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Retour sur Alvarez-Pascal

Alvarez Pascal

Par Simon Traversy

L’indécision n’est pas toujours une mauvaise chose. À moins de 24 heures avant le duel tant entendu entre les mi-lourds Eleider Alvarez et Jean Pascal, autant les experts que les sportifs de salon éprouvaient toujours de la difficulté à partager leurs prévisions en vue du combat. Cette incertitude ne pouvait qu’accroître le suspense entourant ce combat, un duel qui a facilement sauvé le gala à lui seul. Le combat principal, soit celui opposant le champion WBC des mi-lourds Adonis Stevenson à l’aspirant Andrzej Fonfara, fut une finale sans intérêt étant donné que Stevenson avait déjà vaincu le Polonais sans difficulté dans le passé. Après avoir laissé retomber la poussière, je vous offre mon analyse de cette confrontation dans cette première partie en plus de vous faire part de mes commentaires sur ce que l’avenir réserve à ces deux pugilistes. La semaine prochaine, je reviendrai sur Stevenson-Fonfara.

Eleider Alvarez : l’éternel aspirant

Comme des milliers de fans, j’ai eu beaucoup de difficulté à me prononcer sur l’issue du combat entre Jean Pascal et Eleider Alvarez. J’ai toutefois accordé un léger avantage à Alvarez. Je crois que son heure est venue alors que celle de Pascal est, à mon humble avis, passée depuis quelque temps déjà. Il est clair qu’Alvarez en a marre de ronger son frein et on peut le comprendre; il est l’aspirant obligatoire d’Adonis Stevenson depuis novembre 2015. Et on le sait tous : tant que le chèque de paye est bon, Stevenson n’a aucun problème à geler un chauffeur de taxi qui est en train de manger son beigne chez Tim Hortons l’autre côté de la rue. Toutefois, j’en ai déduit que la frustration qui habitait Alvarez allait tout de même jouer davantage en sa faveur que contre lui.

Alvarez Pascal

Analyse d’Alvarez-Pascal

Dans l’ensemble la grosse différence dans ce combat fut le jab d’Alvarez ainsi que son taux d’activité. Alvarez s’est démontré plus agressif, plus occupé, et par conséquent, il a su contrôler l’allure du match. En ce qui concerne Jean Pascal, outre quelques étincelles, on a eu droit au bon vieux Jean Pascal; c’est-à-dire qu’on a eu droit a un travail sporadique, surtout en fin de ronde, au Jean Pascal à reculons qui se cambre complètement sur le côté droit et qui attend, attend et attend encore, espérant que son adversaire se compromette tout en le mouchant avec sa main avant, au boxeur dans les câbles, ainsi qu’à l’ancien champion qui a laissé son jab dans le vestiaire. Stéphan Larouche, l’entraîneur de Pascal, avait beau dire que la fraction de seconde qui a manqué à son poulain fut le facteur déterminant dans son combat, je ne peux cependant m’empêcher de me demander pourquoi il n’a pas remarqué cela plus tôt durant le camp d’entraînement. Peut-être que l’infection aux yeux qui a atteint Pascal lui a enlevé la fraction de seconde qu’il avait besoin pour l’emporter, ou peut-être que l’usure du temps l’a tout simplement bel et bien rattrapé.

Alvarez-Pascal

Jean batailleur

Lorsque Jean Pascal était au sommet de sa carrière en 2010, c’est-à-dire, lorsqu’il était champion WBC, je dois avouer que je ne pouvais tout simplement pas le blairer. Je le trouvais «m’as-tu-vu», arrogant, et vantard. Toutefois, la perte de son titre au profit des mains vieillissantes de Bernard Hopkins, ainsi que les deux raclées que Sergey «Krusher» Kovalev lui a infligées quelques années plus tard, l’ont clairement assagi. Au cours des dernières années, Pascal a surtout appris l’humilité, une qualité qui lui était jusqu’alors complètement inconnue. De plus, en acceptant avec risques et périls d’affronter le dangereux Sergey «Krusher» Kovalev, Pascal a gagné le respect de biens des gens, dont moi, bien qu’il ait perdu à chaque fois. Par la suite, Pascal a fait des pieds et des mains afin de préserver à la fois sa pertinence et sa valeur marchande chez les mi-lourds, allant même jusqu’à se taper le coriace Yunieski Gonzalez (que Pascal aurait dû perdre) ainsi qu’une revanche contre Kovalev. Autrement dit Pascal, a affronté deux fois Kovalev ainsi que Gonzalez en moins d’un an! Ouf! C’est «drôle» à dire, mais j’ai plus de respect pour Pascal dans la défaite, que j’en ai pour Stevenson dans la victoire. Ceci étant dit, bien que Pascal soit redevenu le négligé, il devenait de plus en plus clair aux yeux de tous que ses lacunes au plan technique allaient le limiter dans son cheminement professionnel.

Alvarez-Pascal

Manque de puissance et de constance

Jean Pascal, contrairement à bien des mi-lourds tels qu’Adonis Stevenson, Sergey Kovalev, Artur Beterbiev, Oleksandr Gvozdyk, Yunieski Gonzalez, Joe Smith Jr., et Sullivan Barrera, n’est pas un cogneur. Toutefois, ceci n’aurait jamais été un problème s’il avait été reconnu pour son ardeur au travail dans le ring, lançant un volume élevé de coups, ronde après ronde. Toutefois, ça n’a jamais été le cas. Bien au contraire, Pascal a toujours été reconnu comme étant un boxeur erratique, travaillant par moments durant les rondes. Les langues de vipère iront même jusqu’à le qualifier de «voleur de rondes», affirmant que Pascal ne démontre un taux d’activité élevé qu’en fin d’engagement. Cependant, son manque de constance n’aurait jamais été aussi apparent s’il avait possédé la puissance pour coucher son adversaire d’un seul coup, peu importe lequel. Toutefois, Jean Pascal n’a jamais eu ce luxe non plus.

Oui bien entendu, certains d’entre vous me direz qu’il aurait pu quand même terminer sa soirée de travail avant la limite par TKO (arrêt de l’arbitre, arrêt du médecin, jet d’éponge de l’entraîneur), mais encore une fois, en ne travaillant que par très courts moments, Pascal a toujours su limiter cette possibilité. Dommage, car lorsque Pascal travaille, il est dur à battre. Le Lavallois est donc pratiquement «condamné» à se rendre à la limite et à l’emporter ainsi par décision. Et à moins d’être un excellent contre-attaquant (Pascal est pas mal à ce niveau, mais il n’est pas Floyd Mayweather non plus), comment pouvait-il sincèrement espérer l’emporter en atteignant la cible en moyenne qu’onze fois par ronde? Pour vous donner un comparatif, les autres mi-lourds atteignent la cible en moyenne une bonne quinzaine de fois, une disparité qui fait toute la différence en bout de ligne. Enfin, Jean Pascal et le travail à l’intérieur (corps-à-corps), disons que ça fait deux.

Pascal Alvarez

Le chant du Cygne?

Il ne reste plus énormément de cartes à jouer pour Jean Pascal. Soyons honnêtes, la catégorie des mi-lourds est devenue trop forte pour lui et il n’a tout simplement pas les outils nécessaires pour espérer remporter un titre à nouveau. La plupart des gros canons sont plus jeunes, plus actifs, en meilleure condition physique et beaucoup plus puissants que lui. Ironiquement, de tous les champions, ex-champions et aspirants numéro 1 qui se trouvent actuellement chez les mi-lourds, le champion unifié Andre Ward, qui n’a jamais été reconnu pour sa puissance ou son ardeur au travail, est le seul pugiliste avec lequel Pascal pourrait espérer rivaliser ou du moins, se rendre jusqu’à la limite. Mais outre Ward, Les deux TKO qu’il a subis aux lourdes mains du «Krusher» l’ont certes ralenti et à 34 ans, Pascal ne se réinventera pas afin de corriger les lacunes apparentes qui l’ont empêchées de goûter à nouveau à la gloire. Et la présence dans son coin de Roy Jones Jr., un boxeur similaire qui n’a jamais su ajuster son style au fil du temps, n’aidera certainement pas à outiller Pascal adéquatement.

Pascal pourrait se tourner vers Bute, car il a visiblement besoin de lui autant que Bute en avait de besoin il y a trois ans. Toutefois, est-ce que ce combat susciterait réellement l’intérêt des amateurs? Pas certain. Pascal pourrait également attendre de connaître l’issue du potentiel affrontement entre Adonis Stevenson et Eleider Alvarez avant de laisser sa carte de visite. Peu importe le gagnant, Pascal serait en bonne posture pour se magasiner un combat de championnat : Alvarez méritait clairement la victoire contre lui, mais je crois que Pascal en a néanmoins assez fait pour espérer qu’Alvarez lui accorde une revanche. Et si Stevenson devait l’emporter, l’animosité palpable qu’il existe entre lui et Pascal depuis quelque temps pourrait bel et bien mettre la table pour un combat intéressant. Toutefois, si Pascal devait choisir de se retirer, personne ne lui en voudrait. Il a eu une carrière très respectable, il a été sacré champion WBC, a empoché assez d’argent pour ne jamais devoir s’en faire pour ses vieux jours et il a fondé sa propre entreprise promotionnelle (Jean Pascal Promotions). Enfin, infections aux yeux ou non, avec 3 défaites à ses 5 derniers combats et plusieurs bons coups de poing pris en pleine «gueule», il serait logique pour le boxeur de 34 ans de songer à accrocher les gants en permanence.

Pascal Alvarez

En conclusion

J’espère qu’Yvon Michel «a payé la traite» à Eleider et à Pascal après la soirée, car sans eux, son gala aurait fort probablement été un «flop». Ceci dit, l’événement dans son entièreté a tout de même laissé un peu à désirer. Le patron de GYM devra donc s’asseoir prochainement avec ses «lieutenants» afin de corriger le tir et mener ainsi le navire à bon port avant qu’il ne prenne trop d’eau. Pour ce qui est d’Alvarez, les choses semblent être de bon augure pour lui. Si Dieu le veut (ainsi que le duo dynamique Stevenson-Haymon), il aura enfin droit à son combat de championnat du monde. Pour ce qui est de Jean Pascal, il a toujours une certaine valeur marchande et certains prometteurs pourraient être tentés de faire appel à ses services à titre de boxeur «tremplin». Toutefois, je doute fort qu’il accepte de jouer dans un rôle de second plan. Ce qui est certain, c’est que les chances que Pascal redevienne champion sont minces. S’il veut donc continuer d’affronter les meilleurs, il devra peut-être songer à s’auto-promouvoir tout comme Money. Alors c’est ça qui est ça dans le monde du sport. Dans mon prochain article, j’analyserai le tout dernier combat du champion WBC des lourds légers, Adonis Stevenson, toujours visiblement à la recherche de ses bijoux de famille.

Simon says : I’ fait enfin beau, allez jouer «dewors».

One Comment

  1. melman5@hotmail.com'

    Manu

    13 juin 2017 at 13 h 41 min

    Adonis est un mi-lourd, et non un lourd léger… C’était très serré le combat de Jean contre Gonzalez, moi j’avais Jean gagnant… Sinon, excellent texte !!

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