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Entraînement aléatoire 101 (première partie)

Steven Butler à l'écoute de rénald Boisvert

Par Rénald Boisvert

Pour bien comprendre l’évolution d’un sport, il convient de se tourner en tout premier lieu du coté de ses méthodes d’entraînement. Ce sont elles qui permettent de mesurer l’étendue des changements qui se sont produits au fil du temps. Par exemple, l’un de ces changements (majeur) s’est accompli lorsque la plupart des disciplines sportives ont intégré la musculation à leurs programmes d’entraînement. Pour ce qui est de la boxe, il serait maintenant difficile de penser à son développement sans cette précieuse contribution que lui apporte la musculation.

Qu’en est-il de l’entraînement aléatoire? Ce type d’entraînement pourrait-il tenir un rôle aussi significatif auprès de la boxe que celui joué par la musculation? Déjà, plusieurs disciplines sportives l’ont adopté. En boxe, l’entraînement aléatoire semble cependant se heurter à une certaine résistance de la part des entraîneurs. Par conséquent, je me propose ici de présenter cette méthode d’entraînement de la façon la plus simplifiée possible. Ainsi, je consacrerai cet article à la vulgarisation de l’entraînement aléatoire en utilisant des exemples simples, mais représentatifs.

Par ailleurs, dans un prochain article (la deuxième partie), je compte alors démontrer que plusieurs adeptes de l’entraînement aléatoire ont polarisé à tord le débat entourant les diverses méthodes d’entraînement. Une telle polarisation a pour effet de rebuter beaucoup d’entraîneurs qui autrement seraient susceptibles de s’intéresser à l’entraînement aléatoire. Entre l’approche traditionnelle et l’approche aléatoire, il n’y a pas un énorme fossé. D’ailleurs, il existe une méthode hybride issue de ces deux approches.

Réunir les méthodes : traditionnelle et aléatoire

En l’intégrant à l’entraînement traditionnel, je ne pourrais pas souhaiter une plus belle occasion de présenter l’entraînement aléatoire. Du coup, un tel rapprochement entre les deux approches va grandement en simplifier la compréhension. Voyons par des exemples concrets comment en raison de leur jumelage, chacune de ces méthodes d’entraînement peut y trouver son compte. Mais d’abord, commençons par montrer ce qu’est la méthode traditionnelle dans sa proposition la plus élémentaire :

Dans cette vidéo, le jeune boxeur répète le même coup de poing jusqu’à ce que l’entraîneur considère l’exécution satisfaisante. Ensuite, le duo passe à un autre type de coups (puis de combinaisons de coups de plus en plus complexes) qui doit être encore répété invariablement, toujours jusqu’à la satisfaction de l’entraîneur et ainsi de suite. Les entraîneurs aiment bien recourir à cette méthode dans le but de créer des automatismes chez les athlètes. C’est la forme d’entraînement la plus simple et la plus répandue en ce qui concerne l’approche traditionnelle; elle s’applique notamment en début d’apprentissage.

Mais lorsque l’athlète gagne en expérience, l’entraînement traditionnel peut prendre des formes variables et complexes. Par exemple, dans la vidéo qui suit, on peut voir Bernard Hopkins lancer ses combinaisons de coups « librement ». Ce ne sont pas ces combinaisons de coups qui constituent la portion dite « aléatoire » de l’exercice, mais plutôt les frappes que l’entraîneur dirige envers Hopkins de façon imprévisible.

Pour arriver à une compréhension simple d’un entraînement traditionnel auquel il a été ajoutée une partie aléatoire, il convient de bien cerner les objectifs respectivement poursuivis dans un exercice donné. Dans la vidéo ci-haut, Hopkins a pour but d’éprouver sa défensive (partie aléatoire) en même temps qu’il doit maintenir ses enchaînements de coups (partie traditionnelle).

Dans la prochaine vidéo, une jeune boxeuse exécute plusieurs combinaisons de coups, toutes scénarisées, où l’un des objectifs est manifestement d’atteindre un haut niveau de vitesse et de précision. Il s’agit d’exécutions non-aléatoires compte tenu qu’elles sont prédéterminées. Précisons par ailleurs que cet exercice comporte également un élément aléatoire. Voyons quel en est l’objectif :

Boxing Work

She is doing more than just touching the pads, she actually has the IQ, an understanding of what she is doing. A focus on resetting the hips, working the fundamentals within the flashy combinations. Learn the fundamental drills that are proven to sharpen your boxing, hand speed and knockout power ===> MuayThaiAthlete.com/thaiboxing

Posted by Muay Thai Athlete on Thursday, February 23, 2017

Comme vous l’avez certainement observé, la jeune boxeuse exécute ses combinaisons de coups avec beaucoup de facilité. En revanche, elle éprouve de la difficulté à se conformer aux instructions de l’entraîneur, c’est-à-dire reprendre sa position de base à toutes les fois que l’entraîneur s’immobilise. C’est que l’entraîneur ne choisit pas de s’immobiliser à un moment précis, mais de façon aléatoire, c’est-à-dire soudainement et sans prévenir. L’objectif poursuivi dans cet exercice est que la jeune boxeuse parvienne à reprendre sa position de base en tout temps. Comme elle doit réagir selon des conditions aléatoires, donc dans des conditions similaires à celles de la compétition, la jeune boxeuse doit travailler fort au niveau de sa concentration pour se retrouver en position stable.

La prochaine vidéo montre un boxeur très expérimenté aux pads alors qu’il exécute plusieurs combinaisons de coups avec vitesse et fluidité. Vous noterez alors que ces combinaisons sont entièrement scénarisées. Ce qui ne l’est pas, ce sont les frappes de l’entraîneur que le boxeur doit bloquer ou esquiver. C’est la portion aléatoire.

Posted by Ayman Df on Wednesday, December 18, 2013

Ce n’était évidemment pas la première fois que ce boxeur exécutait l’exercice. Il effectue la portion aléatoire comme si elle était scénarisée. Il ne faut pas se surprendre de savoir que la portion aléatoire de l’exercice a permis à ce boxeur de développer une excellente défensive. Par contre, je tiens à préciser ici que ce genre d’exercice sans la portion aléatoire n’apporte que très peu de résultat. Sur ce point, je vous invite à lire mon article intitulé : « Pads à la Mayweather, spectacle ou réalité? »

Somme toute, en combinant les types d’entraînement traditionnel et aléatoire, c’est une bonne façon pour le boxeur de développer les aspects techniques en même temps que les aspects psychologiques (prise de décision). En plus, l’entraîneur peut alors exercer un plus grand contrôle sur les objectifs qu’il a déterminés en vue de faire progresser l’athlète. Mais pour ce faire, l’entraîneur doit lui-même développer une aptitude fondamentale.

Faire preuve d’esprit inventif

Lors d’une séance d’entraînement, l’entraîneur doit être en mesure de concevoir un certain nombre d’exercices dans lesquels la portion aléatoire correspond aux aspects psychologiques et cognitifs dont il recherche l’amélioration chez l’athlète. Prenons l’exemple d’un jeune boxeur dont la défensive s’avère défaillante lors des séances de sparring. Voyons comment l’entraîneur s’y prend pour remédier à cette situation à l’aide d’un entraînement aux pads :

Comme on peut le constater dans la vidéo, le jeune boxeur semble maîtriser sa défensive. Or la vidéo qui suit montre au contraire que celui-ci ne la maîtrise pas lorsqu’il est soumis à un entraînement comportant une portion aléatoire.

Alors que la défensive du jeune boxeur a paru d’abord acceptable, la pratique aléatoire de l’entraînement aux pads a plutôt révélé des carences de façon évidente. Heureusement, les nombreuses répétitions de ce type d’entraînement hybride ont permis à l’athlète d’exécuter l’exercice avec succès comme on peut l’observer dans la prochaine vidéo.

Il faut convenir ici qu’il n’y a rien de bien sorcier dans l’approche aléatoire, du moins lorsqu’on l’intègre à la méthode traditionnelle. Je dirais même que beaucoup d’entraîneurs dont l’attitude est résolument hostile face à cette approche vont l’utiliser sans le savoir. D’ailleurs, qui parmi les entraîneurs n’a jamais frappé avec l’une de ses pads le jeune boxeur qui néglige de tenir sa garde correctement? Bien sûr, dans ces cas, l’entraîneur effleure à peine l’athlète. L’objectif est simplement de lui faire réaliser que ses lacunes en défensive pourraient entraîner de graves conséquences lors d’un combat. Dans ce cas, l’entraîneur tente donc d’atteindre son protégé sans avertissement et à vitesse réelle, comme dans un combat, histoire de mesurer le niveau de sa concentration. La fonction aléatoire consiste de la sorte à créer des mises en situation dont l’objectif est de tenir en éveil l’attention du boxeur et de l’amener à faire l’apprentissage de sa capacité de prise de décision.

Conclusion

Aux fins de rendre cette présentation accessible, j’ai brossé un tableau très simplifié, mais quand même fidèle de l’entraînement aléatoire. Néanmoins, ce tableau reste incomplet. En fait, l’entraînement aléatoire n’est qu’une partie relevant d’une conception beaucoup plus large appelée : « l’entraînement à la prise de décision ». C’est ici que cela se complique. L’entraînement à la prise de décision équivaut à une sorte de renversement des valeurs. Cette méthode introduit dans le sport l’idée que l’athlète ne doit plus être un simple spectateur face aux directives de l’entraîneur, mais un acteur qui participe pleinement à la mise en scène. Ceci fait appel notamment au développement chez l’athlète de sa capacité d’autonomie et d’autoanalyse de la performance. Bien sûr, cela suppose également une transformation radicale des méthodes d’entraînement.

Mais sommes-nous prêts pour un tel chambardement? Je ne le crois pas. Au terme d’une longue réflexion, j’en suis venu à penser que tout doit plutôt se faire progressivement. Ces méthodes ont beau être géniales et révolutionnaires qu’elles ne sont pas pour autant à la portée des entraîneurs. Je dirais même qu’elles comportent plus de risques d’erreur que de gains escomptés. Par ailleurs, ceci ne doit pas servir de prétexte pour refuser tout changement dans nos façons de faire. L’entraînement à la prise de décision appartient à l’avant-garde. Aussi, sans rompre totalement avec les méthodes du passé, il y a résolument un effort à faire pour nous tous, les entraîneurs, dans le but d’acquérir graduellement la maîtrise de cette nouvelle approche. À cette fin, le recours à la méthode hybride me paraît constituer une transition toute indiquée.

Dans un prochain article, comme annoncé précédemment, je m’en prendrai à certains adeptes de l’entraînement aléatoire (prise de décision) dont l’enthousiasme conduit malencontreusement à polariser le débat au sujet des diverses méthodes d’entraînement. Je compte alors orienter ma démarche comme je l’ai entrepris dans cet article, c’est-à-dire avec le même élan de simplicité.

Steven Butler Raynald Boisvert

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