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Eye of the Tiger Management : les moments forts de l’année 2018

David Lemieux Camille Estephan et Steven Butler

Par Richard Cloutier

Avec 2018 qui se termine viennent les bilans. Aujourd’hui, dans le deuxième de deux textes portant chacun sur un promoteur local, il est question du duo Eye of the Tiger Management / Interbox. Rappelons qu’hier, nous avons écrit à propos du Groupe Yvon Michel, alors que demain pour débuter l’année, 12 Rounds vous offre ses Prix 2018, une tradition qui en sera à sa cinquième année.

L’année 2018 a été une année de transition pour Eye of the Tiger Management / InterBox. Le promoteur, qui a notamment investi le Casino de Montréal, a vu quelques-uns de ses espoirs s’affirmer et prendre véritablement leur envol, par exemple Yves Ulysse Jr et Steven Butler, alors que d’autres ont trébuché, comme Simon Kean, ou devront prendre un recul pour mieux rebondir, comme David Lemieux.

Les forces en présence

À la suite de sa défaite aux mains de Billy Joe Saunders en 2017, David Lemieux, le David Lemieux sur la balancegénéral et le boxeur le plus accompli de l’écurie EOTTM se devait de revenir en force. Son année 2018 s’est toutefois déroulée en demi-teinte. Il s’est d’abord avéré incapable de faire le poids en mai à Québec et a dû remettre 20% de sa bourse à Karim Achour. Ensuite, s’il a soulevé les passions le 15 septembre à Las Vegas en détruisant Gary O’Sullivan en sous-carte du duel Canelo – Golovkin avec un KO pouvant rivaliser pour le titre de KO de l’année,  cette question liée à la gestion de son poids est revenue le hanter le 15 décembre. Alors qu’il devait boxer dans le principal combat de soutien au choc Canelo-Fielding, il a plutôt pris le chemin de l’hôpital, souffrant de déshydratation sévère. Quelles que soient les raisons expliquant cette situation, on peut imaginer que personne – Golden Boy Promotions et DAZN en tête – ne va envisager à l’avenir d’impliquer Lemieux dans un combat tant qu’elle ne sera pas absolument réglée. Tout laisse heureusement croire que cette question sera réglée. Camille Estephan, qui aime David Lemieux comme un fils, n’a pas caché son inquiétude et prendra tous les moyens pour protéger son boxeur et lui offrir les meilleures conditions de développement.

Cette – coûteuse – situation aurait pu causer des dommages importants à une organisation dotée d’une moins grande profondeur. Toutefois, les efforts importants investis par le promoteur au fil des ans dans le développement de talent font en sorte que d’autres athlètes ont pu s’inscrire dans les classements mondiaux et sont à la veille de s’illustrer sur la scène internationale. On pense évidemment à Yves Ulysse Jr qui a mis la main sur le titre WBC FECARBOX en 2018, en plus de boxer sur le ring du Madison Square Garden sur les ondes de DAZN. Il est présentement classé 6e au WBC, 9e à l’IBF et 11e à la WBO chez les super-légers. Mais aussi au super-moyen Erik Bazinyan de Laval. En cinq combats en 2018, il est devenu champion unifié NABO et NABA et s’est hissé au 3e échelon à la WBO et au 12e à la WBA. Surtout, il a nourri sa popularité locale en disposant par KO de Francy Ntêtu.

Bazinyan est d’ailleurs l’une des principales figures sur lesquelles mise Camille Estephan pour porter son service de télédiffusion par abonnement, Punching Grace. Ce service, lancé en 2014, a été « remasterisé » en 2018 afin de marcher sur la route des DAZN et autre ESPN+. Pour 11 $ canadiens par mois, un abonné a ainsi accès annuellement à un minimum de 50 combats, dont cinq galas majeurs, en plus de nombreux documentaires exclusifs et tous les combats en archive d’InterBox (soit 20 ans de duels impliquant Éric Lucas, Stéphane Ouellet, Adrian Diaconu et Leonard Dorin, notamment). « Punching Grace est là pour développer des boxeurs qui vont battre leurs champions, et à ce moment-là, la plate-forme deviendra mondiale et ainsi très payante pour nous et nos boxeurs », a expliqué Camille Estephan à RDS.ca.

Puis, il y Steven Butler. Le jeune protégé de Rénald Boisvert a littéralement tout cassé en 2018. À seulement 23 ans, il compte déjà 28 combats au compteur et figure au 3e rang à la WBO et au 12e du WBC chez les poids moyens. Remis de sa défaite subie en janvier 2017 aux mains de Brandon Cook, il relève avec brio tous les défis que lui apporte son promoteur – et compte des gains avant la limite sur Lanardo Tyner, Uriel Gonzalez, Jaime Herrera et Carson Jones – sans négliger les rivaux locaux comme nous avons pu le constater lorsqu’il a accepté en 24 heures le défi lancé par Jordan Balmir. Les adversaires locaux se font d’ailleurs de plus en plus rares et à défaut d’un duel contre Francis Lafrenière ou Brandon Cook, qui ne figurent probablement plus dans les plans, on pourrait éventuellement voir Butler affronter Patrice Volny. Ce Montréalais qui est un protégé de l’Ontarien Lee Baxter Promotions figure au 10e rang de la WBO et au 14e rang de la WBA et de l’IBF. Il a disposé en 2018 d’Albert Onolunose pour lui ravir son titre NABO – provenant de Francis Lafrenière – et a remporté la ceinture NABA. Steven Butler détient pour sa part le titre IBO International et WBC Francophone, tous deux remportés en 2018.

EOTTM / Interbox compte aussi dans ses rangs Custio Clayton et le Kazakh Batyr Jukembayev, mais leur statut avec le promoteur est incertain. Dans le cas de Clayton, qui Custio Claytonfigure au 9e rang à l’IBF et au 7e à la WBO – après avoir figuré au 1er échelon – on ignore ce dont il retourne. Après des négociations avec Top Rank, le promoteur avait obtenu pour Clayton une entente de trois combats qui lui aurait rapporté un demi-million et un combat en championnat du monde. Mais celui-ci a plutôt choisi de congédier son entraîneur et son gérant et il est inactif depuis le 26 mai. Quant à Batyr, qui a visité le plancher lors de ses plus récents duels malgré des victoires par KO, il serait mécontent de la directive imposée en regard de son lien avec l’entraîneur Stéphan Larouche.

Rappelons en effet qu’une mésentente «d’ordre philosophique» entre Antonin Décarie, le dirigeant d’InterBox, et l’entraîneur Stéphan Larouche, a mené à une directive demandant le changement d’entraîneur. Cette directive a notamment touché une large part des boxeurs issus des pays de l’Est, dont Ablaikhan Khussainov et Nurzat Sabirov, mais aussi Erik Bazinyan et David Théroux. Celui-ci a demandé à être libéré de son contrat pour cette raison et le promoteur ne s’y est pas opposé. Théroux a livré depuis un combat à Sorel. Interbox a aussi libéré Ablaikhan Khussainov, qui aurait remporté une victoire par KO le 16 décembre dans un combat au Kazakhstan. Il avait disputé deux combats au Casino de Montréal en 2018.

La suite pour 2019

Concernant Batyr Jukembayev, il doit faire le point avec son promoteur en janvier. Si des https://www.youtube.com/watch?v=8_bIQkmMZkg&trumeurs ont évoqué un éventuel affrontement en janvier contre Mathieu Germain, ce duel qui aurait été fort intéressant ne se matérialisera pas immédiatement. Germain, qui est sans doute le prochain espoir du groupe qui s’inscrira aux classements mondiaux – en quatre combats en 2018 il s’est notamment débarrassé de Cam O’Connell au 8e round et s’est emparé du titre IBF nord-américain – a rendez-vous le 26 janvier avec l’Albertain Steve Claggett qui a vaincu Yves Junior Ulysse en 2017.     

Sur cette même carte, le Kazakh Sadriddin Akhmedov, un espoir qui a remporté l’or au Championnat du monde junior des 19 ans et moins de 2016 et qui est susceptible de marquer l’année 2019, pourrait déjà s’emparer à cette occasion de la ceinture mondiale WBC Junior.

Est-ce que Simon Kean saura se relever en 2019 ? Après un spectaculaire KO sur Adam Braidwood en juin à Shawinigan, l’Olympien, qui avait finalement révélé de grandes qualités pugilistiques – vitesse, diversité des attaques – s’est fait surprendre par l’ancien champion canadien Dillon Carman à Québec en octobre alors qu’une place dans le top 10 Mike Moffa et Simon Keanmondial de la WBA et du WBC était à portée de main. Espérons pour le Trifluvien et ses fans que ce recul, qui semble dû à une certaine indiscipline selon les commentaires émis par le promoteur et l’entraîneur de Kean à la suite du combat, sonne le réveil. Chez les lourds, le promoteur compte aussi dans ses rangs un joyau qui pourrait bien très rapidement prendre la place laissée vacante : le Russe Arslanbek Makhmudov. Celui-ci a notamment fait ses classes au sein de la World Series of Boxing et est aujourd’hui entraîné par Marc Ramsay. Son KO aussi rapide que spectaculaire sur Andrew Satterfield à Rimouski a d’ailleurs fait écarquiller bien des yeux.

 

L’année 2018 fut donc une année de transition au cours de laquelle le duo Eye of the Tiger Management / Interbox a consolidé ses fondations pour l’avenir. À cet égard, le promoteur a continué de développer ses liens avec des organisations locales – par exemple à Shawinigan et Rimouski ou plus de 3 000 spectateurs se sont réunis le 24 novembre au Colisée Financière Sun Life – afin de nourrir l’intérêt des amateurs et faire connaître ses boxeurs. Il a aussi lié des partenariats avec des promoteurs installés dans d’autres provinces afin d’y faire également boxer ses espoirs, par exemple en Ontario et en Alberta, avec KO Boxing, ou Erik Bazinyan était la tête d’affiche d’un gala présenté le 14 décembre au Shaw Conference Centre d’Edmonton. Considérant le nombre de boxeurs attachés au promoteur, soit plus d’une vingtaine, ces ententes servent aussi à assurer le développement de ceux-ci en leur offrant des rings où évoluer.

Et ce nombre ne cesse de croître. En plus des boxeurs issus de la filière des pays de l’Est, par exemple le mi-lourd Arutyun Avetisyan (12-0-0) qui a disputé son premier combat local en octobre, mais qui comptait déjà 10 gains à sa fiche, le promoteur signe des espoirs locaux. C’est le cas notamment du Trifluvien Keamy Cloutier Savoie et de Lexson Mathieu, 19 ans, qui vient de conclure une entente de deux ans, assortie d’un minimum de 10 combats et qui fera ses premiers pas professionnels dès janvier au Casino de Montréal. Ces nouveaux talents s’ajoutent donc aux autres espoirs du groupe, comme Kim Clavel qui est déjà un chouchou de la foule et qui pourrait rapidement s’imposer dans le ring. Maintenant, place à 2019 !

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