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Artur Beterbiev à la veille d’être couronné champion du monde

Artur Beterbiev à l'entrainement

Par Jean-Luc Autret

Enfin !!! Sera probablement le mot qui résonnera dans la tête d’Artur Beterbiev en montant dans le ring samedi soir à Fresno en Californie. Professionnel depuis presque quatre ans et demi, le représentant de la Russie aux Jeux Olympiques de 2012 et de 2016 a été sacré champion du monde amateur en 2009 en Italie. En vainquant l’Allemand Enrico Koelling samedi, il atteindra enfin son objectif des dernières années.

En vue de la confrontation de samedi, nous avons eu le plaisir d’assister à la dernière séance d’entraînement au Québec d’Artur Beterbiev. Nous en avons profité pour discuter autant avec le boxeur que son entraîneur Marc Ramsay. De plus, si vous souhaitez mieux connaître Enrico Koelling, nous vous avons proposé un portrait de cet olympien allemand. 

Un long détour

Si pour certains le Groupe Yvon Michel a nuit à la progression de Beterbiev, c’est loin d’être la réalité, bien au contraire. Yvon Michel a parfaitement le droit de dire qu’il est l’un des principaux artisans des succès du Tchéténe de 32 ans.

PascalCloud_2012Revenons un peu dans le passé pour mieux y voir clair. Septembre 2014; Artur Beterbiev a une fiche de 5-0, 5 KO et Jean Pascal a complètement dominé Lucian Bute neuf mois plutôt. Pascal s’est entendu en avril avec InterBox et GYM pour ses deux prochains combats. Il doit affronter Tavoris Cloud le 27 septembre, mais l’entente tripartite vole en éclat pour un différend de quelques milliers de dollars concernant les frais du camp d’entraînement. À un mois d’avis, GYM réussi à convaincre Tavoris Cloud de participer au gala en affrontant Artur Beterbiev.

On connaît la suite, rapidement Beterbiev apparaît sur l’écran radar de chacune des associations. En décembre 2014, GYM investit en lui en lui offrant les titres IBF Nord-Américain, NABA et NABO chez les mi-lourds. Moins d’un an plus tard, soit le 28 novembre 2015, Beterbiev doit affronter l’Allemand Karo Murat pour le poste d’aspirant obligatoire à l’IBF.

Malheureusement, le protégé de Marc Ramsay se blesse à l’épaule et il doit subir une opération qui le force à l’inaction. Évidemment, comme l’IBF applique ses règles avec rigueur, c’est le Cubain Sullivan Barrera qui domine Murat et qui devient aspirant obligatoire. En mars 2016, il accepte 400 000 $ pour mettre son poste en jeu en affrontant Andre Ward.

sullivan BarreraPlus récemment, à l’automne 2016, le processus pour choisir un nouvel aspirant obligatoire est de nouveau en marche. Beterbiev, toujours no 2, voit finalement Barrera dire oui au combat, malgré que sa promotrice Kathy Duva ne peut s’entendre avec Yvon Michel. Le combat s’en va en « purse bid » et GYM l’emporte en misant 251 000 $ US.

Très déçu de sa bourse (62 750 $), Barrera se retire du combat un peu plus d’un mois plus tard en utilisant une technicalité parce que GYM est incapable de trouver un lieu précis pour le duel qui devait avoir lieu en Floride. Le processus reprend de plus belle et il y a une entente le 3 mai entre GYM et le clan d’Enrico Koelling (aspirant no 5) pour que le combat ait lieu quelque part en Amérique du Nord. Deux mois plus tard, GYM abandonne l’organisation du duel en lien direct avec son conflit avec son promoteur.

affiche Freno 11 novUn nouvel appel d’offre est lancé et c’est Top Rank qui l’emporte en déposant 315 000 $ alors que Team Sauerland a déposé seulement 80 000 $ et que GYM s’est abstenu. Bref, le duel a enfin lieu ce samedi et considérant que ni un ni l’autre de ces deux boxeurs attirent les fans de Fresno, c’est l’aspirant mondial Jose Carlos Ramirez qui fait les frais de la finale de la soirée. 

« Je crois que toutes ces épreuves et ces délais ne sont pas arrivés pour rien, ça m’a rendu plus fort. J’ai comme leitmotiv de ne pas m’attarder au passé, mais à me concentrer sur aujourd’hui et  demain », nous explique Artur Beterbiev.  

Au final, outre le conflit judiciaire entre GYM et Beterbiev qui a entraîné une annulation en juillet dernier, nous ne pouvons pas faire de reproches au promoteur montréalais. Clairement, il ne peut être blâmé pour la blessure à l’épaule de Beterbiev en 2015 ou encore le retrait au printemps de Barrera parce qu’il se considérait sous-payé.

Un longue préparation

Donc, Artur Beterbiev sait depuis le 3 mai, il y a plus de six mois, qu’il doit affronter l’Allemand Enrico Koelling. Il a eu le temps de faire deux camps d’entraînement et André Ward a pu prendre sa retraite ce qui fait que le titre vacant est maintenant à l’enjeu. Beterbiev a même eu droit à une semaine de repos en juillet, qu’il a passé en famille en accompagnant son fils au soccer et en continuant à faire du jogging.

Marc Ramsay Artur Beterbiev et André KuleszaPendant ces nombreux mois, Marc Ramsay a été supporté par les André Kulesza, Luc-Vincent Ouellet, Samuel Décarie et John Scully. « Artur a toujours démontré à l’entraînement qu’il est un athlète de haut niveau, mais depuis qu’il sait que le combat en est un de championnat du monde, il a élevé notablement ses performances. Depuis qu’il est au Québec c’est l’expérimenté André Kulesza qui s’occupe de son conditionnement physique. André a dû augmenter les niveaux de difficultés en le faisant courir avec des poids par exemple. Un autre exemple concret, pour bien évaluer un boxeur on calcule sa fréquence cardiaque à la fin de la minute de repos. L’objectif ultime est de descendre à 120. Artur récupère tellement vite qu’il fait ça en 30 secondes après un sparring intense de douze rounds », affirme Marc Ramsay.   

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Très critique envers lui-même, le perfectionniste Artur Beterbiev nous affirme qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre. « Chaque jour au gymnase je veux apprendre quelque chose de nouveau. J’aime bien le style de boxe à l’américain. Je considère que je dois améliorer ma défensive, particulièrement au niveau des esquives. Évidemment, mon but est de toucher le plus souvent tout en étant touché le moins souvent possible », souligne Artur Beterbiev.  

De champion du monde amateur à champion du monde professionnel 

Nous le savons tous Artur Beterbiev a eu une très grande carrière amateur. Champion d’Europe en 2006 et 2010, il termine deuxième aux championnats du monde de 2007 à Chicago. Il se reprend deux ans plus tard et décroche le titre convoité de champion du monde à Milan. De plus, il a vécu à deux reprises l’aventure olympique, en 2008 et en 2012. 

 Artur_Beterbiev 2009« Lorsque j’étais chez les amateurs, mon but ultime était de devenir champion du monde et bien sûr de participer aux olympiques. L’échelon professionnel est différent, c’est un niveau d’apprentissage distinct, mais l’objectif reste le même : être le meilleur », affirme celui qui refuse de faire une prédiction pour samedi comme de parler des possibilités d’unification pour la suite. 

Par contre, considérant ses haut standards de performance, il ne serait pas surprenant que le projet de retourner aux olympiques en 2020 puisse renaître de ses cendres. Beterbiev a été éliminé en 2008 en huitième de finale par le futur médaillé d’or, le Chinois Zhang Xiaoping. Puis en 2012, il a encore une fois subi la défaite en quart de finale face au gagnant du tournoi, l’Ukrainien Oleksandr Usyk, actuel champion du monde WBO chez les lourds-légers et favori pour remporter le World Boxing Super Series. Difficile de faire mieux qu’un triomphe olympique à 35 ans après avoir été champion du monde autant chez les amateurs que chez les professionnels. 

Et la suite ? 

Toujours en litige avec le Groupe Yvon Michel, Artur s’est gardé loin de ce type de distraction pendant son camp d’entraînement. Par contre, nous avons appris que les procédures préliminaires sont complétées et qu’une date de procès doit être signifié aux deux parties d’ici la fin de l’année. Sous toute réserve, la confrontation en cour devrait avoir lieu rapidement au début de 2018 et son clan ne s’attend pas à ce qu’il y ait un règlement hors cour considérant les positions opposés et l’impossibilité de trancher la poire en deux sur la validité ou non du contrat.

Artur BeterbievPour ce qui est de son retour sur le ring, s’il n’en tient qu’à Marc Ramsay la cible idéal serait la fin du mois de mars-début du mois d’avril. On doit rappeler qu’Artur Beterbiev, en l’emportant samedi, deviendra champion IBF et que par conséquent il devra se battre approximativement une fois par année contre son aspirant obligatoire. Par conséquent, si il souhaite affronter un aspirant optionnel, il doit impérativement se battre à tout les six mois.

Si sa situation promotionnelle peut se régler rapidement en début d’année, il ne serait pas surprenant que Beterbiev se rende en Russie pour effectuer sa première défense de titre. Considérant les nombreux combats à venir qui vont faire évoluer les classements, l’aspirant no 8  Igor Mikhalkin, un Russe installé en Allemagne, pourrait représenter un choix fort intéressant. Par la suite, il est plus que probable que nous assistions à un combat d’unification, soit contre Sergey Kovalev (WBO), soit contre Dmitry Bivol (WBA). Une histoire à suivre…

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  1. Pingback: Beterbiev-Koelling, qui l'emportera ?

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