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Walid Smichet, qu’est-il devenu ?

Walid Smichet

Par Jean-Luc Autret

Vous rappelez-vous ce que vous faisiez il y a 10 ans? Quelques amateurs de boxe se rappeleront leur visite au Madison Square Garden à NY pour assister à une performance à la hauteur du courage de Walid Smichet (21-8-3, 15 KO) face à l’aspirant mondial John Duddy (23-0-0).

Après vous avoir présenté des retours dans le passé avec les Olivier Lontchi et Fathi Missaoui, c’est maintenant au tour du boxeur d’origine tunisienne de nous rappeler de beaux souvenirs.

De la Tunisie au Canada

Aujourd’hui âgé de 39 ans, Walid Smichet a fait ses classes en Tunisie à partir de l’âge de neuf ans. Il a accumulé pas moins de 180 combats amateurs. Dès l’âge de 17 ans, il fait son entrée dans l’équipe sénior de l’équipe de la Tunisie. Il a été champion sénior de son pays à cinq reprises.

« Les conditions de vie dans l’équipe tunisienne n’était pas facile. Nos dirigeants avaient constamment peur que l’on fasse défection. En 2001, moi et quatre collègues devions venir à Ottawa pour participer aux Jeux de la Francophonie. Quelques semaines avant le départ, le voyage a été annulé par crainte de défection. J’avais quand même obtenu mon passeport et mon visa, j’ai alors fait le choix de quitter en cachette. Je suis parti en pleine nuit, mon oncle m’a donné 400 $ US et ma famille et moi avons amassé 800 $ pour payer le billet d’achat. Mon seul et unique objectif était de sortir de la Tunisie pour améliorer ma qualité de vie et devenir boxeur professionnel. Je ne parlais que quelques mots de français et d’anglais lorsque j’ai mis les pieds au Québec », nous raconte Walid Smichet.

Dès son arrivée à Montréal, Walid Smichet est aidé par un Tunisien qui l’amène au club de boxe Champion. À cette époque, Howard Grant en est l’un des entraîneurs. Il devient rapidement son mentor et l’accompagnera jusqu’au printemps 2009.

Walid fait son premier combat professionnel en juillet 2002, un an après être arrivé au Québec. Il obtient sa première victoire face à Martin Desjardins lors d’une soirée au Centre Pierre-Charbonneau organisée par K-Management, un promoteur qui ne présentera que trois galas.

Par la suite, c’est Howard Grant qui s’occupe de lui trouver des combats. Il visite les villes de Mississauga, Brampton et Winnipeg pour progresser et il accumule une fiche de 3-1-1 après 5 combats en deux ans.

D’indépendant à membre du Groupe Yvon Michel

On s’en souvient, à l’été 2004, Hans-Karl Muhlegg choisit de congédier Yvon Michel et de remettre les clefs d’InterBox à Eric Lucas en échange d’une bourse de 100 000 $ non versée. Quelques semaines plus tard, Yvon Michel réplique en mettant sur pied le Groupe Yvon Michel.

Walid peut être considéré comme l’un des fondateurs de la compagnie puisqu’il fait la demi-finale du 2e gala de la jeune organisation. Ça lieu au Club Soda le 29 septembre 2004. David Cadieux. Jo Jo Dan, Olivier Lontchi et Adam Green font aussi partie de cette soirée. Seul Smichet l’emporte par KO ce soir-là.

Très actif, Walid se bat régulièrement, pas moins de quinze fois en un peu plus de deux ans. Son style baguarreur est apprécié des amateurs et celui qui devient la « Tempête de sable » à bon nombre de supporteurs pour l’appuyer.

Walid Smichet en vedettePendant ce blitz de 15 combats, il obtient beaucoup de succès. Lorsqu’il est opposé à Renan St-Juste en novembre 2006, sa fiche est de 15-1-3 dont 11 KO. Ils font la demi-finale d’un gala au Palais des Sports à Sherbrooke. L’arbitre de leur duel est Alain Villeneuve qui est alors au tout début de carrière, il en ait alors à son 11e combat.

« Renan a une bonne claque, je suis tombé, mais je me suis relevé sans problème avant la fin du compte. L’arbitre a préféré arrêter le duel à la fin du premier round. J’ai bien essayé de lui faire comprendre son erreur d’inexpérience, mais il y avait rien à faire. Par la suite, j’ai souvent tenté d’obtenir un combat revenge avec Renan, mais il a refusé à chaque fois », explique le boxeur maintenant retraité.

Parmi cette quinzaine de combats, l’un d’eux est particulièrement important pour Walid Smichet. Il s’agit de son second duel avec le bien connu Darnell Boone. «  Le premier combat a fini par un verdict nul. Nous étions alors tous deux en début de carrière, il avait une fiche de 4-0 alors que moi j’en étais à mon 11e combat. Le deuxième combat a eu lieu six mois plus tard à la fin de l’été 2005. Je m’étais bien préparé et j’étais confiant de l’emporter face à ce vrai dur à cuire. Boone est un bon boxeur, il est dangereux et difficile à boxer parce qu’il est tout croche. Je suis très fier de l’avoir battu par KO au 5e round », se rappelle le gagnant de la finale de cette soirée au Metropolis.

Soulignons que Boone a tout un palmarès, il a notamment fait la limite avec Andre Ward, Jean Pascal, Sergei Kovalev, Curtis Stevens en plus d’avoir vaincu Adonis Stevenson avant de perdre leur second duel au 6e round.

Champion canadien chez les poids moyens

Le lundi 19 mars 2007, après l’avoir réclamé à de nombreuses reprises, Walid Smichet obtient enfin un combat pour un titre canadien. Mais à sa grande déception, ce duel ne lui prouve aucunement que son promoteur croit en lui, les événements lui confirment plutôt le contraire.

« À l’époque, j’étais rendu à 15 victoires et pleins de boxeurs, avec moins d’expérience que moi, obtenait des combats pour des titres mineurs comme les Pascal, Cadieux, Demers et Ngoudjo. J’ai obtenu ma chance uniquement parce que Adam Harris, le promoteur de Matt O’Brien, a bien voulu payer la sanction de la ceinture canadienne. C’est un bon technicien ce O’Brien, il dominait le combat, 88-83 selon la carte des juges, mais je n’ai jamais abandonné et je l’ai couché à la tout fin du 10e round, il ne restait que 23 secondes quand l’arbitre m’a accordé la victoire par KO », souligne-t-il avec un large sourire.

Six mois plus tard, Walid Smichet se fait proposer un combat avec Sebastien Demers, qui revient de son pénible voyage en Allemagne qui s’est terminé au 3e round contre le champion IBF Arthur Abraham. Une fois de plus, Walid Smichet fait la finale d’un gala de GYM, c’est alors sa troisième finale, mais son premier combat de 12 rounds.

« J’ai perdu ce combat-là par décision unanime (119-109, 117-111, 117-111), mais c’était beaucoup plus serré. J’ai passé la soirée à lui courir après. Demers se contentait de jabber et de se sauver. J’aurai mérité de perdre par décision partagée ou même d’obtenir un verdict nul », affirme celui qui mettait alors en jeu son titre canadien.

Le duel avec John Duddy au MSG

En quart de finale de Wladimir Klitschko VS Sultan Ibragimov, Walid Smichet offre la performance la plus marquante de sa carrière en passant très proche de vaincre l’aspirant mondial irlandais John Duddy. Le duel se terminera par une décision majoritaire (95-95, 98-92, 98-92) en faveur de celui qui était alors classé 3e à la WBC chez les poids moyens.

Walid Smichet et John Duddy « Duddy devait affronter le champion Kelly Pavlik dans quelques mois. J’étais simplement un combat préparatoire pour lui. J’ai donné tout ce que je pouvais et encore aujourd’hui je crois que j’aurai dû être déclaré gagnant. Duddy était profondément coupé et le medecin ne l’a jamais examiné pendant le combat, un total non-sens. Je me suis fait volé ce combat-là et j’ai été sous-payé même si c’était présenté par HBO », explique celui qui préfère ne pas révéler le montant de sa bourse tellement elle était ridicule.

L’ancien reporter de la Zone de Boxe, Pascal Lapointe était sur place ce soir-là et il a même eu le privilège de souper avec Smichet et son équipe la veille du combat. Il raconte en détail l’avant, le pendant et l’après de ce combat dans l’un des magazines de la Zone de Boxe.

Brièvement, voici son bilan du duel : « Smichet a dépassé toutes les attentes en forçant Duddy à transformer son approche du tout au tout, de façon à arracher une décision majoritaire. Le verdict a provoqué la controverse, mais Smichet en sort néanmoins gagnant. Dès les heures qui ont suivi le combat, L’incompétence n’est pas toujours là où l’on croit À l’issue de la victoire de John Duddy sur Walid Smichet, de nombreuses voix se sont élevées – et pas toutes au Québec – pour affirmer que le Québécois d’origine tunisienne avait été victime d’une injustice ».

Suite à cette performance, tout les espoirs sont permis pour Walid Smichet. À son retour à Montréal, Yvon Michel informe la gérante de Smichet qu’Arthur Abraham serait intéressé à défendre son titre mondial contre le Montréalais d’origine tunisienne. Quelques semaines plus tard, ce serait l’espoir mondial Andy Lee qui pourrait faire face à Smichet. Malheureusement, rien de tout cela ne s’est concrétisé.

Walid Smichet gagnantDeux mois après sa visite à NY, Smichet affronte un Américain nommé Chris Archer (9-2-0), ça se termine par un gain par KO au 7e round. Le duel est alors en sous-carte d’Adonis Stevenson et de Sébastien Demers. En août 2008, le protégé d’Howard Grant affronte alors Martin Berthiaume, il l’emporte par décision unanime. Encore une fois, Smichet doit se contenter d’être en sous-carte des Stevenson, Demers et Dierry Jean.

Le 29 novembre de la même année, Walid Smichet se fait offrir un défi qui semble amplement à sa portée : l’Américain Don Mouton (7-3-1). Présenté sur les ondes de Radio-Canada, Smichet affronte un boxeur un peu plus lourd que lui puisque Mouton s’est présenté la veille à 164.5 livres et il a dû lui remettre 20 % de sa bourse. Malheureusement, la « Tempête de sable » est incapable de s’imposer et il s’incline par décision unanime (98-92, 97-93, 97-93).

De Manfredo à Lemieux

Après avoir retrouvé le chemin de la victoire en dominant Joshua Snyder (8-3-1), Walid se fait offrir un duel d’importance à peine cinq semaines après sa victoire sur Snyder. Son rival, Peter Manfredo Jr (31-6-0), a eu l’opportunité de se battre en championnat du monde deux ans plutôt contre la légende Joe Calzague.

Après avoir perdu par KO au 7e round, Smichet exprime clairement son désappointement face à la qualité de sa préparation. Encore aujourd’hui, son avis reste le même. Il souligne que son entraîneur Howard Grant ne l’a aucunement informé des forces techniques de Manfredo. « Mon style n’a jamais évolué sous Howard. Il avait beaucoup trop de boxeurs à sa charge pour s’occuper adéquatement de chacun de nous », résume-t-il.

Presque un an plus tard, Walid Smichet se retrouve dans le même ring que le jeune David Lemieux (21-0-0, 20 KO) qui vient de faire une première décision unanime face à Jason Naugler. Le duel ne s’éternisera pas, c’est terminé après quatre minutes.

« Après mon combat avec Manfredo, je suis retourné plusieurs mois en Tunisie. Yvon souhaitait que je reviens rapidement en me proposant un combat de retour. Je suis finalement revenu mais il y a environ 4 combats de retour qui ont été annulés pour une panoplie de raisons. Finalement, c’est arrivée à la dernière minute, j’affontais David Lemieux avec une belle bourse, mais avec une préparation d’une seule semaine. C’était mission impossible », relate Walid Smichet qui annonce sa retraite peu de temps après le combat.

Quatre ans plus tard, Smichet remonte dans le ring grâce à l’appui de son ami Douglas Leblanc, un contacteur immobilier passionné de boxe. Au Stade Olympique, il est opposé à Frank Miville pour un combat de six rounds qui s’annonce électrisant. Les deux boxeurs se touchent respectivement dès le début du combat, mais Miville abandonne après seulement 56 secondes suite à une blessure à une épaule. Cinq mois plus tard, il se retrouve à Toronto en sous-carte de Martel-Carman face à Janks Trotter (8-1-1, 8 KO).

« J’ai accepté ce combat à deux semaines d’avis, mais je devais perdre 30 livres et j’ignorais que la pesée se fait le jour même du combat. J’ai réussi à me rendre 160 livres, mais j’étais pas vraiment là physiquement et mentalement. J’ai dû perdre 15 livres dans les 24 heures avant le combat. J’ai accepté ces deux derniers combats uniquement à cause des bourses… j’aurais pas dû », nous confie-t-il humblement.

Et aujourd’hui

Walid Smichet et sa familleWalid Smichet est aujourd’hui rembourreur de meuble et papa de deux jeunes hommes respectivement âgé de 3 et 5 ans. « J’aime beaucoup mon travail, je peux encore travailler avec mes mains et c’est très valorisant. Encore parfois, on me reconnaît dans la rue et ces amateurs me racontent à quel point ils aimaient assister à mes combats. Ça me fait toujours chaud au cœur. Par contre, j’ai complètement décroché de la boxe, je regarde uniquement les gros combats internationaux », conclu-t-il.

Sa carrière en rafale

Son adversaire le plus puissant : Peter Manfredo Jr « Son crochet de gauche est particulièrement fort, il m’a complètement mis KO. Lemieux aussi est puissant, mais il ne pas frappé aussi flush ».

Son adversaire le plus rapide : Renan St-Juste « Renan ne frappe pas si fort, mais la vitesse de ses mains lui donne une explosion très dangeureuse ».

Son meilleur adversaire : John Duddy « L’Irlandais est certainement le boxeur le plus complet que j’ai affronté. Il était très difficile à toucher ».

Son adversaire le plus coriace : Darnell Boone « C’est vraiment pas facile de boxer avec lui. Les coups peuvent arriver de n’importe où, tu dois même te méfier de coups qui arrivent dans ton dos ».

Son adversaire le plus salaud : Darnell Boone « En plus de lancer des coups impossible, il n’hésite pas à accrocher, à pousser et à lancer des coups bas ».

Son verdict le plus injuste : John Duddy « Si la commission athlétique de NY avait été sérieuse, un médecin aurait examiné Duddy et probablement que le combat aurait été arrêté ».

Sa plus grande victoire : Matt O’Brien « Je suis très fier de cette victoire, j’ai persévérer jusqu’à la toute fin et ça m’a permis d’obtenir un beau KO et le titre de champion canadien »

Sa bourse la plus élevé : 15 000 $ pour affronter David Lemieux

Son plus grand regret : Le manque de soutien d’Yvon Michel « Yvon n’a jamais cru en moi. J’ai fait de nombreuses finales pour lui, mais la plupart du temps j’étais là comme adversaire. Malgré ça, j’ai causé bien des surprises comme pour mon titre canadien. De plus, bien que j’avais un montant de bourses minimales par année selon mes contrats, Yvon trouvait toujours des explications pour justifier le fait que je n’obtenais pas ces montants »

Son plus beau souvenir : Camp d’entraînement avec Edison Miranda à Porto Rico. « Miranda se préparait alors pour son premier combat avec Arthur Abraham, celui qui lui a cassé la machoire. J’ai passé un mois avec lui et j’étais son principal partenaire d’entraînement. Son entraîneur à l’époque Pedro Diaz m’a longuement remercié à la fin du camp ».Walid Smichet et Edison Miranda

4 Comments

  1. kdipat86@gmail.com'

    Kevin DiPatria

    3 mars 2018 at 3 h 20 min

    Bravo

  2. LickezT@www.warezchristian.com'

    LickezT

    5 mars 2018 at 11 h 50 min

    Jean-Luc Autret, thank you ever so for you post.Much thanks again.

  3. Meadowhomes@claycord.com'

    Meadowhomes

    6 mars 2018 at 16 h 15 min

    EXTRAORDINAR. Pt. acest demers, d-ul ministru PETRU DAEA merita sa fie pus in rama de fiecare cioban si tinut acolo pt. eternitate! Oare de ce a trebuit ca un agronom sa pastoreasca grijile zootehnistilor, iar cel ce s a instruit in acest domeniu exmin. Constanti. a UITAT ce a invatat? Se vede clar ca noi ,,tinerii mai suntem de luat in seama cine nu are batrani sa si cumpere. Cinste si onoare domnule ing. Petru Daea.

  4. francismarleau@hotmail.com'

    Francis Marleau

    21 juin 2018 at 0 h 04 min

    Félicitation Walid, j’aimais ton style agressif et fonceur. Tu te battais pour gagner et non pour ne pas perdre comme les boxeurs d’aujourd’hui. Mille fois merci pour tes combats spectaculaires.

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