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Pourquoi Sergey Kovalev est-il un boxeur si redoutable et dominant?

Par Martin Achard

kovalevLe présent article est le premier d’une série de deux que je compte publier avant le second affrontement entre Sergey Kovalev et Jean Pascal, prévu pour le 30 janvier à Montréal. Dans l’article d’aujourd’hui, je vais m’appliquer à faire ressortir quelques éléments du style de Kovalev qui contribuent à le rendre si redoutable et dominant comme boxeur. Puis, dans l’article subséquent, je montrerai ce que Pascal a fait incorrectement lors de leur premier duel, de même que ce qu’il pourrait tenter pour augmenter ses chances de succès lors du combat revanche. D’une façon qui, je le sais, surprendra a priori beaucoup de lecteurs, je vais utiliser comme cadre de mes analyses les leçons contenues dans de très vieux manuels de boxe, entre autres le livre de l’ancien champion mondial des mi-lourds Philadelphia Jack O’Brien, Boxing, paru en 1928.

J’entends facilement les questions que fera surgir dans l’esprit de certains ce choix de cadre d’analyse. Pourquoi s’appuyer sur des vieilleries pour mieux comprendre les qualités de Kovalev comme pugiliste et le choc de styles entre lui et Pascal? La boxe n’a-t-elle pas évolué et ne s’est-elle pas (comme la plupart des autres sports) améliorée depuis les premières décennies du 20e siècle? Quelles pourraient bien être l’utilité et la pertinence de prendre comme sources les anciens manuels?

Arc-of-BoxingSachez d’abord que, selon d’excellents spécialistes, la boxe, comme art de combat faisant intervenir une multitude de composantes techniques et stratégiques, ne s’est pas complexifiée de la période qui va de ce qu’il est convenu d’appeler son «âge d’or» (de 1920 à 1955 environ) à aujourd’hui, mais a au contraire perdu de son raffinement. Il me faudra revenir plus à fond sur ce point dans d’autres articles, mais il me suffira pour l’instant de référer à un livre paru en 2008, The Arc of Boxing, qui expose en détail les nombreuses raisons expliquant ce déclin, et ce, en invoquant les témoignages et les avis éclairés d’un large groupe d’experts, incluant nuls autres que Freddie Roach, Emanuel Steward et Teddy Atlas.

Par ailleurs, j’ai lu suffisamment d’anciens manuels de boxe pour savoir qu’on y trouve exposées des conceptions précises sur ce qu’est la bonne boxe, au sens de la boxe la plus efficace et la plus susceptible de mener à des victoires dans le ring. Or il est frappant de constater à quel point les plus importantes peut-être de ces conceptions correspondent exactement au style pratiqué par Sergey Kovalev. kovalev 2À vrai dire, il n’existe aucun doute dans mon esprit que, si l’on pouvait ressusciter les meilleurs entraîneurs et théoriciens du noble art des années 1890, 1910 ou 1930, la plupart d’entre eux trouveraient que Kovalev est l’un des plus «techniques» et «scientifiques» des boxeurs actuels. L’exemple donné par les succès du boxeur russe peut donc être invoqué pour défendre l’idée que les anciennes conceptions conservent, au moins en partie, leur justesse et leur bien-fondé. En tout cas, elles fournissent une base théorique qui aide à comprendre la façon dont se bat le «Krusher», et qui, comme on le verra, permet même d’expliquer dans une certaine mesure son incroyable force de frappe.

Mais quelles sont donc, demandera-t-on, les composantes du style de Kovalev qu’apprécieraient tant les entraîneurs et théoriciens du passé? Deux éléments ressortent en particulier selon moi. Pour chacun d’entre eux, je commencerai par exposer l’aspect théorique, puis j’illustrerai leur mise en application par l’actuel champion IBF, WBA et WBO des mi-lourds à l’aide de séquences vidéos.

1) L’importance de lancer autant que possible un certain type de coups, particulièrement avec la main avant

Des coups droits, vraiment lourds et puissants

Je devine que plusieurs lecteurs demeurent sceptiques face à l’idée selon laquelle les anciens manuels de boxe renfermeraient des enseignements dont l’importance ou l’intérêt seraient sous-estimés aujourd’hui. Et j’imagine sans peine la réaction qu’ont eue ces lecteurs en lisant le titre et le sous-titre de la présente section, qui font allusion à l’importance de lancer, particulièrement avec la main avant, des coups droits d’un certain type. Un coup droit lancé avec la main avant n’est-il pas un jab? Or qu’y a-t-il de plus banal et de mieux connu en boxe que l’importance du jab? A-t-on véritablement besoin de vieux livres pour jeter un éclairage sur ce point?

101565512Les lecteurs dubitatifs seront donc certainement surpris d’apprendre que les anciens n’étaient qu’à moitié impressionnés par le coup que nous appelons un «jab», et dont la mécanique est expliquée, par exemple, dans l’un des meilleurs manuels modernes, Box Like the Pros de Joe Frazier, publié en 2005. Je cite l’ancien champion du monde des poids lourds: «Dirigez votre poing vers l’avant au niveau de vos yeux. Alors que votre bras se déplie, faites tourner votre poing vers l’intérieur de sorte que, quand votre bras sera complètement déplié, votre paume fera face au sol. Quand votre bras sera déplié, donnez-lui du “snap”, ce qui veut dire ajoutez un peu de vitesse à votre mouvement. Puis ramenez votre bras en ligne droite à sa position de départ».

Selon les anciens, le jab, ainsi défini, avait certes une utilité dans certaines situations, mais il était généralement possible de faire beaucoup mieux que de lancer un jab pour attaquer un adversaire situé à longue distance. Comment? En lançant ce qu’ils appelaient un «lead» (ou quelquefois un «jolt »), c’est-à-dire un coup qu’ils distinguaient aussi clairement du jab que le crochet de l’uppercut, et qu’il est possible d’exécuter autant avec la main avant qu’avec la main arrière.

kovalev 3Voici comment Philadelphia Jack O’Brien explique dans son livre ce qu’est un «lead» de la main avant et la différence entre le «lead» et le jab. Le «lead» est un coup «droit (…) porté avec l’intention de toucher le cible et de faire mal». Par exemple, explique O’Brien au moyen d’une mise en situation, si vous êtes un boxeur droitier, vous pourrez apercevoir au cours d’un combat une ouverture pour un «lead» de la gauche à la tête. «Comme une balle de fusil votre poing gauche s’élancera alors de la position exacte où il se trouve au moment où vous voyez l’ouverture et voyagera en ligne droite vers la mâchoire, la bouche ou le nez de l’adversaire. Au même moment vous ferez un pas court et rapide du pied gauche en direction de votre rival. Votre poing touchera la cible au moment où votre pied se posera au sol. Votre épaule gauche et le côté gauche de votre corps suivront d’une façon bien maîtrisée le mouvement de votre poing, ce qui renforcera son élan et sa force. (…) La quantité de poids que vous arriverez à projeter sur votre pied avant (le gauche) dépendra entièrement de votre précision dans l’exécution du coup. Le plus de poids vous arriverez à projeter avec votre “lead”, le plus de puissance il renfermera». Par contraste, précise celui qui détrôna Bob Fitzsimmons pour le titre des 175 livres en 1905 , le jab «possède moins de force de propulsion»: «il se décoche à partir du coude avec rapidité et autant de force qu’il est possible sans le faire suivre d’une projection du corps vers l’avant».

Autrement dit, le «lead» se distingue du jab par le fait qu’il fait intervenir une projection directe du poids du corps en direction de l’adversaire, ce qui lui confère une puissance considérable, de nature à pouvoir causer des K.-O. Relisez attentivement la définition du jab – parfaitement standard et habituelle – proposée par Frazier et citée plus haut: vous verrez clairement que la projection de poids ne fait pas partie de la conception normale du coup. La force d’un jab n’est produite que par une rotation (de faible amplitude) de l’épaule, ce qui en fait forcément une frappe beaucoup moins puissante.

Philadelphia Jack O'Brien

Philadelphia Jack O’Brien

Je précise un point, afin d’éviter un malentendu. Lorsque O’Brien parle du «pas court et rapide» qui accompagne le mouvement du bras et du corps caractéristique d’un «lead», il ne parle pas d’un pas vers l’avant ordinaire en boxe, c’est-à-dire d’un simple «step in». Le texte est en effet clair: pour que le coup soit totalement réussi, le pied devra se poser au sol au moment exact où le poing touche la cible, et, surtout, une grande quantité de poids devra être projetée sur le pied avant. Or la simple combinaison «jab-step in» n’implique, pour être réalisée efficacement, aucune de ces deux conditions. L’idée qu’un «step in» accompagnant un jab puisse faire intervenir une projection de poids sur le pied avant est même explicitement rejetée par Frazier dans son livre, qui décrit ainsi la mécanique du mouvement: «Lorsque vous lancez le jab, faites un pas vers l’avant avec le pied avant. (…) Au même moment, votre pied arrière couvrira une distance égale, afin que vous gardiez votre équilibre. Votre poids demeurera distribué également entre la jambe avant et la jambe arrière».

jackdempseyLes lecteurs intéressés à en apprendre davantage sur la mécanique du «lead» (ou du «jolt») pourront se référer au livre publié en 1950 par l’ancien champion des poids lourds Jack Dempsey, Championship Fighting. Explosive Punching and Aggressive Defense, qui en traite de manière détaillée. Retenons pour l’instant deux faits intéressants: selon le monarque des lourds de 1919 à 1926, le «lead» est, ni plus ni moins, «le meilleur de tous les coups»; et la projection de poids sur le pied avant qui lui est associée, et que Dempsey appelle le «falling step», ne peut bien s’acquérir qu’avec le temps et la pratique répétée. En somme, il s’agit d’une technique de boxe avancée et raffinée.

Résumons donc: selon les anciens, le meilleur coup que puisse maîtriser et lancer un boxeur, celui qui est le plus susceptible de lui conférer un avantage déterminant dans le ring, est un coup droit (particulièrement de la main avant) asséné avec une puissance véritable, c’est-à-dire avec le type de puissance qui peut seulement être créé par une projection ou un transfert de poids. Vous remarquerez que, à bien des égards, cette idée a les allures d’une simple évidence. En effet, tous les amateurs de boxe connaissent l’efficacité d’un jab. Or imaginez que le jab, en plus de ses autres qualités, possèderait suffisamment de force pour sérieusement ébranler ou même mettre K.-O. n’importe quel boxeur. N’aurait-on pas affaire à l’arme ultime en boxe? C’est exactement le raisonnement qui est au principe du «lead», un coup dont il faut toutefois apprendre à maîtriser les secrets, entre autres le «falling step».

Des coups droits vraiment droits   

"A perfectly straight right hand!" Vraiment?

« A perfectly straight right hand! » Vraiment?

Un autre point se dégage de la lecture des vieux manuels, et je l’exprimerai d’abord au moyen de quelques boutades. Si on pouvait ramener aujourd’hui les anciens entraîneurs et théoriciens, et leur faire regarder des combats sur HBO, ils seraient certainement estomaqués d’entendre un aussi bon commentateur que Jim Lampley décrire (comme il arrive assez souvent) un coup de la droite où le bras est clairement courbé et le coude nettement sorti comme un «perfectly straight right hand»! En entendant Lampley s’exprimer ainsi, ils penseraient sans doute que le sens du mot «straight» a radicalement changé en anglais, ou que l’illustre commentateur souffre de problèmes de vision. En tout cas, leur surprise serait équivalente à celle qui les saisirait si on leur disait qu’une balle courbe au baseball est droite.

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Un exemple de droite vraiment droite

Je cherche par ces remarques à exprimer le point suivant: selon les entraîneurs et théoriciens du passé, un boxeur se devait pour atteindre l’excellence d’être capable de lancer des coups parfaitement droits, et par «parfaitement droits», ils n’entendaient pas, comme nous en sommes venus à le faire aujourd’hui, «à peu près droits» ou «presque droits», mais bel et bien «PARFAITEMENT droits».

La meilleure façon de comprendre ce qui les poussait à accorder autant d’importance à cet aspect est d’effectuer une comparaison entre la boxe et le combat avec des armes blanches, et particulièrement avec des fleurets. Je signale au passage que cette comparaison est beaucoup plus qu’un exercice de pure imagination ou une vue de l’esprit, car la grande majorité des écoles qui enseignaient le pugilat du Moyen Âge jusqu’au début du 19e siècle enseignaient aussi le combat avec des armes, de sorte que les théories respectives du combat avec les poings et du combat armé s’y sont entrecroisées et entre-influencées. Or il ne saurait faire de doutes que les entraîneurs ou théoriciens de la fin du 19e siècle et du début du 20e subissaient encore l’influence des conceptions plus anciennes. On peut citer à témoin sur ce point le livre de 1914 de l’ancien champion anglais des poids plumes Jim Driscoll, The Straight Left and How to Cultivate It, qui affirme avec assurance que «la boxe est en quelque sorte de l’escrime sans épée», et qu’elle doit donc «suivre les mêmes principes».

Angelo_Domenico_Malevolti_Fencing_Print,_1763Partons donc d’une situation où deux combattants, A et B, devraient s’affronter dans un combat à mort, et possèderaient comme armes des fleurets absolument identiques, courts et de même longueur, et dont les pointes ne seraient que peu aiguisées, tellement peu, à vrai dire, qu’elles seraient généralement incapables de causer des blessures profondes. Supposons aussi que le combattant A ait un entraîneur, qui dispose de quelques jours avant l’affrontement pour donner plus de chances de victoire à son protégé en améliorant son équipement. Que pourrait faire cet entraîneur? Il pourrait tout d’abord bien aiguiser la pointe de l’épée de son combattant, de façon à transformer cette dernière en arme pouvant facilement infliger des blessures profondes, et donc causer la mort d’un seul coup. On remarquera que ce type d’amélioration correspond, grosso modo, à la différence entre le jab, un coup qui n’a pas normalement la puissance pour sonner l’adversaire, et le «lead», un coup qui possède cette puissance. Mais l’entraîneur pourrait également, si la chose s’avérait possible, allonger le fleuret de son protégé, de façon à rendre ce dernier capable de toucher son adversaire à une distance où l’adversaire, lui, est incapable de le faire. Ce type d’amélioration correspondrait, cette fois, à la différence entre un coup qui n’est pas parfaitement droit, et un coup qui l’est.

En bref, les entraîneurs du passé considéraient que les boxeurs devaient apprendre à frapper parfaitement droit afin de maximiser leur portée et de pouvoir atteindre leurs adversaires d’aussi loin que possible. Car comment mieux neutraliser et dominer un adversaire que d’être capable de l’atteindre avec des coups puissants et longs, tellement longs que ce dernier pourrait ne même pas posséder la portée pour répliquer?

Allanson-WinnEn guise de conclusion à cette section, je citerai le livre de 1897 de R.G. Allanson-Winn, Boxing, car il résume bien les points exposés jusqu’à maintenant, en plus de souligner leur caractère technique et leur niveau de difficulté pour l’aspirant pugiliste: «Beaucoup d’attention et de pratique», écrit Allanson-Winn, «devront être consacrées au “lead” de la main avant. Mais si vous passez beaucoup de temps afin de maîtriser complètement ce coup, lancé de façon bien droite, vos chances de succès comme combattant s’en trouveront décuplées. Peu de boxeurs arrivent à maîtriser l’art de frapper parfaitement droit, avec beaucoup de rapidité, et en faisant suivre le mouvement du poing de tout le poids du corps. Mais vous devez faire tout en votre possible pour vous rapprocher autant que possible de cette perfection, que très peu arrivent à atteindre».

L’exemple de Kovalev

kovalev 5Le lecteur qui a eu la patience de suivre mes développements jusqu’ici aura compris depuis longtemps ce que je m’apprête à montrer au moyen de séquences vidéos, à savoir Kovalev qui lance des «leads». Je signale au passage que d’autres observateurs ont fait remarquer, avant moi, que le Russe exécutait dans le ring l’une des composantes essentielles du coup, par exemple Connor Ruebusch dans un article, «Kovalev vs Pascal Analysis: Kontemplating the Krusher», publié sur le site Bad Left Hook avant le premier duel entre les deux hommes. Comme l’avait alors noté à juste titre Ruebusch, «chaque fois que Kovalev met de la puissance dans une frappe, le poids de son corps est transféré presque entièrement sur son pied avant». Mais, de façon remarquable, ce fait n’est pas mis dans l’analyse de Ruebusch en relation avec la technique ancienne du «falling step» ou les prescriptions des anciens manuels de boxe. Bien plutôt, selon lui, cette tendance du «Krusher» serait la preuve incontestable d’un … manque complet de technique! Comme il l’écrit en effet: «L’entraîneur de Kovalev, John David Jackson, a déclaré publiquement que Kovalev possédait déjà sa force de frappe quand il l’a pris sous son aile. Il ne s’agit pas d’un point que Jackson a eu à lui enseigner. Quand on voit le Russe “tomber dans” (fall into) ses coups, il est tout à fait évident que personne n’a jamais pris la peine de lui apprendre comment frapper, du moins d’une manière correcte».

7797441428_e0b532216f_bCes remarques de Ruebusch trahissent probablement une forme de chauvinisme américain, qui ignore à quel point il est un trait culturel russe d’aborder toute forme d’activité humaine (science, art, sport, etc.) de manière rigoureuse et savante. On peut invoquer ici à titre d’exemple la maestria des joueurs d’échec ou des pianistes russes, ou encore le jeu pratiqué par l’équipe soviétique lors de la Série du siècle en 1972 au hockey. Pour ma part, je ne serais pas du tout surpris d’apprendre que, lorsque Kovalev évoluait chez les amateurs en Russie, lui et ses entraîneurs étaient bien au fait des théories contenues dans les meilleurs manuels de boxe du passé, manuels que le système russe avait certainement pris soin de faire traduire depuis longtemps, dans son souci habituel de faire les choses d’une façon érudite, c’est-à-dire en s’appuyant sur une documentation complète. Je concèderais cependant à Ruebusch qu’il arrive à Kovalev, quand il enchaîne plusieurs coups, de trop compromettre sa base et de se retrouver dangereusement en déséquilibre. Et je lui concèderais également que le style du Russe comporte, comme tous les styles de boxe, des forces et des failles, failles qu’un adversaire stratégique et possédant des habiletés précises pourrait exploiter à son avantage. D’ailleurs, je reviendrai sur ce point dans mon second article.

Pour l’instant, revenons à l’essentiel: démontrer que Kovalev lance des «leads». Pour ce faire, j’ai rassemblé dans la vidéo plus bas neuf séquences au ralenti du premier combat Kovalev-Pascal. La quasi-totalité de ces séquences donneront à voir plusieurs coups du Russe, coups qui, bien entendu, ne sont pas tous des «leads», car dans le feu de l’action, différents types de frappes – incluant de simples jabs – se combinent constamment. Un observateur attentif devrait toutefois pouvoir discerner sans trop de difficulté les exemples pertinents renfermés dans chaque séquence.

kovalev 6Il peut être bon de signaler que, comme en toute chose, des différences apparaissent quelquefois entre la théorie et la pratique. Vous verrez ainsi, en certaines occasions, le synchronisme entre les mouvements du pied avant et du poing de Kovalev faire légèrement défaut. De même, dans certains exemples, «The Krusher» ne frappe pas de manière parfaitement droite. Cependant, suffisamment d’extraits montreront clairement sa capacité à maximiser sa portée. Je rappelle d’ailleurs en terminant que cette capacité avait été relevée par Nadjib Mohammedi après sa défaite aux mains de Kovalev, lorsqu’il avait avoué avoir été surpris par la portée effective du champion et son aptitude à atteindre la cible à une distance où, normalement, un boxeur se croit en sécurité.

2) L’importance de feinter

Il me sera possible d’être beaucoup plus bref sur l’autre composante du style de Kovalev qu’apprécieraient au plus haut point les entraîneurs et théoriciens du passé. Cette composante est la tendance du Russe à multiplier les feintes, afin de créer des ouvertures pour ses frappes.

kovalev 7L’importance d’utiliser des feintes en boxe n’est évidemment pas un élément sous-estimé de nos jours, mais il faut comprendre que, dans une optique plus traditionnelle, la capacité de feinter formait système avec la capacité de lancer des «leads». En effet, il est évident que des feintes aideront à placer des coups droits et lourds. Mais, en retour, asséner des «leads» renforcera l’efficacité des feintes. Pourquoi? Tout simplement parce que la capacité de porter des coups puissants à longue distance crée un stress considérable pour l’adversaire, qui se mettra donc à réagir encore plus fortement à différents mouvements. On est donc en présence ici d’une sorte de cercle vertueux, qui confèrera une efficacité extrême à tout boxeur réussissant, en situation de combat, à le mettre en place.

Voici quelques autres séquences qui feront ressortir l’aptitude du Russe à utiliser des feintes pour induire une réaction ou une hésitation chez son adversaire.

Dans mon prochain article, je tenterai d’expliquer comment Jean Pascal pourrait, lors du combat revanche, retourner les meilleures armes de Kovalev contre lui et l’empêcher de pratiquer efficacement le style qui lui a jusqu’ici apporté autant de succès. Autrement dit, nous verrons ce que le Québécois devrait faire s’il veut arriver à dominer le «Krusher».

Crédit photo: PhotoZone

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