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L’occasion de réaliser un grand coup pour Sébastien Bouchard

Par Martin Achard

Nous avons appris mercredi que le boxeur de Québec Sébastien Bouchard (8-0-0, 2 K.O.), qui devait originellement se battre lors du gala Stevenson-Fonfara du 24 mai, allait plutôt monter dans le ring le 16 du même mois au casino de Foxwoods au Connecticut pour se mesurer à l’Américain Frank Galarza (13-0-2, 9 K.O.), à l’occasion d’un gala diffusé par Showtime dans le cadre de sa série ShoBox: The New Generation, dédiée aux étoiles montantes du noble art.

C’est le promoteur Yvon Michel qui a déniché ce combat au protégé de François Duguay. On peut penser que l’une des motivations de Michel est de faire subir un gros test à un boxeur qui, même s’il est indépendant, gravite depuis quelque temps dans l’orbite de sa firme de promotion. Il s’agit d’un nouvel exemple d’une tendance qu’on voit se dessiner chez les deux principaux promoteurs québécois, GYM et Eye of the Tiger Management: donner de véritables défis à des boxeurs ayant moins d’une dizaine de combats à leur actif, afin de vérifier de quelle étoffe ils sont faits. Si Bouchard devait l’emporter ou, du moins, briller dans une défaite ou un combat nul le 16 mai, il se rapprochait sans doute ainsi d’une association plus formelle avec GYM.

Quelles sont les chances de l’athlète de 27 ans de bien paraître contre Galarza?

Il est à parier que l’Américain sera considéré comme largement favori contre Bouchard. Lui qui réside à Brooklyn a en effet très probablement pu bénéficier, depuis son passage chez les professionnels, d’un meilleur éventail de partenaires d’entraînement de qualité que le natif de Baie-Saint-Paul (notez bien que je parle ici d’un éventail, pas du calibre moyen des boxeurs québécois, qui est très relevé). Galarza a par ailleurs remporté ses quatre derniers duels par K.O., incluant deux victoires contre des adversaires alors invaincus, Rich Neves (6-0-1) et John Thompson (14-0-0), victoires qui lui ont valu respectivement le titre de l’état de New York et le titre intérimaire WBC latino des 154 livres.

Les extraits des combats de Galarza disponibles sur Youtube démontrent un boxeur possédant un bon sens de la distance, des habiletés à se déplacer latéralement et en cercle, de même qu’à esquiver, et une capacité à exploser en puissance. Enfin, il s’agira déjà de son troisième combat en 2014, alors que la dernière sortie de Bouchard (qui, chez les professionnels, ne s’est jamais battu à l’extérieur du Québec) remonte à novembre 2013.

Est-ce à dire que les chances de l’emporter du représentant du Centre Sportif Empire, qui s’est déjà fait reprocher par certains observateurs son manque de force de frappe et certaines lacunes techniques, seront minimes? Pas forcément, selon moi. En fait, Sébastien Bouchard est un boxeur intéressant à observer parce que son style de boxe est en parfaite adéquation avec ses habiletés naturelles. L’ancien partenaire d’entraînement régulier de Pier-Olivier Côté se distingue en effet par sa force physique et sa robustesse; et il utilise de la meilleure façon possible ces attributs en adoptant le style d’un pur «pressure fighter» qui, en chargeant sans relâche et en bousculant ses adversaires en corps-à-corps, leur fait vivre une épreuve physique particulièrement éprouvante. Or un tel style, s’il est bien exécuté, peut permettre de déstabiliser et même de vaincre des boxeurs qui sont supérieurs sur le plan technique.

Voulez-vous, parmi les boxeurs du passé, un exemple de l’efficacité de ce style de boxe? Pensez à Jake LaMotta. On ne saurait évidemment, à ce stade, aller trop loin dans la voie d’une comparaison entre le légendaire «Raging Bull» et Bouchard, mais le style dont je parle était bel et bien celui de l’ancien champion mondial des poids moyens, qui l’a utilisé avec le succès que l’on connaît. Je signale aussi en passant que, tout comme Bouchard, LaMotta n’avait pas un haut pourcentage de K.O. à sa fiche, n’ayant en effet acquis que 30 de ses 83 victoires en carrière avant la limite. Pourtant, ce fait ne l’a pas empêché de frapper l’imaginaire des amateurs et d’être unanimement considéré comme un boxeur doté d’une puissance extrême, mais qui s’exprimait autrement que par la force de frappe.

Préférez-vous un exemple plus récent, tiré d’un combat sur la scène locale? Pensez au succès obtenu, malgré la défaite, par Andy Gardiner contre Eleider Alvarez lors de la sous-carte du combat Pascal-Bute, un succès qui, a priori, apparaissait totalement impossible à certains, qui s’attendaient à voir le natif de Winnipeg tomber en quelques minutes à peine. En appliquant une pression continuelle et résolue, Gardiner a su neutraliser pendant de longs segments de l’affrontement la plupart des habiletés de boxe du Colombien, ce qui a causé – on s’en souvient –  une frustration vive et bien palpable chez ce denier.

Les exemples de LaMotta et de Gardiner sont intéressants car ils démontrent ce que Bouchard devra faire pour maximiser ses chances de succès contre Galarza: être parfaitement fidèle à son style de base et n’effectuer des ajustements ou des améliorations, dans sa préparation ou lors du combat, qu’à l’intérieur de ce style.

Ces exemples laissent également voir une qualité que Bouchard devra impérativement posséder s’il veut être capable de poursuivre son ascension, à savoir un excellent menton, trait qui constitue une qualité commune chez les «pressure fighters» de haut niveau. Il est inutile de rappeler ici les capacités d’encaisseur quasi surhumaines du «Raging Bull», qui constituent un sommet impossible à dépasser dans l’histoire du noble art. Et qui n’a pas été impressionné par la capacité de Gardiner à demeurer sur ses jambes lorsque, à la fin du 8e round de leur combat, Alvarez l’a atteint avec des frappes qui auraient instantanément passé le K.O. à l’immense majorité des poids mi-lourds de la planète?

Lorsqu’il montera dans le ring le 16 mai, Bouchard devra donc faire preuve de courage et de confiance en ses moyens, dans un environnement et un contexte qui, peut-être, pourraient l’inciter à boxer trop prudemment ou même timidement. Il s’agit d’un piège qu’il devra absolument éviter. Mais le jeu en vaudra largement la chandelle pour lui. La scène canadienne regorge en effet de bons boxeurs évoluant autour de 154 livres. Or si l’on demandait à plusieurs experts d’effectuer un classement des meilleurs super mi-moyens au pays, la plupart placeraient sans doute, à l’heure actuelle, l’Ontarien Brandon Cook, le Néobrunswickois Brandon Brewer ou même le talentueux Mian Hussain devant Bouchard. Mais si ce dernier s’avérait capable de réaliser le coup d’éclat que constituerait une victoire aux États-Unis et sur les ondes de Showtime contre un prospect américain invaincu, il prendrait alors immédiatement, et indéniablement, la première place parmi les 154 livres au Canada, et ferait ainsi progresser d’un pas de géant sa carrière.

4 Comments

  1. infoboxemedias@gmail.com'

    Sylvain Pelletier

    14 avril 2014 at 2 h 06 min

    Vraiment un très bon texte Martin !!!
    Galarza, orphelin de père à 7 ans et de mère à 9 ans ne sera pas de tout repos pour Sébastien. Ce fils d’un ancien boxeur professionnel trainait dans les rues de Porto Rico avec arme à la main et drogue dans les poches avant de renouer avec les origines du noble art. C’est la boxe qui l’a aidé à sortir de cette noirceur. Cette ancien champion des Gants Dorés américain mérite un grand respect. Le style que tu décris de Sébastien peux assurément lui permette de bien faire face à Galarza. Ce sera le premier combat de 8 rounds pour le natif de Baie-Saint-Paul. Sébastien nous a démontré dans le passé que plus le combat avançait, meilleur il était.
    La vidéo mise en référence nous démontre une belle technique et une bonne force de frappe de Galarza mais j’aurai aimé voir le combat face à Jason Thompson !!! Un 6 rounds qui s’est soldé par une décision partagée. Les commentaires suite à ce combat qui s’est passé il y a 1 an presque jour pour jour, nous prouve que Galarza peut parfois être faillible.

    Je serai de tout coeur avec le protégé de Francois Duguay le 16 mai prochain, je crois que ce sera une superbe de belle journée pour se battre chez l’oncle Sam…

    Merci pour cet excellent texte Martin 🙂

  2. hmbouch@yahoo.ca'

    h m bouchard baie st paul

    14 avril 2014 at 18 h 19 min

    excellent reportage pour le combat prevu le le 16 mai bonne chance a Sébastien Bouchard il est capable d en prendre

  3. Pingback: Sondage : Qui se relèvera le mieux de cette défaite ? | 12 Rounds

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