Boxe québécoise pour tous les amateurs francophones – 12rounds.ca

Quelques observations sur l’actualité récente. À propos de Dierry Jean, d’Andy Gardiner, de Steven Butler et d’EOTTM.

Par Martin Achard

Dierry Jean, le boxeur le plus talentueux du Québec?

Dierry Jean (26-1-0, 18 K.-O.) a brillamment réussi vendredi soir sa première sortie chez les poids légers en disposant de Mario Perez (15-6-4, 9 K.-O.) par T.K.-O. au huitième round au Centre Pierre-Charbonneau de Montréal, à l’occasion d’un gala organisé par Eye of the Tiger Management (EOTTM).

Ceux qui suivent l’actualité de la boxe sur Facebook auront peut-être pris connaissance d’un très intéressant débat lancé il y a quelques jours sur la page de Boxe Amateur Québec par Richard L’Écuyer. Ce dernier a demandé aux amateurs de commenter l’avis de Renan St-Juste, selon lequel «Dougy Style» est, parmi les boxeurs du Québec, le plus talentueux et le meilleur techniquement.

imagesCAI1YRL4Le propriétaire du Club de Boxe 35 de Repentigny a pris la peine d’intervenir directement dans le débat pour mieux expliquer son point de vue. Il vaut la peine de citer ses explications, qui reposent en partie sur ce qu’il a observé en gymnase et lors de séances de sparring impliquant Jean. Selon lui, «Dierry est celui qui maîtrise le plus d’aspects reliés à la boxe: jab, jeux de jambes, défensive, vitesse (et de très loin), combinaisons, variation des coups, explosions, et intelligence du ring. Bref, il peut tout faire entre les câbles, soit “outboxer” son adversaire à distance, soit le dominer en corps-à-corps».

Personnellement, je trouve difficile de contredire les arguments avancés par St-Juste. Qu’en pensez-vous?

Andy Gardiner: que s’est-il passé?

10452329_663693843700034_6953270835423110389_nLors du même gala où Jean a vaincu Perez, Andy Gardiner (10-2-0, 6 K.-O.) s’est fait passer un retentissant K.-O. au 5e round par le résident d’Orangeville en Ontario, Steve Franjic (12-0-1, 7 K.-O.). Qu’a-t-il bien pu se passer pour que Gardiner, qui avait jusqu’ici donné tous les signes de posséder un solide menton et une bonne endurance, encaisse un tel revers, contre un adversaire qui, de surcroît, n’est pas considéré comme un dur cogneur?

Une partie du mérite revient selon moi à Franjic, qui était manifestement extrêmement bien préparé pour cet affrontement. Ses combinaisons étaient vives et il a su affaiblir Gardiner par ses frappes répétées au corps. «Kill the body and the head will go», comme dit l’adage.

Il est également possible que Gardiner ait souffert d’une usure prématurée, après avoir multiplié depuis deux ans les rounds de sparring contre plusieurs des meilleurs mi-lourds du Québec. Entre autres, sa résilience en combat simulé contre Artur Beterbiev est bien connue et lui a valu le respect de plusieurs acteurs et observateurs du monde de la boxe, mais elle a peut-être prélevé un lourd tribut sur le corps de l’athlète de 26 ans.

10452329_663693837033368_5785082131429071324_nIl demeure toutefois à mon sens que Gardiner n’a pas suffisamment progressé défensivement depuis ses débuts professionnels en juin 2012. Il a donné çà et là des signes d’assimiler les enseignements de son entraîneur, Éric Bélanger, mais sa défensive repose trop sur la technique du bouclier, à savoir l’adoption d’une garde haute pour bloquer les coups à la tête (ce qui a fourni à Franjic l’occasion de le frapper abondamment au corps), et pas assez sur des esquives, c’est-à-dire sur des mouvements de la tête et du tronc. De meilleures esquives lui seraient utiles non pas seulement défensivement, mais aussi offensivement, dans la mesure où elles créeraient des déséquilibres chez ses adversaires, et lui donneraient par conséquent davantage d’ouvertures pour placer ses contre-attaques.

imagesCAYJLM2ISi le natif de Winnipeg a besoin d’être convaincu de l’importance de cet aspect, il n’a qu’à étudier les combats des meilleurs «pressure fighters» du passé, comme Henry Armstrong, Carmen Basilio, Joe Frazier ou Julio Cesar Chavez Sr. Il obtiendrait ainsi des exemples clairs des mouvements défensifs qu’il aurait avantage à ajouter à son arsenal; et il constaterait qu’être un «pressure fighter» de haut niveau suppose en fait un heureux équilibre entre une sorte d’intensité sauvage et une véritable science de boxe, particulièrement en défensive.

Après une aussi cuisante défaite, comment Gardiner pourrait-il remettre sa carrière sur les rails? D’abord, pourquoi ne pas s’inspirer de Dierry Jean et descendre de catégorie de poids, pour se battre chez les 168 livres, une division qui semble plus conforme à son gabarit? Ensuite, après deux ou trois combats pour refaire sa confiance et parfaire sa technique, pourquoi ne pas lancer un défi à Francy Ntetu? Il s’agit d’un duel qui, bien entendu, serait loin d’être gagné d’avance pour Gardiner, mais qui ne tente rien n’a rien… Et quoi qu’il advienne, l’affrontement serait un beau choc local, qui susciterait à coup sûr l’intérêt du public.

Steven Butler: actif comme il se doit

10475998_663677023701716_5655319107518439625_nToujours lors du gala Jean-Perez, Steven Butler (3-0-0, 2 K.-O.) a livré son troisième combat en moins de trois mois, un rythme qui est idéal pour un jeune boxeur prometteur comme lui.

Butler, âgé de seulement 18 ans, est un protégé d’Eye of the Tiger Management. Par comparaison, son partenaire au Club de boxe champion, l’ultra-talentueux Yves Ulysse Jr (2-0-0, 2 K.-O.), qui est déjà âgé de 25 ans et qui a choisi de passer chez les professionnels sous l’égide d’InterBox, n’a disputé que deux combats professionnels depuis le début de l’année, et il ne devrait remonter dans le ring qu’à la fin août.

Il s’agit selon moi d’un exemple de plus qui démontre très clairement qu’Eye of the Tiger Management a, depuis quelque temps, damé le pion à InterBox comme promoteur d’importance et surtout comme force vive de la boxe au Québec.

 

2 Comments

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.