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Deontay Wilder à la croisée des chemins

Deontay Wilder

Par Simon Traversy

Pour l’une des rares fois en plusieurs années, de multiples champions se partagent désormais les quatre titres majeurs chez les poids lourds. Le Britannique Anthony Joshua est le seul champion unifié du lot, possédant le titre IBF, et ayant remporté dernièrement le titre vacant WBA après avoir stoppé Wladimir Klitschko au onzième engagement de leur dernier combat. Le boxeur néozélandais Joseph Parker détient la ceinture WBO depuis décembre dernier et enfin, l’Américain Deontay Wilder détient la ceinture la plus prestigieuse de toutes, soit la ceinture WBC, qu’il a ravie des mains de Bermane Stiverne en janvier 2015. Dans cet article, nous ferons une analyse de la carrière de Deontay Wilder et du choix qu’il aura à faire dans les mois à venir.

Deontay Wilder en résumé

Deontay Wilder et sa fille

L’actuel champion des poids lourds WBC possède une bonne force de frappe, il a «d’ la gueule» et sa technique de boxe est respectable tant et aussi longtemps qu’il ne s’emporte pas durant le combat. Il commence d’ailleurs à boxer sur le tard, soit en 2005, après avoir mis les pieds pour la première fois au Skyy Boxing Gym situé à Northporth, en Alabama. Wilder a déjà presque 20 ans. Wilder s’est désespérément tourné vers la boxe afin de financièrement subvenir aux besoins de sa fille Naieya, atteinte d’une malformation de la colonne vertébrale nommée Spina Bifida.

Sous la tutelle de Jay Deas, qui est toujours son entraîneur en plus d’être son gérant, Wilder progresse à une rapidité vertigineuse. Du haut de ses 6 pieds et 7 pouces et de ses 83 pouces de portée, Wilder possède le gabarit parfait pour exceller. En 2007, Wilder remporte notamment les gants dorés au niveau national après seulement 16 combats amateurs. Toujours en 2007, Wilder remporte également les championnats nationaux américains dans la catégorie des 91kg (moins de 201lbs). À son vingt-et-unième combat, Wilder réussit à se tailler une place sur l’équipe olympique américaine et s’envole vers la Chine où il remportera une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Beijing. Il est d’ailleurs le seul boxeur américain à retourner au pays avec une médaille autour du cou.

deontay-wilder JOPar la suite, Wilder entame sa carrière professionnelle plus tard durant la même année. J’ai ainsi beaucoup d’admiration pour son cheminement, pour la raison qui l’a motivé à ne jamais abandonner (sa fille), ainsi que pour le succès qu’il a connus au cours des deux dernières années, soit depuis qu’il a été sacré champion. Depuis qu’il a remporté le titre WBC, Wilder a réussi à défendre sa couronne sans trop de difficulté. Ses dénigreurs iront même jusqu’à dire que dans l’ensemble, la vaste majorité des adversaires qu’il a affrontés étaient plutôt médiocres, pour ne pas les qualifier carrément de «vrais jambons».

La faible opposition qu’il a connue nous rappelle drôlement le parcours que notre fameux Adonis Stevenson a lui-même connu depuis qu’il est devenu champion des mi-lourds en 2013. À la décharge de Wilder, le calibre est nettement inférieur dans sa catégorie alors que la qualité des pugilistes dans la catégorie de Stevenson est bien plus élevée. Wilder fêtera son trente-deuxième anniversaire en octobre prochain, ce qui veut dire qu’il s’apprête, lentement mais sûrement, à sortir de son apogée.

Les choix de Wilder

Il va s’en dire que Wilder n’a donc pas de temps à perdre. À vrai dire, il devra faire le point sur son avenir et commencer à se demander comment il aimerait qu’on se rappelle de lui lorsqu’il accrochera les gants pour de bon. Je dis cela, car lorsqu’on regarde sa feuille de route, il n’y a vraiment pas de quoi se «garocher sur les murs». Deux choix importants s’imposent donc pour l’Américain: d’une part, Wilder pourrait préserver le statut quo et continuer d’affronter des adversaires de piètre qualité tout en engraissant son fond de pension. Il ne fera jamais sauter la banque à la Floyd Mayweather, mais il n’aura jamais à se soucier non plus de ses vieux jours.

anthony-joshua champion unifiéD’un autre côté, le champion surnommé « The Bronze Bomber» pourrait prendre un risque calculé et jouer ainsi le tout pour le tout en affrontant les autres champions de sa division, soit Anthony Joshua (IBF-WBA-IBO) et Joseph Parker (WBO). S’il choisit la plus facile et la moins risquée des deux options, c’est-à-dire la première, Wilder tirerait sa révérence avec toute sa tête, la santé, ainsi que les poches pleines. Toutefois, ses plus grands détracteurs remettraient constamment sa crédibilité en question, ce qui fut le cas de Wladimir Klitschko jusqu’à tout récemment et ce qui actuellement le cas de notre «Superman» favori. Contrairement à Klitschko qui n’avait aucune réelle opposition pour le mettre au défi jusqu’à tout dernièrement, Wilder, quant à lui, à quelques adversaires intéressants auxquels il pourrait se frotter s’il devait en décider ainsi.

Le dernier des Mohicans

Il n’y a pas si longtemps, la loi non-écrite le monde de la boxe était d’affronter les meilleurs des meilleurs à leur meilleur. Les champions d’antan n’hésitaient pas à mettre au défi les autres champions de leurs divisions respectives, ou du moins, d’affronter leurs aspirants numéro un sans hésitation. La boxe était alors un sport où le respect et l’honneur avaient préséance sur tout, même l’argent. Aujourd’hui, c’est le contraire: les boxeurs sont devenus davantage des hommes d’affaires que des pugilistes, surtout lorsque le fric commence sérieusement à être intéressant («Money talks, bullsh*t walks»).

Hopkins ShumanovLes champions d’aujourd’hui sont tous très braves sur les divers réseaux sociaux, devant un microphone, ou devant les caméras, mais lorsque vient le temps de signer le contrat en vue d’affronter un adversaire potentiel de taille, c’est une toute autre histoire. Les boxeurs d’aujourd’hui faisant partie de l’élite et ayant atteint le statut de superstar ont tendance à tourner les coins ronds et à prendre ainsi le plus de raccourcis possible afin de demeurer champion et de faire sauter la banque. Le risque a malheureusement été supplanté à la fois par l’appât du gain et la sécurité dans tous les sens du terme. Ça fait d’ailleurs déjà un bail que les prima donna de la boxe nous font dormir au gaz en prétextant qu’une fiche parfaite est automatiquement synonyme de carrière grandiose. C’est pourquoi j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Bernard Hopkins.

«B-Hop» n’a jamais eu un style de boxe qui me plaisait personnellement. Toutefois, son cran ainsi que son désir de vouloir coûte que coûte se mesurer aux meilleurs, surtout à des années lumières de son apogée physique, m’ont convaincu malgré tout de suivre ses combats. Hopkins, à cet égard, pourrait bien êtte le «dernier des Mohicans». Si Wilder devait décider de se mettre au défi, il devra le faire sine qua non en affrontant les deux autres champions de sa division. Toutefois, puisque qu’il est le plus âgé des trois, c’est dans son meilleur intérêt de le faire plus tôt que tard. Bien entendu, si Deontay Wilder choisit cette avenue, il aura tout à gagner et certes, tout à perdre. Mais ceci est suppose fairepartie de la «game», même si la boxe est loin d’être un jeu.

L’bon vieux Wlad

Jay Deas, Deontay Wilder, Wladimir Klitschko et Russ AnberPuisqu’Anthony Joshua ne semble pas parti pour accorder une revanche à Wladimir Klitschko, Wilder pourrait être tenté de choisir le grand Ukrainien comme prochain adversaire. Avec deux défaites d’affilée et 41 années de «mileage», Wilder pourrait bel et bien emprunter la recette «Money» (choisir un athlète de renom en pente descendante, pour ne pas dire carrément fini) et se servir de Klitschko comme «tremplin» afin d’améliorer à la fois son curriculum vitae et préparer ainsi la table pour un éventuel affrontement impliquant Joshua ou Parker, ce qui constituerait le premier gros nom à se mettre en dessous de la cravate.

En conclusion

Deontay Wilder a donc un choix à la fois intéressant et important à faire: ou bien il choisit les payes faciles, le fond de pension et les combats pratiquement sans risques en affrontant des adversaires médiocres, ou bien il choisit de prendre un risqué calculé en défiant les deux autres champions de sa division. S’il choisit la première option, il finirait sa carrière avec toute sa tête, son titre en main et les poches pleines, mais il n’aurait jamais le respect des fans, du moins pas à l’unanimité (voire même la majorité des votes). Si toutefois Wilder choisit la seconde option, il aura l’opportunité de laisser sa marque dans la catégorie des poids lourds et de prouver ainsi qu’il est bel et bien un fier compétiteur. Wilder n’est toutefois pas invincible. Il a des lacunes apparentes au niveau de sa technique de boxe. Sa défensive ainsi que sa mâchoire ne sont pas infaillibles non plus, ce qu’Evgeny Romanov a prouvé dans le passé. Alors que Wilder s’apprête à accorder une revanche à Bermane Stiverne, un combat qui est loin de faire jaser jusqu’ici, on ne peut qu’espérer que les gros canons des poids lourds accepteront de s’affronter éventuellement. Toutefois, comme toute autre chose, seul l’avenir nous le dira.

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