situation où il devait provoquer un revirement.

12 Rounds : Lucian est reconnu pour être un slow starter. À presque 37 ans, peut-il réellement changer et être agressif dès le début du 1er round ?

DeGale Bute en actionFrançois Duguay: Je serai très surpris que Lucian Bute soit différent à ce qu’il nous a habitué. Être agressif dès le début, ce n’est pas dans le style de Bute. Comme le dit le proverbe, chassez le naturel, il revient au galop. L’ancien champion IBF devrait prendre son rythme de croisière vers le 5e round, particulièrement si le Colombien n’a pas été capable de l’ébranler avant cela.

Rénald Boisvert : Comme Alvarez lui-même, Lucian Bute est un slow starter. Par conséquent, je ne crois pas que ce sera cet élément qui sera le plus déterminant dans ce combat, à moins que Alvarez nous surprenne en étant plus offensif (et actif) qu’il ne l’a été jusqu’à maintenant. C’est sûr qu’Alvarez aurait intérêt à se montrer plus menaçant compte tenu de son plus jeune âge. Mais je pense qu’Alvarez aime bien prendre son temps et ainsi mieux contrôler le déroulement du combat. Mais dans la mesure où aucun des deux ne changeait sa façon de se battre, ce que je suppose, on pourrait assister à un début de combat difficile à juger.

12 Rounds : Eleider Alvarez a très bien paru à Monaco et à Chicago avec 2 KO, par contre, il a enchaîné 7 décisions, parfois terne, au Québec. Comment aider un boxeur a bien gérer la pression locale et briller de tous ses éclats le soir du combat ?

Alvarez vs BerridgeFrançois Duguay: Selon moi, le lieu d’un combat n’a pas d’importance. Je m’efforce toujours avec mes boxeurs que l’emphase soit mit dans le moment présent et que le boxeur soit pleinement concentré sur sa mission. Je ne suis pas de la philosophie du silence total et de la boite hermétique autour du boxeur. Je suis plus du genre à détendre l’atmosphère et à changer les idées de mon boxeur. La préparation pour un combat c’est un long marathon qui se travaille avec plusieurs spécialistes (alimentation, préparation physique, séance vidéo, répétition technique), ce n’est pas dans la dernière heure avant un combat que l’on chambarde tout ça.

Rénald Boisvert : Le sentiment qu’un boxeur éprouve, soit cette crainte de ne pas bien faire, souvent a pour conséquence de provoquer une forme d’hésitation dans le combat. Lorsque la pression est forte, il arrive que le boxeur soit plus hésitant. Dans ce cas, la partie n’est pas facile pour le boxeur. Il doit trouver en lui-même la force de surmonter la pression. Je suis certain qu’Alvarez a été bien préparé face à cette éventualité. L’expérience acquise depuis ses débuts professionnels devrait aussi l’aider à affronter la pression. Mais paradoxalement, il se peut aussi que lors du combat, cette même pression favorise un regain d’énergie.

12 Rounds : En novembre, l’équipe de Bute visait un championnat du monde à 168 livres, puis une semaine plus tard, le plan change et c’est Bute-Alvarez. Avec 3 mois de préparation, Bute peut-il être au maximum de ses capacités et avoir pris plusieurs livres de muscles ?

Howard Grant, Lucian Bute, Éric Martel et Francois DuguayFrançois Duguay : C’est bien connu Lucian Bute est toujours un gars en forme, il n’a jamais une grande perte de poids à faire au début de ses camps d’entraînement. Je ne crois pas que son équipe a travaillé à lui faire gagner de la masse musculaire en trois mois. J’ai l’impression qu’il aura simplement une moins grande déshydratation à faire que s’il se battait à 168 livres. Au lieu de perdre une douzaine de livres, il n’aura qu’à se libérer de 5 livres d’eau. Bref, l’épreuve de la pesée sera facilitée.

Rénald Boisvert : Je n’ai aucun doute que trois mois ont été une période de temps suffisante pour ajuster le poids de Lucian Bute. Ce n’est pas comme s’il avait été un  »petit 168 ». Pour Lucian Bute, cela aurait sûrement été plus difficile de faire le poids à 168 que de se préparer en vue d’être un  »vrai 175 ».

12 Rounds : Alvarez a obtenu 7 victoires par décision lors de ses 10 derniers combats. Est-ce que Alvarez a la force de frappe pour se faire respecter ?

eleider Alvarez à l'entrainementFrançois Duguay : Oui, Alvarez a une bonne force de frappe, par contre, Bute est très bon pour modifier sa distance grâce à son jeu de pied. La force de frappe est un élément qui varie beaucoup selon la distance. Si on est trop proche, le coup manque de puissance et, évidemment, trop loin on rate la cible. Le timing est, selon moi, l’un des éléments clés pour le futur gagnant de ce duel. Celui qui va trouver le plus rapidement la bonne précision de son timing sera fortement avantagé.

Rénald Boisvert : C’est une erreur de penser qu’Alvarez n’a pas la force de frappe pour se faire respecter. Au contraire, on remarquera que tous ses adversaires ne se lancent pas sur lui. C’est ce que ses adversaires feraient s’il ne cognait pas. Par ailleurs, il faut dire qu’en général, plus on avance dans une carrière, moins les ko sont nombreux. De plus, Alvarez n’est pas ce genre de boxeur qui aime prendre des risques. Il est donc normal qu’il n’obtienne pas un grand nombre de ko. Mais il ne faut déduire de ceci qu’il ne parviendra pas à se faire respecter dans le combat qui l’opposera à Bute.

12 Rounds : La dernière victoire significative de Lucian remonte à novembre 2011 contre Glen Johnson. Croyez-vous que ces 2 dernières performances démontrent qu’il a tout ce qu’il faut mentalement pour vaincre Alvarez ?

Badou Jack VS Lucian ButeFrançois Duguay : Sans aucun doute, Lucian s’est fait toucher solidement face à DeGale et Jack. Si sa confiance n’était pas revenue pleinement, il est clair qu’il ne se serait pas rendu à la limite. Il n’est plus le même boxeur que l’on a vu contre Jean Pascal. Le gaucher a retrouvé toute sa confiance en lui.

Rénald Boisvert : Il est difficile de séparer la partie mentale du reste de la personne, à moins qu’on connaisse extrêmement bien cette personne. Pour Bute, c’est davantage l’âge qui sera le principal obstacle dans son combat contre Alvarez.

12 Rounds : Eleider est entraîné par Marc Ramsay, qui a dirigé Pascal contre Bute. Est-ce que ça donne un réel avantage à Alvarez, outre qu’un plus mental ?

yvon-michel-eleider-alvarez-et-marc-ramsayFrançois Duguay : La présence de Marc peut aider, mais chaque boxeur est différent. Alvarez et Pascal n’ont pas les mêmes outils et ils ont des forces différentes. Même lorsqu’il y a un combat revanche avec les mêmes entraîneurs ont à parfois droit à un combat complètement différent. Bref, c’est un avantage négligeable.

Rénald Boisvert : C’est sûr qu’il y a un certain avantage puisque Marc Ramsay est un excellent entraîneur en plus d’être particulièrement intelligent. Par contre, Bute a apporté des changements à sa façon de boxer. Notamment, lors de ses derniers combats, il s’est montré comme un boxeur de volume plutôt qu’un boxeur recherchant la puissance. Alvarez et son entraîneur devront prévoir ce changement et s’y adapter.

12 Rounds : En rafale, selon vous, quel est le boxeur le plus rapide? Le plus fort techniquement ? Le plus puissant ?

Poids Bute AlvarezFrançois Duguay : Malgré qu’il soit un peu plus vieux, je donne l’avantage à Lucian pour l’aspect vitesse. Au niveau de la qualité technique des deux boxeurs, je crois que l’on assiste à une égalité certaine, je suis incapable de trancher. Pour ce qui est de la question de la puissance, ça reste un mystère pour moi. Je m’attends à un combat très serré qui risque d’aller d’un côté pendant les six premiers rounds puis d’aller de l’autre dans la deuxième moitié du combat, pour finalement finir par une décision partagée ou majoritaire ou encore par un verdict nul.

Rénald Boisvert : Plus jeune, Lucian Bute aurait été le plus rapide. Mais compte tenu de son âge, les deux boxeurs me semblent être comparables au niveau de la rapidité. Quant aux aspects techniques, je donne un très léger avantage à Alvarez; mais tellement léger que ce ne sera certainement pas ces éléments qui vont être déterminants dans le combat. Enfin, en ce qui concerne la puissance, j’aurais normalement donné l’avantage à Lucian Bute. Mais comme il semble être devenu un boxeur de volume de coups, leur puissance respective risque d’être plutôt comparable. Pour conclure, je crois que c’est le deuxième effort qui tranchera entre ces deux boxeurs. Lequel sera le plus disposé à souffrir?

12 Rounds : Yvon Michel a annoncé hier que seulement 5000 billets étaient vendus alors que l’objectif était du double. Considérant que la dernière foule de plus de 10 000 amateurs a eu lieu lors de Pascal-Kovalev 1, il y a deux ans, croyez-vous que la boxe est en déclin ou que les gens préfèrent se tourner vers leur salon?

François Duguay : Je crois que la base des fans est toujours là, par contre l’influence des streamings a beaucoup d’impact. La popularité des bars sportifs et l’attrait de commander le gala chez soi entre chums diminuent aussi les assistances. Enfin, évidemment, le bassin de fans de boxe à Québec est moins grand qu’à Montréal, ça aussi des répercussions dans les assistances ici.

Rénald Boisvert : Je ne crois pas qu’il y a un déclin de la boxe, mais effectivement les salles sont de plus en plus difficiles à remplir. J’ai l’impression que la migration vers le salon est quasiment inarrêtable. Les coûts sont tellement moindres en groupe dans un salon que se rendre dans un amphithéâtre.

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