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Yvon Michel se souvient de Tiozzo-Lucas!

Par Jean-Luc Autret

Il y a 23 ans aujourd’hui, le 13 janvier 1996, Éric Lucas s’inclinait par décision unanime contre Fabrice Tiozzo à Saint-Étienne en France, dans un combat pour le titre WBC des mi-lourds alors détenu par le Français.

En rappel, 12rounds.ca présente cet entretien tenu il y a trois ans entre Jean-Luc Autret et Éric Lucas ainsi qu’avec Yvon Michel, qui lui ont offerts leurs souvenirs sur cet événement.

«Ce fut une expérience excessivement trippante!», s’est rappelé Éric Lucas. «Je m’étais entraîné intensivement pendant le temps des fêtes et j’avais vraiment confiance en mes chances de gagner. Je suis sorti de cette expérience-là excessivement grandi et ma performance m’a permis d’affronter ensuite le meilleur livre pour livre de l’époque, le célèbre Roy Jones Jr.».

Les révélations les plus étonnantes sont toutefois venues d’Yvon Michel. Ce qu’il m’a raconté est tellement intéressant que le mieux à faire est de lui céder la parole jusqu’à la fin de mon article. Voici donc ce que le célèbre homme de boxe m’a révélé.

11885108_863237427079007_6407535456979926933_n«Ce fut une aventure rocambolesque! Même si j’avais beaucoup d’expérience chez les amateurs, c’était la première fois que j’amenais un boxeur en championnat du monde chez les professionnels. Nous étions conscients que le clan Tiozzo cherchait un adversaire fortement sous-estimé. Au mois d’août précédent, Éric avait perdu un combat à Philadelphie pour le titre NABF face à Bryant Brannon. Il avait démontré beaucoup de ténacité et comme il était classé 9e à 168 livres, il était un adversaire intéressant pour le champion des 175 livres de l’époque.

Durant les semaines précédant le combat, j’avais beaucoup de difficulté à obtenir des informations concernant notre arrivée en France et la façon dont se dérouleraient les choses là-bas. L’agent de Tiozzo, Don Majewski, a fini par me dire qu’il croyait que le promoteur français souhaitait que nous arrivions en France seulement la veille de la pesée. Ayant des contacts avec l’équipe olympique française, j’ai été en mesure d’organiser deux semaines d’entraînement incognito à Paris et, comme le promoteur le souhaitait, nous sommes arrivés à Saint-Étienne le jeudi.

Le lieu du combat

Le lieu du combat

Une fois sur place, Jean-Marc Perronneau, le promoteur de Tiozzo, est venu me parler pour m’informer qu’il y avait un problème d’importance et que le champion pèserait le lendemain 185 livres au lieu des 175 livres qui forment normalement la limite de la division des mi-lourds. Malgré mon manque d’expérience, j’avais pris le temps de bien lire les règlements de la WBC et je savais que dans une telle situation, le titre devait être déclaré vacant, avec l’occasion pour Éric de l’obtenir en cas de victoire.

Mais Perronneau avait un tout autre plan. Il me proposa d’ajouter 10 000 $ à la bourse d’Éric, qui était alors de 100 000$ US (je rappelle qu’à l’époque le dollar canadien oscillait à 65 sous américains), à condition qu’il embarque sur un pèse-personne truqué. J’étais pour le moins estomaqué par la suggestion et je constatais avec dégoût à quel point la boxe professionnelle était corrompue comparativement à la boxe amateur.

Après en avoir discuté avec Abe Pervin, Bob Miller et Éric, je suis retourné négocier avec Perronneau. Je lui ai demandé 20 000 $ au lieu de 10 000 $ et une limite de 182 livres pour Tiozzo, et j’ai exigé que l’ensemble de la bourse d’Éric soit versé en argent la journée même. Après certains compromis, nous nous sommes entendus pour 182 livres et 10 000$ de compensation.

Page du journal La Presse

Page du journal La Presse

Lorsque j’ai reçu un gros sac plein d’argent en coupures de 20$, je suis allé compter ça avec Don Majewski. À ma grande surprise, nous avons trouvé de nombreuses feuilles de papier journal insérées en dessous de deux ou trois 20$. Après que Majewski se soit fâché, j’ai obtenu l’argent manquant et le compte était bon.

Lors de la pesée, Éric devait aussi dépasser les 175 livres, lui qui aurait pu respecter la limite sans problème. Derrière les rideaux, Tiozzo a respecté notre entente à 182 livres, et Éric pesait 178 livres. Devant les médias et sur un pèse-personne truqué, les deux boxeurs ont respecté la limite de 175 livres.

Éric avait eu un excellent camp d’entraînement et il était dans une forme splendide. Il était excessivement confiant en ses moyens et les changements de poids de dernière minute nous laissaient croire que Tiozzo ne s’était pas entraîné tellement sérieusement.

Lorsque nous avons vu le champion approcher du ring, nous avons tous constaté à quel point il était plus massif qu’Éric: il devait peser de 20 à 25 livres de plus! J’ai demandé à mon boxeur de jabber le plus possible dans les premiers rounds et de se déplacer constamment. Après deux reprises, Éric était confiant qu’il pouvait l’atteindre et il s’est mis à échanger coup pour coup. Le désavantage de poids a évidemment joué contre nous et Éric s’est retrouvé au plancher. Je suis passé bien près d’arrêter le combat, mais Lucas a bien géré la situation et les trois minutes se sont écoulées.

Une chronique sur le combat

Une chronique sur le combat

Jusqu’au septième round, Éric a repris sa stratégie de bouger au maximum. À partir du huitième échange, Tiozzo était de plus en plus fatigué et nous nous sommes mis à dominer de plus en plus. Après chacun des derniers rounds, la foule était debout pour applaudir les deux boxeurs. Au terme du combat, nous nous sommes mis à entendre les spectateurs crier Lucas, Lucas! Le clan Tiozzo n’était vraiment pas content. Après avoir entendu la décision des juges (117-110, 118-109 et 119-108, tous pour le champion), Éric a pleuré à chaudes larmes dans le vestiaire: il y croirait tout autant à la fin du combat qu’au début.

Le lendemain, nous avons sabré le champagne au Moulin rouge à Paris. Pour la petite histoire, j’ai raconté l’aventure de la pesée aux gens de la WBC, et nous n’avons plus jamais entendu parler de Perronneau. Par contre, j’avais développé de la confiance à l’endroit de Don Majewski et, deux semaines après le combat contre Tiozzo, on nous proposait un combat contre Roy Jones. L’implication de Majewski dans cette négociation nous a permis de faire plus que doubler la bourse initialement proposée

Crédit photo: PhotoZone

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