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Audrey Beauchamp : Succès au féminin dans un monde d’hommes

Audrey Beauchamp

Par Simon Traversy

Lorsqu’on demande à monsieur et madame-tout-le-monde d’imager et de qualifier le merveilleux monde de la boxe, les termes «sang», «KO», «coups violents», «frappes dévastatrices», «cicatrices», «blessures», et «coupures», font très souvent partie du jargon populaire. Bref, on ne va pas se le cacher, le monde de la boxe a toujours été, et demeure toujours, un monde où, tout comme dans la grammaire française, le masculin l’emporte. Toutefois, les femmes commencent peu à peu à se frayer un chemin et à se tailler ainsi une place dans l’univers ultra compétitif et souvent sans merci de la boxe professionnelle, où la testostérone coule à flot et où les couteaux peuvent voler très bas.

Laila Ali et Lucia Rijker ne sont que quelques exemples de femmes ayant réussi à percer ce milieu qui fut jadis strictement pour hommes seulement. À l’extérieur du ring, la gente féminine se fait encore plus rare. Outre la gérante Jackie Kallen, la promotrice Katie Duva, ainsi que les fameuses «rings girls», les femmes sont toujours très minoritaires. C’est pourquoi, j’ai décidé de m’entretenir avec Audrey Beauchamp du Club de Boxe de l’Est, qui, peu à peu, commence à se faire un nom au niveau de la boxe locale.

Q1: Avant de parler de boxe, parle-moi un peu de toi. À quoi ressemble ton cheminement personnel, académique et professionnel?

Audrey BeauchampAudrey : Je suis native de la Rive-Sud, c’est-à-dire de Varennes. J’ai toujours été très sportive et j’ai été initiée à la boxe à l’âge de 17 ans après avoir vu le film Million Dollar Baby. Au niveau académique, j’ai suivi des cours en gestion de commerce, j’ai obtenu mon DEC en marketing de la mode, et j’ai fait des études universitaires en administration des affaires afin de me diriger vers une carrière en ressources humaines. Toutefois, je m’étais fixé comme objectif personnel d’ouvrir mon propre «gym» pour femme, ce que j’ai fait à l’âge de 21 ans.

Q2: 21 ans, c’est jeune pour se lancer dans un projet d’une telle envergure. Comment a été ton expérience?

Audrey : C’est beaucoup de travail, je ne te le cacherai pas. Tu te sens un peu comme si tu t’étais lancer dans le vide, surtout lorsqu’il s’agit de ta première entreprise. Mais c’est ça l’entreprenariat. Il faut avoir à la fois les reins et les nerfs solides. Cependant, ce fut également une expérience incroyable; j’ai appris énormément, surtout par le biais de la méthode «essai-erreur». Les acquis que j’ai obtenus pendant ces cinq années me servent encore aujourd’hui.

Q3: Pourquoi as-tu vendu ton gymnase?

Audrey : J’avais à la fois besoin de changement et de me lancer dans d’autres projets et pour se faire, il fallait que je me départisse de mon «gym», car lorsque tu as ta propre entreprise, ça occupe tout ton temps et tu as ainsi beaucoup moins de liberté. Je voulais voyager, voir le monde etc. Par exemple, à titre de directrice du Club de Boxe de l’Est, j’avais des tâches et des responsabilités similaires à celles que j’avais lorsque je gérais mon propre gym. Toutefois, lorsque je pars en vacances, je peux partir l’esprit tranquille sans avoir à me soucier de quoi que ce soit, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Q5: Tu es une femme tentant de se démarquer dans un monde d’hommes, as-tu toujours eu ce côté «mouton noir»?

audrey Beauchamp Custio Clayton et Sylvain Audrey : Je dirais que oui. J’ai un caractère fort, j’ai un côté un peu rebelle. J’ai toujours voulu faire les choses autrement et j’ai toujours agi un peu à contre-courant. Les règles et les normes n’étaient pas pour moi et ça n’a pas changé à ce niveau. Plus jeune, je m’habillais différemment contrairement aux autres filles qui elles, suivaient plutôt les tendances. D’ailleurs, je me suis toujours mieux entendu avec les gars, donc j’avais un petit côté « tomboy».

Q6: Depuis combien de temps es-tu présente au Club de Boxe de l’Est?

Audrey : Je m’entraîne ici depuis 3 ans et j’ai occupé le poste de directrice pendant presque deux ans et ce, jusqu’à tout récemment. J’ai adoré l’ambiance dès le premier jour : on m’a tout de suite fait sentir que je faisais partie de la famille plutôt que de me regarder de haut parce que j’étais une femme. J’ai ainsi participé à mon premier combat 6 mois après m’être inscrite au club. Ce fut une expérience inoubliable. Par la suite, le président du club, Douggy Bernèche, m’a immédiatement offert le poste de directrice après avoir vu une publication sur mon mur Facebook que mon gymnase était à vendre.

Q7: En continuant dans ce même ordre d’idée, tu étais la directrice du club et non la présidente. Est-ce exact?

Logo club de boxe de l'EstAudrey : Exactement. Douggy Bernèche est le président du gym depuis plus de 10 ans. De plus, il gère également la carrière professionnelle de Custio Clayton. Je m’entends super bien avec lui. Nous sommes souvent sur la même longueur d’onde sur plusieurs points différents. Nous avons des idées similaires et nous voyions la gérance du «gym» pas mal du même œil. De plus, tout comme moi, il a un côté très axé sur l’aide communautaire. D’ailleurs, le «gym» est enregistré à titre d’organisme à but non-lucratif. Bref, Douggy est une très bonne personne et une bonne influence pour moi ainsi que pour tous ceux qui le côtoient.

Q8: Custio Clayton est l’étoilant montante attachée à votre gym. Il devrait se battre prochainement si je m’abuse, n’est-il pas vrai?

Audrey : Oui c’est exact. Custio a un combat prévu pour le 3 juin prochain au Centre Bell. Il a une excellente feuille de route et il a donc un avenir très prometteur devant lui. Nous avons espoir qu’il pourra se rendre jusqu’au bout.

Q9: As-tu d’autres projets présentement? Si oui, peux-tu nous parler davantage de ce(s) projet(s) ?

logo Canada FightingAudrey : Douggy a récemment acquis Canada Fighting, où j’occupe présentement le poste de chef des opérations depuis environ 6 mois. De surcroît, j’ai dû quitter mon poste de directrice au Club de Boxe de l’Est afin de m’occuper exclusivement de tout ce qui à trait à Canada Fighting. Grosso modo, Canada Fighting est une boutique en ligne qui offre de l’équipement de boxe de qualité disponible dans diverses marques. Plusieurs promotions sont offertes mensuellement permettant d’offrir aux boxeurs à travers le Canada l’opportunité de se procurer localement de l’équipement de boxe à un prix raisonnable. Nous sommes présentement en développement au niveau marketing. Notre objectif principal est de soutenir les athlètes canadiens de haut niveau ainsi que tous les sportifs amateurs. Nous voulons procurer le meilleur équipement qui soit. Nous sélectionnons les meilleurs produits provenant de fournisseurs chevronnés afin d’optimiser la performance de chaque athlète. Nous sommes la référence canadienne en matière d’équipement de boxe. Étant l’une des rares entreprises canadiennes offrant divers types de promotion et de produits variés, cela nous distingue davantage. Bref, il y a une panoplie de nouveautés à venir prochainement.Enfin, je fais partie du comité des jeunes leaders de l’est de Montréal qui a pour but de favoriser l’intégration des gens d’affaires de moins de 40 ans.

Q10: Maintenant que tu es pleinement impliquée avec Canada Fighting, qui occupera le poste de directrice du Club de Boxe de l’Est?

Audrey : Il y a un nouveau vice-président qui s’occupera désormais du marketing et de tout ce qui à trait au volet «affaires» du club. Toutefois, je demeure toujours disponible à donner un coup de main le cas échéant.

Q11: Quel est ou a été ton boxeur favori?

Audrey : Muhammad Ali sans l’ombre d’un doute. Ça sonne peut-être cliché, mais aucun autre boxeur n’a transcendé son sport comme il l’a fait. Lui aussi a fait fi des lignes directrices ainsi que des règles non-écrites; il a fait ce qu’il voulait faire et il l’a fait à sa manière. Il avait une personnalité unique en son genre, il voulait être différent, et il a fait part de ses convictions par le biais de la boxe. J’ai bien aimé aussi voir sa fille, Laila Ali, à l’œuvre. Pour ce qui est des boxeurs contemporains, j’ai jeté mon dévolu sur Vasyl Lomachenko. Il a un jeu de pied incroyable et il est tout un phénomène!

Q12: Plusieurs raisons peuvent pousser quelqu’un à essayer la boxe : certaines personnes s’inscrivent à un club après avoir vu le film Rocky tandis que d’autres encore se tournent vers la boxe, car elles ont été victimisées dans le passé. Est-ce que ce fut ton cas?

Audrey BeauchampAudrey : C’était plutôt l’contraire (rire). Blague à part, je n’irais pas jusqu’à dire que j’étais une «bully», car je n’étais pas du genre à courir après «l’trouble» comme on dit.Toutefois, si tu me cherchais, t’étais certain ou certaine de me trouver. Donc, je n’instiguais jamais, mais je finissais toujours ce que l’autre avait commencé.

Q13: Toutes les personnes pleinement investies dans la boxe que j’ai côtoyées jusqu’ici m’ont dit que ce sport leur a apporté quelque chose de positif. Certains m’ont même dit que la boxe a carrément changé leurs vies. Qu’est-ce que la boxe t’a apporté personnellement de positif dans ta vie?

Audrey : Je te dirais que la boxe m’a surtout apporté une discipline de corps et d’esprit que je n’avais pas auparavant, du moins, pas autant. La boxe m’a appris à mieux gérer mes émotions et mon stress, à me connaître davantage, à canaliser mes énergies, et elle m’a appris à voir ce sport d’un autre œil.

Q14: Tu as mentionné plus tôt que tu avais une fibre communautaire, peux-tu élaborer davantage à ce sujet?

Audrey : Effectivement j’ai un côté à la fois empathique et altruiste. J’aime aider mon prochain. Je veux que les jeunes voient en la boxe un moyen efficace pour se sortir de la rue et de se remettre sur le droit chemin. Avant d’accepter le poste de directrice, je contemplais l’idée de faire des voyages humanitaires en Afrique du Sud ainsi qu’en Afrique du Nord afin d’y développer des programmes visant le raccrochage scolaire par le biais du sport.

Q15: Outre ta fonction antérieure de directrice du Club de Boxe de l’Est ainsi que ton nouveau poste à titre de chef des opérations pour Canada Fighting, tu as également organisé quelques évènements connexes. Peux-tu me parler un peu plus de ces événements?

Gala Sommet de la gloireAudrey : J’ai organisé deux galas amateurs jusqu’ici. Mon premier gala, baptisé Sommet de la Gloire, a eu lieu au Club de Boxe de l’Est et a attiré 250 personnes. On pouvait notamment voir en vedette des boxeurs de l’équipe canadienne ainsi qu’une championne américaine. Prestige, mon second gala, a eu lieu au Chapiteau CCSE Maisonneuve. Le thème de ce gala était plus «glamour» et urbain et bien qu’il ait plu, nous avons quand même réussi à aller chercher 325 personnes. Somme toute, ce fut un franc succès. Mon prochain gala devrait avoir lieu le 22 septembre prochain.

Q16: Que fut l’impact/ les retombées des galas que tu as organisés?

Audrey : Bien vois-tu, lors mon deuxième gala, j’ai réussi à me trouver 15 commanditaires. De plus, j’ai commencé à recevoir de plus en plus de messages provenant à la fois de boxeurs et d’entraîneurs désirant participer à mon prochain gala. Donc, lentement mais sûrement, AB Boxing Promotions commence à se faire un nom dans le milieu de la boxe locale et par conséquent, le Club de Boxe de l’Est commence également à se faire de plus en plus connaître.

Q: À t’écouter parler, tu sembles être une femme qui aime toucher à tout. Contrairement, à la société qui nous encourage à nous spécialiser, tu sembles au contraire viser la polyvalence et la versatilité. Aimerais-tu devenir la «Elon Musk» de la boxe, c’est-à-dire une «experte-généraliste»?

Audrey : C’est vrai ce que tu dis (rire). J’aime apprendre constamment, découvrir de nouvelles choses et parfaire des connaissances déjà acquises. Que ce soit au niveau promotionnel, marketing/business ou encore au niveau de l’entraînement et de l’enseignement, j’aime avoir le nez un peu partout et élargir ainsi mes horizons. Par exemple, je compte suivre d’autres formations telles le PNCE (programme national de certification des entraîneurs) et je prévois retourner à l’université en septembre dans le but de suivre des cours en marketing.

Q18: Une dernière question avant de terminer cet entretien : où te vois-tu d’ici cinq ans?

Audrey Beauchamp et Sylvain BouchardAudrey : Je me vois définitivement plus que jamais investie dans le monde de la boxe. J’aimerais organiser des évènements sur une base régulière et de plus grande envergure. J’ai l’intention d’organiser des évènements de types Pro-Am afin de mettre en évidence à la fois de prometteurs jeunes boxeurs professionnels ainsi que des boxeurs amateurs en plein développement. Mon but est de me différencier des autres et de conjuguer ainsi l’aspect spectacle à l’aspect sportif. Je pense même peut-être même fonder une autre entreprise, toujours dans le milieu pugilistique, ce qui me permettrait de voyager et voir le monde, ce que je n’ai malheureusement pas encore eu le temps de faire. Mais je ne m’en fais pas avec ça : la Grèce, l’Italie et le Brésil seront encore là d’ici quelques années. Ce n’est donc que partie remise.

Alors voilà ce qui complète ce premier entretien avec la sympathique Audrey Beauchamp, une femme ambitieuse et téméraire qui gagne définitivement à être connue. Vouée à un avenir visiblement prometteur, mon petit doigt me dit qu’il y aura beaucoup d’autres entrevues à venir au cour des années à venir. Tout comme Anna Reva, Audrey marie parfaitement professionnalisme, charisme, altruisme et intégrité. Elle est une preuve concrète que la femme a bel et bien sa place dans le vaste univers de la boxe. Le meilleur est donc à venir.

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