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Yves Ulysse Junior, Steven Butler et les stratégies de recrutement des promoteurs québécois

Par Martin Achard

Les dernières semaines ont apporté leur lot de déceptions aux amateurs de boxe québécois, qui s’attendaient à voir la confirmation de combats majeurs impliquant Adonis Stevenson et Jean Pascal à l’automne. Tout n’est cependant pas noir dans le paysage de la boxe au Québec, car la rentrée a vu ou verra la tenue d’un nombre impressionnant de petits et de moyens galas de grand intérêt, incluant un évènement présenté il y a deux jours à Boucherville par Promotions Coup de Poing, le nouvelle firme codirigée par Alain Boismenu. Nous avons par ailleurs assisté à plusieurs autres développements récents qui méritent d’être suivis par ceux qui apprécient tous les aspects du monde du noble art. Au cours des prochaines semaines, je tenterai de souligner la plupart d’entre eux dans ma chronique «L’actualité commentée». Je m’attarde aujourd’hui à l’un de ces développements, qui permettra selon moi d’effectuer une mise à l’épreuve de la stratégie de recrutement de nouveaux boxeurs actuellement préconisée par le Groupe Yvon Michel (GYM).

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RNALD-~1 (2)La liste des entraîneurs qui depuis trente ans, au Québec, ont su développer ou encadrer à long terme des boxeurs professionnels d’élite est relativement courte. Avec le passage cette année des très prometteurs Yves Ulysse Junior et Steven Butler chez les professionnels, il est probable qu’un nom s’ajoutera bientôt à la liste, soit celui de Rénald Boisvert, dont la qualité du coaching au Club Champion est cependant reconnue depuis plusieurs années.

Le gala tenu le 22 août à Mont-Saint-Hilaire a présenté des combats des deux poulains de Boisvert, Ulysse Junior et Butler, bien qu’ils soient rattachés à des promoteurs différents et sans affiliation formelle, à savoir InterBox et Eye of the Tiger Management (EOTTM), respectivement. Les amateurs présents ont donc pu effectuer une comparaison directe entre, d’un côté, Ulysse Junior et Butler, et, de l’autre, deux autres prospects de premier plan s’étant également battu lors du gala, mais qui sont rattachés à GYM et possèdent de longs parcours amateurs à l’international couronnés de succès, à savoir l’ancien champion du monde, Artur Beterbiev, et l’ancien médaillé d’or des jeux panaméricains, Oscar Rivas.

Même s’il est bien entendu encore tôt dans les carrières professionnelles des boxeurs concernés, je pense qu’il est intéressant de poser la question suivante: quelles impressions peut-on retirer d’une comparaison entre eux d’un point de vue précis, soit celui de la science de boxe?

sans-titreIl n’est évidemment jamais idéal de comparer des boxeurs qui, comme Ulysse Junior et Butler, évoluent entre 147 et 154 livres, à un poids mi-lourd comme Beterbiev et surtout à un poids lourd comme Rivas. Par ailleurs, il va de soi que la science de boxe n’est pas tout dans un ring, car plusieurs autres paramètres s’avèreront déterminants dans les succès ou les insuccès d’un combattant, incluant par exemple des paramètres purement physiques (endurance naturelle, qualité du menton, etc.) ou mentaux (capacité à demeurer concentré pendant plusieurs rounds, à gérer le stress ou l’adversité, etc.). Il ne saurait ainsi faire de doute que, à l’heure actuelle, en vertu de son âge (29 ans) et de son bagage accumulé chez les amateurs, qui lui confèrent entre autres les qualités mentales requises, Artur Beterbiev est de très loin le plus prêt des quatre boxeurs mentionnés plus haut à se frotter à des boxeurs d’élite. C’est d’ailleurs, comme on sait, ce qu’il fera le 27 septembre au Centre Bell, lorsque, à son sixième combat professionnel seulement, il se mesurera à l’ancien champion IBF des mi-lourds Tavoris Cloud (24-2-0, 19 K.-O.).

10645223_693948894007862_6171925527924949354_nMais pour reprendre et préciser ma question, peut-on dire que, du point de vue de la science de boxe, telle que démontrée jusqu’à maintenant chez les professionnels dans les quelques rounds où nous avons pu voir en action chacun des boxeurs concernés, Beterbiev et Rivas – même s’ils ont longuement frayé avec l’élite mondiale chez les amateurs – l’emportent clairement sur Ulysse Junior et Butler? De véritables entraîneurs seraient bien entendu mieux placés que moi pour juger et débattre de cette question, mais j’avouerai pour ma part que, si l’un d’entre eux répondait «non» et affirmait de surcroît qu’Ulysse Junior et Butler ont donné des indices forts qu’ils avaient le dessus sur Beterbiev et Rivas quant à certaines qualités de boxe «subtiles», comme la créativité en attaque et la capacité à effectuer des attaques surprises, au moyen par exemple de changements de rythme, cette opinion rejoindrait spontanément la perception que j’ai souvent eue en observant se battre les quatre boxeurs.

Il sera donc selon moi intéressant, au cours des prochains mois et des prochaines années, d’évaluer les parcours et les succès chez les professionnels d’Ulysse Junior et de Butler en comparaison de ceux de Beterbiev et de Rivas, particulièrement si l’on se rappelle les déclarations qu’avait effectuées en mars de cette année Bernard Barré, le vice-président aux opérations et au recrutement chez GYM, à l’occasion d’une entrevue accordée à Nicolas Martineau de TVA Sports.

10628082_696510650418353_2184604637033805324_nBarré avait alors très clairement affirmé que, pour espérer pouvoir signer un contrat avec sa firme, un jeune boxeur devait non pas seulement avoir accumulé les titres nationaux au niveau amateur, mais également avoir participé aux jeux olympiques. «Là, tu pourrais peut-être avoir une chance», avait-il précisé. Barré avait même parlé spécifiquement du cas de Butler, pour avouer qu’il n’avait jamais fait partie des plans de son groupe, étant donné son trop bref parcours sur la scène olympique canadienne. Et il avait, en conclusion, cité l’exemple de David Lemieux, pour mieux faire comprendre l’approche de recrutement maintenant préconisée par GYM: «David Lemieux est passé chez les pros avec peu d’expérience sur la scène internationale», avait-il rappelé. «Quand le défi s’est présenté [en 2011 contre Marco Antonio Rubio], que s’est-il passé? C’est lors des compétitions internationales que les boxeurs apprennent le plus».

Croyez-vous pour votre part qu’Ulysse Junior et Butler arriveront à briller chez les professionnels d’une façon telle que Barré et GYM devront admettre qu’ils auraient intérêt, dans certains cas, à assouplir leur nouvelle règle? C’est ce que nous révèlera l’avenir, et ce sur quoi il vaudra la peine de garder un œil pour mieux comprendre la manière dont pourraient évoluer sur certains points les orientations et les stratégies de recrutement des grandes firmes de promotion québécoises.

10644606_696376437098441_4402095048247572370_nJe termine cet article en précisant un point, afin d’éviter un malentendu. En soulevant plus haut l’idée selon laquelle la boxe d’Ulysse Junior et de Butler pourrait receler à certains égards plus de subtilités que celle de Beterbiev et de Rivas, je ne cherche aucunement à critiquer à mots couverts Marc Ramsay, l’entraîneur actuel du Tchétchène et du Colombien. Il est en effet complètement impossible de comparer le travail de Rénald Boisvert avec Ulysse Junior et Butler à celui de Ramsay avec Beterbiev et Rivas, pour la simple et bonne raison que le premier a eu la chance de former ses deux poulains dès leurs premiers pas en boxe, alors que Ramsay a commencé à s’occuper de Beterbiev et de Rivas beaucoup plus tard dans leur développement, alors qu’une grande partie de leur style était déjà formée. Si l’on veut juger des capacités de Ramsay à former un boxeur de bout en bout, il faut alors prendre comme exemple son travail avec Jean Pascal ou d’Antonin Décarie (il les accompagne depuis la deuxième année de leur début amateur).  Or ceux qui me lisent régulièrement savent que j’ai personnellement défendu à plusieurs reprises, sur ce site et ailleurs, la science de boxe de l’ancien champion linéaire et WBC des mi-lourds, dont le style me semble riche en subtilités et nettement plus technique que ce que plusieurs amateurs de boxe ne semblent disposés à admettre. Il n’y a donc matière ici à aucun malentendu.

Crédit photo: PhotoZone

4 Comments

  1. Jolicoreux@gmail.ca'

    Jo

    1 septembre 2014 at 11 h 21 min

    Marc Ramsay n’a pas formé Pascal d’un bout à l’autre commen mentionné dans l’article. Pascal, comme Antonin Decarie, ont effectué au moins leurs 5 années de boxe sous la supervision de Sylvain Gagnon. Ils ont remporté plusieurs championnats canadiens sous sa supervision et il a grandement contribué à former leur style.

    Ramsay a depuis fait un excellent travail avec ces 2 athlètes et ils ont continué à se développer.

    • 12 rounds

      1 septembre 2014 at 12 h 20 min

      Après vérification auprès de Marc Ramsay, il a été l’assistant de Sylvain Gagnon lors de la deuxième année de boxe de Jean Pascal et par la suite il est devenu son entraîneur-chef.

  2. coachboxe@cgocable.ca'

    Pierre Messier

    2 septembre 2014 at 10 h 18 min

    En accord avec Bernard Barré, les jeunes sont poussés trop rapidement vers le statut de PRO. Il est évident que la scène internationale amène un athlète à prendre de la maturité et de l’expérience.

    J’ai vu les premiers combats de Butler, je n’ai rien contre le jeune, mais son comportement dans le ring ne m’a pas surpris, même qu’il ma déçu énormément. Une boxe large, sans égard à sa défensive, je ne crois pas que c’est ce qu’il a appris en boxe amateur, impressionné la galerie est tout ce qui comptait, c’est ce qui peut lui causer de mauvaises surprises en début de carrière. (malgré qu’on lui donnera surement des adversaires de mauvaise qualité afin de lui monter une fiche).

    Dans le cas d’Ulysse, j’ai eut vent de son désir d’aller pro voilà 2 ans, il était en décision de faire le saut chez les pros, je crois que l’année supplémentaire passé chez les amateurs lui servira bien.

    Ce qui m’agace le plus au sujet du recrutement c’est que les organisations vont chercher ailleurs dans le monde, tandis qu’on a des jeunes au Québec qui pourrait se développer très bien si on leurs apporterait un meilleur encadrement, c-a-d des camps d’entraînement de qualité, des compétitions inter-provinciales plus fréquentes, des camp de perfectionnement, etc.

    Bref, dans les années 80, 90 des compétitions inter-provinciale devait avoir lieu au 2 mois, il y ‘avait la Coupe du Québec (Open) (Maintenant la Coupe Adidas est présente, Thank god), L’élite du Québec devrait participer au Tournoi Ringside au USA (présentement les clubs y vont par leurs moyens).

    Les résultats par d’eux-même, Les Ouellet, Grant, Lucas, Pascal, Gatti sont sortie de ce processus de développement dans le temps, pourquoi changer une recette gagnante ?

    À vouloir ré-inventé la roue on ne fait que tourner en rond.

    Au lieu d’aller chercher des Russes, Jamaicains, Français pour en faire des citoyens canadiens afin qu’ils nous représente, ne devrait-on pas favoriser nos jeunes Québécois d’ici ?

    Le gazon n’est pas toujours beau chez notre voisin!

    • 12 rounds

      3 septembre 2014 at 5 h 04 min

      Merci pour cette excellente intervention Pierre! Tu apportes un point de vue extrêmement pertinent et très éclairé.

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